Abbé Blaise Kanda (prêtre De Mbujimayi)
Je suis prêtre Catholique de Mbuji Mayi depuis bientôt dix ans mais j’ai participé, avec deux autres confrères, à la marche pacifique que l’UDPS a organisée le mercredi 22 mars 2006.
Et la neutralité, monsieur l’abbé ?
C’est la question que tous les bien-pensants vont se poser en apprenant que des prêtres censés être apolitiques ont marché aux côtés des membres d’un parti politique. A cette question, je ne puis répondre que par une autre: le Dieu de la Bible est-il neutre? Ne se met-il pas du côté des pauvres, des opprimés ? Il a marché pendant quarante ans avec Israël au désert. » Il les guida de jour par la colonne de nuée et la nuit par la colonne de feu » (Ps 78,14). Le Dieu de la Bible est celui qui déploie la force de son bras pour disperser les arrogants.
Il renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles. Il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides (Luc 1,51-53) J’ai donc marché au nom de cette alliance irrévocable qui lie Dieu aux pauvres. Les arrogants, les puissants, les riches ce sont les Occidentaux, les tenants du pouvoir, la Monuc, la CEI… Leur arrogance se lit dans leur langage.
Ils nous traitent de sorciers, chiens et de voyous chaque fois que par nos questions nous usons de notre pouvoir de révolte. Ils sont puissants car ils ont des armes. Ils sont riches, eux qui financent les élections, fixent la caution pour être président à 50.000 dollars et la paient sans problème avec l’argent qu’ils nous ont volé.
Les combattants de l’UDPS quant à eux sont des pauvres, des affamés. Ils n’ont pas la communauté internationale avec eux. Personne ne prête oreille à leurs revendications car ce sont des prolétaires qui n’ont que leurs jambes pour marcher et leur bouche pour crier haro sur l’injustice. Devant une telle inégalité des forces en présence de quel côté voulez-vous que Dieu se range? Du côté des faibles, bien entendu. Surtout lorsque ceux-ci refusent d’être les victimes » passives de l’histoire, mais ceux par qui Dieu façonne le devenir de notre monde. A la lumière de tout ceci, on doit dire qu’un chrétien qui ne marche pas avec les pauvres et n’opte pas préférentiellement pour eux a trahi le Christ ! Contre l’injustice si je n’ai rien fait, je serai complice de tous ses méfaits « .
Le » peigne » de la commission électorale indépendante
La première des choses qui m’a frappé lors de notre marche, c’est l’arrogance des membres de la CEI. En effet, passant devant le siège de cette institution, on pouvait bien lire les signes que ses membres lançaient aux manifestants. Comme le Vice- Président Yerodia, ils nous montraient » le peigne « (kisanola) ,une manière pour eux de nous narguer et de nous dire que nous nous battons pour une cause d’avance perdue. Ce geste des membres de la CEI que d’aucuns ont trouvé anodin m’a beaucoup fait réfléchir sur le climat qui règne au siège de l’institution technique qui doit organiser les élections en RdCongo. La CEI est donc en compétition avec certains congolais qu’elle » peigne » déjà et qu’elle aura à » peigner » lors des prochaines échéances électorales. Le peuple doit rester très vigilant et barrer la route à la CEI Car le » peigne » qu’elle brandit, vu les moyens dont elle dispose, ne peut être qu’électrique. Ses dents fines, longues et serrées promettent de faire très mal!
Le comble est que cette commission est dirigée par un confrère. Je m’en scandalisais outre mesure jusqu’au jour où j’ai relu l’histoire de Judas Iscariote. Chacun, ai-je conclu, loge en son cour un Judas que la conjugaison entre argent et ambition ramène à la clarté. D’où la précipitation: » ce que tu fais, fais le vite » (Jn 13,27) mais » Malheur à l’homme par qui le Congo est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! » (Mt 26,24).
Le silence de la Monuc
Un autre fait qui m’a marqué, c’est le silence des soldats de la MONUC. Tout au long de la manifestation, aucun soldat n’a ouvert la bouche pour répondre aux nombreuses provocations des manifestants. Nos policiers ont également observé, cette consigne: » on répond aux imbéciles par le silence » !
C’est ma manière de lire le silence de la MONUC. Il s’agit là d’un silence d’irrévérence et d’indifférence plutôt qu’un silence de déférence. Un mépris pour toute une race. C’est tout un peuple qui est pris pour menu fretin. Je me demande pourquoi des hommes comme Kofi Annan qui souffre du racisme blanc n’arrivent toujours pas à comprendre les vrais enjeux de cette mondialisation qui n’est en réalité qu’un euphémisme pour dire néo-colonisation. La MONUC se taît et se taîra tant qu’on ne touchera pas à ses intérêts et à ceux des nations riches dont elle est la caisse de résonance. Ce silence m’a rappelé celui du CIAT. Car depuis le 2 janvier, rien n’a été entrepris dans le sens de la réouverture des bureaux d’enrôlement, rien sur l’intégration des certains membres de l’ UDPS dans la CEI et la HAM! Le chien aboie, la caravane passe! Et surtout si l’on a rien à craindre d’un parti qui a érigé la non violence en monument !
Des calicots très éloquents
Les manifestants tenaient à se faire entendre. Aussi ont-ils tenus à transcrire sur leurs calicots et pancartes des messages tels que: » Tshisekedi ou la mort » » Tshisekedi ou Irak » ; » Adieu la non-violence » ; » Kofi Annan, la RDC n’est pas à vendre » » Malumalu fait la honte de l’Eglise catholique « . » Elections sans Tshisekedi = guerre civile le 30 juin « . La menace n’est plus voilée. Si l’option armée n’est pas du goût des cadres du parti, elle commence à constituer une vraie tentation pour des nombreux militants. Tout au long de la marche, c’est l’Irak, l’Afghanistan et la Palestine qui étaient cités en exemple. Certains faisaient porter le chapeau à ce christianisme qui n’a fait que nous endormir. Certains lorgnaient du côté de cet Islam qui effraie l’Occident avec son Al-qaïda, son intifida, ses moudjahidin.
