Masi-Manimba, Céi et Pprd cause commune 924

Pour célébrer en grandes pompes le mariage religieux de son ami chef local PPRD, le chef local de la CÉI à Masi n’a pas trouvé mieux que de lui céder le charroi automobile de l’organisation citoyenne du pays plongeant le territoire dans l’émoi.

C’est le flou total. Avant même que les scrutins ne soient organisés, la contestation a commencé.
Onze des trente-trois candidats à l’élection présidentielle demandent en vain la démission de l’abbé président de la CÉI, Apollinaire Malumalu Muhongolo.
Non seulement ils le soupçonnent de partialité, mais ils l’accusent ouvertement d’entretenir le flou sur les opérations électorales, notamment sur les listes électorales en dépit des cas de fraude massifs signalés par-ci, par-là.
Cette prise de position vient corroborer ce que la Conférence épiscopale nationale du Congo, CÉNCO, rappelait, le 1er mai dernier, au lendemain de la publication du calendrier électoral par l’abbé président.

Dans la déclaration des évêques catholiques, le président de la CÉNCO, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kisangani, rappelait que la CÉNCO avait demandé dans le passé en vain «que soit institué, toutes affaires cessantes, un Comité national de monitoring des élections, de manière que la Commission électorale indépendante, CÉI, ne soit pas, à elle seule, juge et partie dans l’organisation des élections».

Ce qui se passe sur le terrain ressemble fort à une opération de fraude planifiée avant les élections. Comme en témoigne la situation dans la circonscription de Masimanimba. Arrêt sur image.

ENVOYÉ SPÉCIAL.
À quelques «encablures» – 200 km – de la Capitale Kinshasa, se trouve la localité de Masimanimba dans la province de Bandundu. La contrée a, par le passé, fourni à la République un personnel politique et une élite intellectuelle de qualité.

Vital Bula, le premier président de la Cour des Comptes au lendemain de l’indépendance du pays; Nicolas Zushi, l’un des secrétaires généraux de l’administration publique qui devint un jour Premier ministre; Bernardin Mungul Diaka Koda Kombu – le même – est passé par ici; Cléophas Kamitatu Masamba plusieurs fois ministre sous Mobutu et ambassadeur au Japon; le professeur Tryphon Kin-kiey Mulumba, ministre de l’Information et Porte-parole du Gouvernement dans le dernier Gouvernement Likulia; l’ancien Dircaba du président Joseph Kabila, Michel Mupapa Say et l’ancien gouverneur de la ville de Kinshasa, Jean Kimbunda Mudikela, etc.. Tous viennent de Masimanimba.

«Plus qu’ailleurs dans la province, Masimanimba représente un grand enjeu pour les élections», avise un humanitaire belge qui connaît bien le coin. C’est dire que combien la bataille sera âpre: une centaine de prétendants pour sept strapontins.

Et Masimanimba redoute, de plus en plus, que les joutes ne se déroulent point à la loyale.

D’ores et déjà, la loi électorale est battue en brèche. Ici, le principe d’impartialité et de transparence dans les opérations électorales n’est pas respecté par la CÉI, du moins par son représentant local.

La partialité du chef de bureau de liaison de Masimanimba, Edouard Nsenda, est avérée depuis l’installation de son bureau jusqu’à ce jour en passant par les opérations d’inscription d’électeurs aux listes électorales et de dépôt des candidatures.

Selon plusieurs sources recoupées, le PPRD et le MLC à Masimanimba se seraient mis d’accord pour prendre les postes de chef de bureau relais et de chef de bureau adjoint.

«Pour ce faire, Venant Kangani Ngolo, alors secrétaire exécutif du PPRD Masimanimba, a tout fait pour faire passer son protégé d’ami Edouard Nsenda comme président de ce bureau et Clovis Mwinda du MLC a été désigné chef de bureau adjoint», explique un enseignant.

CITE DANS L’EMOI.
Et de préciser: «Kangani avait, auparavant, fait venir de Kinshasa son ami Nsenda, ingénieur agronome, pour diriger l’une de ses écoles à Masimanimba».

Mwinda sera, par la suite, suspendu pour détournement des fonds. À l’époque de la constitution de ce bureau électoral, personne n’avait pensé que Kangani serait candidat aux élections législatives, confie un habitant.

Le secrétaire local du PPRD battait campagne pour les grosses pointures du parti présidentiel, originaires du territoire, témoignent plusieurs personnes.

Puis, coup de théâtre, Kangani s’est porté candidat… à la députation nationale!

À Masi, tout le monde dit que c’est ce candidat qui aurait même dicté à Edo Nsenda des noms des agents pour le bureau local.

C’est encore lui qui aurait inspiré la mise en place des agents CÉI dans les nouveaux bureaux de vote installés dans les centres.

Dans les différentes localités qui constituent le territoire, les populations ne comprennent pas pourquoi des membres du PPRD se déploient et enregistrent noms et numéros de carte d’électeur.

«Quand nous posons la question, personne ne nous dit clairement la raison de cette opération», fait remarquer un infirmier. Il semble, selon plusieurs sources, que c’est le représentant du PPRD à Saka, Trésor Mufita, qui en serait le maître d’ouvrage.

À Kinzamba, le village paternel de Jean Kimbunda Mudikela, on fait état des centaines de personnes touchées par cette opération. Non loin de là, dans la localité de Mubiaki, les jeunes du village auraient fait barrage aux hommes de Mufita, rapportent quelques villageois. Qui ne trouvent pas d’explication à cette manœuvre si ce n’est qu’une tentative de tricherie lors des scrutins, rapportent-ils.

On rappelle que lors du dévoilement de la liste PPRD à Masimanimba pour la députation effectué lors du passage de Vital Kamerhe, le secrétaire général du PPRD, dans la cité, certains barons qui s’étaient déclarés candidats à la députation nationale avaient été publiquement récusés par la base, en fait par un groupe de partisans venus expressément de Kinshasa, ce qui dénote une campagne de règlement de comptes interne et d’assainissement.

On rapporte que tirant profit de ses accointances politiques avec le président de la CÉI Masimanimba, le chef PPRD Nsenda recourt au patrimoine de la CÉI comme d’un bien privé.

Samedi 29 avril, à l’occasion de son mariage religieux à l’église CBCO, quartier Bibodi, le chef du PPRD n’a pas trouvé mieux que de s’emparer des véhicules tout terrain Mitsubishi portant le n°197, immatriculé KN 1845 BH et motos de la CÉI pour faire partie de son escorte.

Le matériel roulant réquisitionné fut décoré pour la circonstance créant l’émoi dans l’opinion incapable à raison de faire la distinction entre PPRD et CÉI.

Quand on sait que la calme cité vient d’être le théâtre d’affrontements violents entre les jeunes et la police suivis des scènes d’émeutes – des habitations des plus hauts dignitaires ayant été pillées par les jeunes en furie après que la police eût passé à tabac un jeune footballeur après qu’un des agents lui eût confisqué sa fiancée…

MISE EN LIGNE LE 25 MAI 2006 | ÉDITION «LE SOFT INTERNATIONAL2» N°860 DATÉ 16 MAI.

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