La question des musiciens griots des politiques 1493

Soutenue par des danses rudes, folles, la musique congolaise sonne quasiment le glas des valeurs morales, en ouvrant l’ère des chantres devenus des enfants chéris des politiciens. Aujourd’hui, le constat est éloquent. La plupart des musiciens en tournée en Europe sont menacés par leurs compatriotes congolais résidant sur le Vieux Continent. Et pour cause : la propagande faite en faveur d’un candidat président de la République. Ils sont accusés, par une frange de la population, de préférer les espèces trébuchantes, en lieu et place de la refondation de l’homme congolais.
Le Potentiel

L’apport des musiciens congolais aurait été négatif sur toute la ligne pendant le règne du Maréchal Mobutu, de Laurent-Désiré Kabila, ainsi qu’aujourd’hui, pensent certains analystes. Depuis l’avènement du général Joseph-Désiré Mobutu à la magistrature suprême, les artistes musiciens congolais composent de plus en plus des chansons dites révolutionnaires. En fait, les artistes musiciens écrivent des œuvres en faveur du pouvoir en place. L’on se souvient des chansons telles que : « Salongo alinga mosala », « 20 ans ya MPR », de Rochereau Tabu, « Votez Vert » de Franco Luambo, «Yoka maloba ya Mobutu» de Souzy Kaseya, «Vive les 3 Z », « Salongo » de Madiata, « Candidat na biso Mobutu » de Luambo Makiadi, « Elombe Sese» de Kalanga Muana Zaïre, etc. Ils excellent dans l’art de véhiculer l’idéologie et le rôle dirigeant du Mouvement Populaire de la Révolution (Mpr), Parti-Etat. En 1990, Tabu Ley se retrouve en France et sort l’album «Exil Ley » ; il y invoque le Dieu de nos ancêtres dans la chanson «Réveille-toi Lumumba», chanson qui prend les allures d’un sévère réquisitoire.
En 1992, Koffi Olomide va soutenir la candidature du président congolais de Brazzaville, alors que la RDC traverse une période de grande effervescence politique. Et pourtant, les artistes musiciens devraient, par la chanson, passer le message de la refondation du pays, et de l’installation de la démocratie. Ils choisissent de bénéficier de largesses des politiciens.
L’EPOQUE DE L.D. KABILA
Arrivé au pouvoir en 1997, Laurent-Désiré Kabila a également droit aux chants à sa gloire. Comme à l’époque du Maréchal Mobutu, les éditions des journaux télévisées à la Radio Télévision Nationale Congolaise (Rtnc), s’ouvrent avec des chansons dites révolutionnaires. Et l’ Afdl ressuscite l’animation politique, Et le flambeau est surtout repris par « la reine de mutuashi » Tshala Muana, avec sa chanson « Hymne aux libérateurs ». Revenue de la France, elle joue le rôle de messagère de l’Afdl en sillonnant les provinces, avec Wenge Musica de Didier Masela, Werrason et Adolphe, en compagnie des comédiens Siatula et maman Bipendu. West Ghenda chante pour l’Afdl ; Kalanga Mwana Zaïre (elle avait dédié la chanson « Elombe Sese » au Maréchal Mobutu) se fait appeler Muana Congo. Kalama Soul, le géniteur de la comédie – musicale « Naza ballado te» se fait également remarquer avec « son soutien à l’Afdl » dit chanson d’éveil patriotique.
En mars 1998, Papa Wemba rassemble une vingtaine de musiciens de Kinshasa, de Paris et de Bruxelles, pour l’enregistrement de la chanson «Muana Mpwo » dit «Franc Congolais», la nouvelle monnaie congolaise. Le 30 juin, le ministère de l’Information et des Affaires culturelles organise le concours de la meilleure chanson patriotique. Plus de 89 chansons ont été inscrites et auditionnées par un jury constitué de conseillers de Raphaël Ghenda. Laurent-Désiré Kabila assiste personnellement à la proclamation des résultats du concours remporté par le jeune frère du ministre, West Ghenda, premier prix de 10.000 dollars, pour sa chanson «Uhuru». Le deuxième prix de 7.000 dollars revient à la chanson «Bâtissons le Congo» de Christian Ngoy. Le troisième prix est attribué à Tshala Muana pour son œuvre «Hynme aux libérateurs». Ce jour-la, Laurent-Désire Kabila déclare « qu’à défaut des moyens de communication performants, nous reconnaissons que les artistes musiciens ont la capacité d’atteindre les couches les plus éloignées de notre population …».
En août de la même année, les artistes musiciens se réunissent pour chanter « Tokufa po na Congo» de Souzy Kaseya, lorsque Rwandais et Ougandais attaquent l’Est du pays. Pendant seize ans d’effervescence politique, les artistes musiciens n’ont composé aucune chanson pour dénoncer le comportement décrié des politiciens.
Certains d’entre eux ont essayé de chanter la paix, sans aborder les réalités politiques. De 1998 en 2003, aucun musicien n’a dénoncé la guerre. Dans leurs albums, ils n’ont jamais planché sur l’insécurité, le rapport du Panel onusien sur le pillage des ressources naturelles de la RDCongo, les rapports Bakandeja et Lutundula, ni même sur les rapports de Global Witness, Sur les dégâts matériels et les pillages systématiques des ressources minières du pays, etc.
ÉLECTIONS 2006 : AIRS PROPAGANDISTES
Lors des élections, les musiciens ont beaucoup plus chanté pour les candidats aux élections présidentielle et législatives. Ces chansons n’ont nullement parlé du déroulement des élections démocratiques, régulières, libres et transparentes.
On a même chanté des hymnes au Maréchal tels que : « Iyaya ole », « Lokuta monene », etc. Ces hymnes sont repris aujourd’hui à la gloire d’autres candidats présidentiels 2006. L’on note que le 15 septembre 2005, le président de la Commission nationale de censure des chansons et spectacles, publie une circulaire interdisant aux responsables des orchestres congolais de chanter pendant les élections en ces termes : «Ces derniers temps, on observe de plus en plus dans vos chansons, en public ou à l’intention du public la citation des noms des autorités tant civiles que militaires. Cette façon de faire n’honore pas notre musique ». Pour le président de la CNCCS, cette pratique constitue un manque de respect à l’endroit des autorités et serait de nature à effriter le pouvoir de ceux-ci. Cela frise le trafic d’influence. Mais, il n’a pas été écouté. Selon ces musiciens, chanter les hommes politiques ou militaires danseurs et fanatiques, les protégeraient et les mettaient à l’abri de mauvaises situations.
FRANCO LUAMBO MAKIADI : MODELE D’ARTISTE RESPONSABLE ?
Franco Luambo Makiadi a été considéré et reconnu, de son vivant, comme la caisse de résonance du pouvoir pendant la Deuxième République, le barde du grand Marechal Mobutu Sese Seko. Musicien engagé, ses compositions musicales servaient de repères aux évènements politiques de la Républiques du Zaïre. Avec d’œuvres comme «Régime etikali 4 ans », « Contentieux belgo-congolais », « Cinq ans ekoki », « Votez Vert », « Bapaya », «Mboka kombo Zaire », « Candidat na biso Mobutu », etc., le pouvoir mobutien eut recours à ses services.
Cependant, il ne manquait pas de fustiger parfois ce même pouvoir, bien qu’il figurait dans le cercle très fermé des artistes musiciens ayant bénéficié des largesses du président Mobutu. Et à cause de cela, il a été cloué à la prison de Makala.

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