Le camp de Bemba dénonce un verrouillage du Parlement 1450

Tout dérapage politique n’était pas écarté mercredi en République démocratique du Congo, au lendemain de la décision de Jean-Pierre Bemba de poursuivre par des voies institutionelles son combat électoral perdu contre le président Joseph Kabila. La Cour suprême congolaise a proclamé lundi la réélection de Kabila avec près de 60% des voix face à Bemba, qui a fait savoir mardi qu’il contestait ce résultat mais avait choisi de conduire désormais «une opposition forte et républicaine». Apaisant les craintes de la communauté internationale qu’il ne conteste violemment le résultat d’un scrutin jugé honnête par les observateurs étrangers, Bemba a dit vouloir «épargner au pays de sombrer dans le chaos».

Mais, mercredi, le secrétaire exécutif de son Mouvement pour la libération du Congo (MLC), Thomas Luhaka, s’est alarmé de tentatives de verrouillage du Parlement par les députés du camp Kabila et n’a pas exclu un recours à la rue. Les députés pro-Kabila, qui disposent de 300 sièges sur 500, ont en effet modifié à leur profit les règles de désignation des membres de commissions clés, dont la composition était censée refléter tout l’éventail politique.

«Nous continuons à être très inquiets. Si ça n’est pas corrigé, cela nous empêchera de jouer notre rôle en tant qu’opposition», a déclaré Luhaka à Reuters. «Des pourparlers sont en cours, mais nous pourrions être forcés de radicaliser notre position, soit à travers les médias, soit dans les rues», a ajouté le secrétaire exécutif du MLC.

C’EST GRAVE

«Le président élu Joseph Kabila peut déjà se frotter les mains. Il a une machine législative qui pourra l’aider à opérer des réformes nécessaires pour faire de la RDC, comme il l’avait promis, la Chine de l’Afrique», se réjouissait la semaine dernière l’éditorialiste de L’Avenir, un journal «kabiliste». «D’un point de vue économique, on peut en voir le bénéfice. Mais d’un point de vue politique c’est tout à fait inquiétant», a déclaré à Reuters un diplomate occidental. Ces efforts du camp vainqueur pour transformer le Parlement en simple chambre d’enregistrement préoccupent aussi le groupe bruxellois d’analyse et de prévention des conflits ICG. «C’est grave. Le rôle de supervision de l’exécutif par le parlement est complètement sapé», fait valoir Jason Stearns, analyste à l’International Crisis Group. Le rôle des contre-pouvoirs est crucial dans un système politique naissant comme celui de l’ancien Congo belge, qui n’a pratiquement connu que la dictature depuis son indépendance, en 1960. «En leur absence, l’opposition politique aura le sentiment de n’être pas entendue au parlement et pourrait se demander si cela vaut le coup d’en jouer le jeu», estime Stearns. La communauté internationale a dépensé plus d’un demi-milliard de dollars pour organiser des élections démocratiques en RDC en présence de 17.600 casques bleus – la plus grosse opération de maintien de la paix jamais organisée par l’Onu.

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