Mardi, 22 août, 2006 7:56 – Vous vous souvenez de Zidane ? L’homme venu d’ailleurs, le préféré des Français. Si calme, si courtois, au jeu si élégant, l’infatigable marqueur, le brillant capitaine. Quelques minutes le séparaient de l’apogée de sa carrière, de sa fin comme footballeur, de son entrée dans la légende. Soudain, Materazzi, qui n’avait cessé de le provoquer, lui susurra une injure de trop. Qui traînait dans la boue le femme du héros, ou sa mère, ou sa sœur, ou les trois. Bref, une insulte soudain insupportable, la goutte qui a fait déborder un vase déjà bien plein. Le reste appartient à l’histoire du foot, un coup de boule passé à la postérité.
Au vu des évènements de lundi à Kinshasa, on peut se demander si Joseph Kabila, aussi froidement que Zidane, avec autant de détermination, n’a pas pris à son tour le risque d’un coup de boule. Peut-être que pour lui aussi, trop c’était trop.Trop de concessions durant le partage du pouvoir suivant la fameuse formule « un plus quatre », trop de conseils et d’injonctions de la part de la communauté internationale. Trop de trahisons, de jeux « perso » dans son entourage, et surtout, surtout, trop de calomnies, trop d’injures. Evoquant les mensonges concernant sa filiation, ses origines, il répétait avec autant de conviction que le docteur Coué « moi, je suis blindé » Mais il pensait à sa mère, à sa sœur, à sa femme, en se retenant de répondre, de se placer au même niveau que ses adversaires, celui de la fange. S’abstenant de frapper en dessous de la ceinture, présentant son bilan et ses projets, même succintement, sans rappeler les forfaits des autres.
Il encaissait, en silence, pensant peut-être que le temps, l’histoire, et surtout les électeurs lui donneraient raison.
Et soudain, alors que la victoire était à portée de mains, la perspective d’une nouvelle attente de deux mois avant le second tour, d’une nouvelle cavalcade à travers le pays et surtout d’une nouvelle traversée du mur de la haine, lui a peut-être donné envie, à lui aussi, d’un coup de boule. Dans le plexus de son adversaire, dans l’estomac des diplomates qui se trouvaient malheureusement sur la trajectoire. Un coup de dés, disait le poète, n’abolira jamais le hasard. Et un coup de boule ?
