Marche du PPRD : Un grain de sable dans la machine à sous. 935

Kinshasa, Boulevard du 30 juin, mardi 31 mai 2006. La CODEK, une organisation satellite du PPRD composée de tous ceux à qui une certaine musique prête des millions, a frappé un grand coup en réussissant une marche géante dont le but était de protester contre les négociations ou concertations exigées par une grande majorité de la classe politique, avant d’aller aux élections dans un climat apaisé.

En effet, pendant plus d’une heure, une marée humaine impressionnante n’en finissait pas de battre le pavé avec des calicots et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire : « Non aux négociations, allons droit aux élections », ou « Association des enfants des militaires soutient Joseph Kabila », ou encore, et c’est le plus risible « les étudiants de l’ISTA, ISC, UNIKIN,… soutiennent Joseph Kabila », risible dans la mesure ou les gars qui tenaient la banderole avaient plus des têtes des shégués, ces garçons de la rue, que des étudiants.

Et pour cette marche, personne n’a reçu ni gaz lacrymogène dans les yeux, ni matraque dans les côtes. Et même le dispositif de sécurité n’a pas été aussi imposant que celui du 24 mai 2006, alors que l’affluence de ce jour était plus importante et en valait largement la peine. Aucun leader du PPRD n’a été « sécurisé » par le ministre PPRD de l’intérieur et aucun problème d’autorisation ne s’est posé.

Autres différences entre la marche du PPRD d’aujourd’hui et celle de l’UDPS du 24 mai 2006. Les marcheurs du PPRD ont été déversés en masse sur la gare centrale avec des moyens de transport apprêtés par le parti du président sortant. Alors que le 24 mai 2006, chaque marcheur de l’UDPS et alliés avait seul assuré son déplacement jusqu’au centre ville où plusieurs étaient même venus en groupe, à pied.

Dernière différence : l’attitude des passants et des travailleurs dont les bureaux se trouvent sur le boulevard. Le 24 mai, les passants et les travailleurs communiaient avec les marcheurs en pointant en l’air l’index et le majeur en signe du fameux « V » de la victoire chère au Docteur Tshisekedi, tandis qu’aujourd’hui, ils regardaient avec une sorte de frustration évidente qui ressortait de leurs propos cette foule immense d’ « ayant droits », d’ »inconscients », « de gens marchant pour quelques billets de banque »,…

Une belle marche en tous cas ! De la fanfare et de la danse ! De la danse obscène comme celles qu’on nous exhibe par des danseurs aux regards hagards et cheveux non peignés dans nos matanga (funérailles),… Belle marche avec ces mamans comme celles qu’on voit chaque matin et chaque soir serpentant, l’air résigné, le boulevard Lumumba de Masina au grand marché pour vendre une marchandise qui n’assure même pas la pitance d’une journée. Belle marche avec de jeunes filles comme toutes celles qu’on voit chaque jour au centre ville éternellement en quête d’un ticket taxi retour, l’oncle qu’elles étaient venues chercher ne s’étant pas présenté au bureau….

Une belle marche, avec beaucoup de monde. On s’attend à ce que le réseau des médias PPRD et la RTNC, cette télé qui fonctionne avec notre argent, nous repassent en boucle l’exploit réalisé par le PPRD en ce jour. Mais on sait que rien ne sera dit sur la façon dont la belle marche s’est terminée. Ou certainement, comme à leur habitude, ils lui trouveront une fin toute en beauté, avec des discours de soutien à la CEI, au président sortant,…

Le parti que Jeune Afrique Magazine a appelé à juste titre et en connaissance de cause ‘‘machine à sous’’, sait sans aucun doute des sous produire à profusion, mais a visiblement du mal à honorer ses factures. Selon une conversation radio d’une société de gardiennage de la place, qu’on ne voudrait pas voir subir le sort d’Omega, la marche du parti de Kabila s’est terminée dans une belle bagarre autour de mille francs de collation.

Et pour cause, l’‘‘aumônier’’ du jour, n’aurait présentés que 30 % de la cagnotte prévue pour l’enveloppe des marcheurs. Selon le rapport fait par l’agent de cette société de gardiennage, l’homologue PPRD de TSHIMBOMBO MUKUNA se serait tiré de la main de la foule avec une tête presque éclatée par ces vaillants marcheurs qui ont tenu sans doute à lui rappeler qu’aujourd’hui, pas plus qu’hier, ils n’étaient là ni pour ses beaux yeux à lui, ni pour ceux de son candidat.

Comme qui dirait : la machine fonctionne, mais avec juste un tout petit grain de sable qui risque d’y rester jusqu’aux élections, aux dépens de celui qui casque, bien sûr.

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