Mis en ligne le 22/03/2006
Fronde parlementaire contre l’engagement militaire projeté au Congo.
C’est pourtant l’Allemagne qui devrait conduire la force d’intervention rapide.
La majorité des Allemands désapprouve le rôle dirigeant que leur pays jouera à la tête d’une force d’intervention rapide européenne -constituée à la demande de l’Onu- capable d’intervenir en cas de dérapage des élections au Congo.
Alors que l’envoi de la Bundeswehr dans les Balkans et en Afghanistan avait trouvé une large majorité au Bundestag, il est probable que, cette fois, il y aura de nombreux opposants.
Ironie et crainte
Les journaux ironisent en majorité sur une «opération bidon». Une centaine de députés sociaux-démocrates serait extrêmement sceptique. Le député Kahrs, porte-parole de l’aile droite du parti social-démocrate, avance: «On ne pourra pas stabiliser le Congo avec 1500 soldats. Le danger est grand qu’on soit obligé d’envoyer des renforts.» Selon lui, «il est actuellement impossible de voter en faveur de la mission».
Lors d’une réunion de députés CDU-CSU du Bade-Wurtemberg et de la Bavière, les adversaires de l’opération l’ont largement emporté. Le chef des députés CSU, Peter Ramsauer, a indirectement reproché à la chancelière Merkel d’avoir cédé aux pressions françaises en faveur d’un engagement militaire à direction franco-allemande.
Les hauts gradés de la Bundeswehr n’osent pas désavouer le nouveau ministre CDU de la Défense, Franz-Josef Jung, mais aucun d’entre eux ne s’est prononcé en faveur de la mission. Le colonel Manfred Gertz, du Bundeswehrverband (une sorte de syndicat de l’armée), lui, ne mâche pas ses mots: «Si 15000 casques bleus n’arrivent pas à pacifier le Congo, que peuvent faire 1500 soldats européens? Je n’y vois pas de sens. Pour un acte symbolique, il paraît hardi de mettre en danger la vie de soldats allemands.» Indépendamment des erreurs de communication du gouvernement, le colonel Gertz s’acharne depuis des semaines contre le Congo. Il dit que l’Allemagne, qui a perdu ses colonies africaines lors de la Première Guerre mondiale, est moralement moins obligée d’aider les Africains que la France ou la Belgique; il a aussi évoqué la possibilité d’enfants soldats tirant sur des recrues allemandes; l’insécurité culturelle de troupes allemandes en milieu francophone. Les journaux publient des portraits peu flatteurs du jeune «dictateur» Joseph Kabila.
Intérêts allemands
Surprise par cette levée de boucliers, Angela Merkel insiste sur les intérêts allemands dans l’opération. Une nouvelle guerre civile au Congo, a-t-elle déclaré, pourrait relancer la migration africaine vers l’Europe. «Le problème des réfugiés pourrait être pire qu’après la guerre de Bosnie», renchérit le ministre Jung. Pour lui, la stabilité dans cette région riche en matières premières «sert l’industrie allemande». Et des députés favorables à la mission redoutent que des rebelles fassent main basse sur les gisements de béryllium, métal dopant la force explosive de bombes atomiques…
© La Libre Belgique 2006
