Code minier 973

Les chefs coutumiers venus de Tshikapa réclamaient que le gouvernement reconnaisse aux communautés locales le droit de jouir des ressources minérales enfouies sous la terre et dans le lit des rivières de leurs ancêtres. Ils entendaient ainsi protester contre le monopole de jouissance accordée aux «étrangers» par le nouveau Code minier.

Les chefs autochtones ne sont pas contre des aventuriers qui, avec un peu de pognon mais beaucoup d’esprit mercantiliste, se font délivrer, contre finances, des permis et des carrés miniers par Kinshasa. Ils sont seulement choqués par le fait que ces documents fassent des aventuriers les propriétaires fonciers d’une portion du territoire national englobant leurs villages, leurs champs, écoles, forêts et ruisseaux.

Contrairement au génial Léopold 2, souverain de la Belgique coloniale et de l’Etat indépendant du Congo, les aventuriers sont en droit d’exercer leur souveraineté minière sur «leurs possessions» en vertu d’un sésame délivré par le ministère des Mines. La première mesure qu’ils décrètent interdit, sous peine de poursuites devant la police ou la garnison militaire locale, l’invasion de leur carré par des «pilleurs». C’est-à-dire agriculteurs, pêcheurs, chasseurs, exploitants artisanaux de la pierre précieuse. Et pourtant, ces exclus vivent là depuis l’époque coloniale ou précoloniale !

Les villageois vont-ils se laisser intimider par les arrogants étrangers venus de Kinshasa ? Pas du tout. Ici, on s’en tient à la loi du premier occupant, n’en déplaise au Code minier d’inspiration occidentale. D’où des conflits mortels et des procès permanents opposant communautés locales et opérateurs miniers. En cause : l’absurdité des lois conçues au mépris des réalités sociologiques locales.

L’exploitation artisanale du diamant n’étant pas déclarée illégale, les exploitants artisanaux sont donc autorisés à poursuivre leurs activités économique de survie. Quel que soit leur caractère informel, pourvu qu’ils vendent le produit de leur cueillette à un comptoir agréé.

Au lieu d’entretenir le flou, au risque d’être accusé un jour de pyromane, le gouvernement devrait relire le Code minier afin de l’adapter au contexte historique, sociologique et psychologique des Congolais. Autrement, demander aux opérateurs miniers étrangers de «coopérer» avec les chefs des villages, pour éteindre les tensions, n’est qu’un palliatif qui ne satisfait ni les villageois ni les prétendus «investisseurs». Pensez-y avant la Banque mondiale. Avant le drame.

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