La Blessure 1598

La France, terre d’asile ? Dans La Blessure, oeuvre fleuve, Nicolas Klotz dépeint, entre réalisme brutal et poésie, le calvaire des demandeurs d’asile venus d’Afrique centrale. Un film remarquable, par sa capacité à retranscrire les sensations de durée, de pénibilité, mais aussi d’espoir.

Depuis des mois, dans un squat de Saint-Denis, Papi attend Blandine. Un jour enfin, l’avion de Blandine se pose à Roissy. RER, hygiaphone de la police. Papi se presse contre la vitre, réclame Blandine, sa femme. Il tend les papiers officiels. Rien à faire. La jeune femme n’est pas sur la liste des passagers en provenance de Brazzaville. Couchée à même le sol, dans une cellule, entassée avec d’autres, Blandine est pourtant là. Sous
un faux nom. Elle a sauvé sa peau, s’est échappée d’un pays où elle était traquée. Mais l’asile lui est refusé.

Pour Blandine, la vie meilleure commence par des coups, une fouille à nu humiliante, des injures racistes (singes, macaques, tas de merde) proférées par des forces de l’ordre françaises dont le réalisateur et sa scénariste Elisabeth Perceval dressent, après enquête, un portrait au vitriol. « On n’est pas des animaux, on a quand même le droit de pisser ! », hurle un détenu. Celui-ci sera bon pour uriner dans une bouteille en plastique.

Et puis c’est l’accident. La blessure. La jambe de Blandine violemment coincée dans la porte d’un autobus sur le tarmac de l’aéroport parce que cette poignée de réfugiés refuse de monter dans l’avion du retour, se débat, hurle, pleure, crie sous les coups et les injures. Bousculade.
Panique. Corps meurtris. On retrouve Blandine, laissée sans soin, à même le sol, dans un « sas » d’attente. Plan interminable, insoutenable, sur sa jambe ensanglantée. Mais de ce réalisme brutal se dégage une vérité poignante. Enfin, pour Blandine, la « liberté » arrive par la grâce d’un fax du ministère des Affaires Etrangères. Mais déjà on entasse dans une fourgonnette un autre « chargement », de Maghrébins cette fois. Qui s’en soucie ? Ils disparaissent du champ sans laisser de trace.

Menace imminente, absence songeuse Deuxième partie. La tension dramatique du début laisse place à une évocation par petites touches de la vie du squat où Blandine et Papi ont trouvé refuge. C’est l’eau qu’on va chercher à la fontaine du cimetière voisin, les trous qu’on perce dans les murs pour laisser entrer un peu de
soleil parce que « l’air est pourri ici », la chaleur insupportable d’un été de canicule, la menace imminente d’une descente de flics, et les vies qui se racontent en longs monologues d’où perce une absence songeuse. Une part d’eux est restée en Afrique. L’émotion affleure dans chaque regard, dans chaque mouvement de ces corps d’hommes et de femmes souvent à
demi-nus, allongés sur des lits. Tous compagnons d’infortune d’un squat de banlieue filmé dans un magnifique clair-obscur.

Bien sûr, le public averti savait, avait déjà entendu. Mais qui d’autre entend ? (le film a été diffusé dans une version courte sur Arte la veille de sa sortie en salles) Qui entend celui qui se révolte parce qu’en France, dans les associations d’aide d’urgence, on le force à manger à la même table que les fous, les alcooliques et les malades qui le contaminent parfois ? Là, dans ce milieu, Blandine refuse de sortir… La peur du flic.

La Blessure
Un film de Nicolas Klotz
France, 2003
Avec Noëlla Mobassa, Adama Doumbia, Matty Djambo…
Durée : 2h40
Sortie en salles France : 6 avril 2005

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