Des enfants soldats retournent à l’école, à l’Est de la Rdc 191

Depuis un certain temps, les tensions à l’est du pays n’ont plus le caractère général. Bien que sanglant, on note des foyers de combats ça et là. C’est ainsi que la plupart des enfants démobilisés rentrent à l’école.

J’ai tué des gens, beaucoup de gens, je ne sais pas combien ». Bahati a 14 ans, il s’est battu pendant deux longues années en Ituri, région du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) ravagée par les violences interethniques.

Il a intégré ces derniers mois une école primaire de Bunia, le chef-lieu du district de l’Ituri, après avoir intégré un progamme de démobilisation mis en place par les autorités locales. Il vit maintenant « chez Maman » et veut devenir « enseignant ou commerçant ».

« Dans les rangs des milices, il y avait des enfants si petits qu’ils arrivaient à peine à soulever le fusil, des enfants dont le pantalon traînait par terre », précise le directeur de l’école Amisi Shindano.

Aujourd’hui élève ordinaire avec son short kaki et un T-shirt vert acidulé, Bahati a combattu pendant deux ans dans les rangs d’une milice hema (une ethnie minoritaire dans cette région), l’Union des patriotes congolais (UPC).

Notamment quand cette milice se battait à une centaine de kilomètres au nord de Bunia, près de Kilo-Moto, la plus grande mine d’or de l’Afrique centrale.

Mais « maintenant je regrette ce temps car si je n’avais pas été militaire (milicien) je serais allé plus loin avec mes études », soupire Bahati.

« C’est moi qui ai pris l’initiative de me présenter (à la milice). Je me suis dit que si j’avais un fusil je saurais mieux me défendre », poursuit l’adolescent. « Ce qu’il oublie de dire, c’est qu’avec un fusil, on arrive à piller beaucoup de biens », affirme pour sa part le directeur de l’école.

« Maintenant je vis chez Maman. Papa est +creuseur+ à Barrière (ville à 35 km au nord de Bunia où on exploite l’or de façon artisanale) », explique encore Bahati. « Quand j’aurai terminé mes études, je voudrais être soit enseignant, soit commerçant ».

« L’année dernière, j’avais sept enfants démobilisés. Je pensais qu’ils allaient être difficiles, mais non, ils respectaient les consignes », explique le directeur de l’école. Les enfants soldats démobilisés sont intégrés dans des écoles « normales » et non des établissements spécialisés.

« Au début, ils ont un comportement brutal, mais bien encadrés ils changent facilement et tous les sept ont réussi leur certificat », souligne Panza Ntunzi, directeur d’une école secondaire à Bunia où sont inscrits plusieurs enfants démobilisés.

Deux de ses élèves marchent, en uniforme bleu et blanc, des cahiers sous le bras. L’un d’entre eux, Elmas, a passé un an dans les rangs d’une milice lendue (ethnie majoritaire). L’autre, Biakunaga, a passé quatre mois dans l’UPC, la milice rivale.

« J’ai voulu défendre ma famille, mais je me suis rendu compte que ça ne servait à rien « , affirme Biakunaga.

Les personnes qui travaillent avec ces enfants démobilisés estiment que les chances d’une réinsertion réussie au sein du système scolaire dépendent essentiellement de deux facteurs: l’âge de l’enfant et le temps qu’il a passé au sein de la milice.

« Après trois ou quatre ans passés dans un groupe armé, les enfants n’ont plus la capacité de repartir dans le cycle normal », explique une personne travaillant avec les enfants démobilisés dans la région et qui a requis l’anonymat.

« Les enfants de 16 à 18 ans ne veulent plus revenir à l’école avec des enfants de 12 ans surtout après leur expérience de la vie militaire ». Et de conclure: « même enrôlés dans des cycles de mécanique ou de menuiserie, il leur est difficile de se retrouver dans une formation non-rémunérée après ce qu’ils ont gagné l’arme à la main ».

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