Tout le Congo attend les élections. Mais la paix ne règne pas encore dans certaines régions. Et la confiance ne règne plus entre Kinshasa et Bruxelles.
Alors que le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht est rentré, dimanche à l’aube, du Congo, cette mission, qui s’est déroulée à un moment clé de la transition, est l’occasion de faire le point sur une série de dossiers.
1. Des élections sont-elles possibles au Congo, dans tout le pays ?
Elles sont possibles et indispensables car la population l’exige et la communauté internationale veut pouvoir traiter avec un gouvernement responsable. Elles doivent avoir lieu dans tout le pays, y compris dans le Kivu et dans l’Ituri. Les troubles actuels (tirs à Goma et aggravation de la situation des droits de l’homme, 55.000 réfugiés dans l’Ituri) doivent être vus comme des manoeuvres visant à décrédibiliser le gouvernement central, des provocations.
2. Une solution au problème des ex-FAR Interhahamwés est-elle possible ?
Les avis sont optimistes : la Monuc a été renforcée, Kisangani est devenu le centre opérationnel d’une division (trois brigades), des photos satellites vont être utilisées, des médiations diplomatiques sont en cours. Les observateurs estiment qu’au Kivu les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) n’empêcheront pas la tenue du scrutin et en profiteront pour exiger un « dialogue interrwandais ». Les Interhahamwés représentent aujourd’hui une menace physique plus pour la population congolaise que pour le Rwanda lui-même. Sur le plan militaire, la commission de vérification rwando-congolaise chapeautée par la Monuc a enquêté sur 25 plaintes, dont 4 étaient fondées.
3. Est-il nécessaire d’envoyer au Kivu une force relevant de l’Union africaine ?
Le Ministre De Gucht ne le pense pas, il soutient un renforcement de la Monuc. Il s’en est entretenu avec le président Obasanjo du Nigeria, président de l’Union africaine. Le contingent béninois formé par les Belges (650 hommes) est prêt à être déployé sous la bannière onusienne, mais la Monuc a fait le plein de ses effectifs.
4. L’idée d’un gouvernement d’union nationale et d’une place promise aux perdants est-elle bien acceptée à Kinshasa ?
A l’assemblée nationale, dans la presse et dans l’opinion, cette suggestion du ministre belge est mal passée. Deux conceptions de la politique s’affrontent ici : craignant que les perdants relancent la guerre, les Occidentaux souhaitent « baliser » l’après-élections par des gages donnés aux vaincus potentiels, (le RCD Goma principalement) et les Belges suggèrent les compromis dont ils ont le secret. Dans la conception africaine, les élections doivent désigner un vainqueur, qui sera le chef incontesté. S’il est un bon chef, il devra veiller à partager son pouvoir, à rechercher un consensus aussi large que possible. Tout accord électoral passé avant les élections apparaîtrait comme une combine et ferait perdre des voix à celui qui l’acceptera.
5. Où en est le brassage de l’armée, la constitution d’une armée nationale unifiée ?
La Première Brigade, formée par les Belges, est déployée dans l’Ituri et fait bonne impression. Une autre brigade est en formation à Kamina, les Angolais ont entrepris des formations à Kitona, les Sud-Africains sont impliqués aussi. D’ici fin mars, 15.000 hommes pourraient avoir été brassés, mais il en faudrait 150.000 pour garantir les élections. Au Nord Kivu, les chefs du RCD Goma, proches du Rwanda, refusent l’arrivée de troupes venues d’autres régions, et les rwandophones refusent d’être envoyés dans d’autres provinces. Un brassage de divers groupes a cependant commencé sur le plan local.
6. Le pays se relève-t-il ?
A Goma, Bunia, Kisangani, les activités commerciales reprennent, des maisons sont construites. Malgré les barrières routières, les camions circulent, les barges remontent le fleuve. Des motos apparaissent, le trafic augmente.
7. Où en sont les relations avec la Belgique ?
Les Congolais reconnaissent qu’ils ont besoin de la Belgique, que les relations sont importantes et multiples. L’opposition politique qui ne participe pas au gouvernement de transition félicite le ministre De Gucht pour sa franchise et utilise ses propos et ses notes, l’entourage du président veut croire qu’il ne s’agit que du fait d’un seul homme et entend tourner la page, mais la confiance n’y est plus. Le Ministre poursuit ses critiques contre les dirigeants congolais et veut diversifier sa politique.
8. Karel De Gucht a-t-il appris quelque chose au Congo ?
Il assure qu’on apprend toujours plus dans l’intérieur du pays, même en peu de temps, qu’en restant dans les salons de Kinshasa. Il confirme qu’au cours de ce voyage, il n’a changé d’avis sur rien et se demande pourquoi la presse francophone voudrait toujours qu’il change d’avis… Il se dit convaincu d’un complot francophone.
Pas de sanction
Dimanche à « Zevende dag », M. De Gucht a indiqué qu’il ne sanctionnerait pas le fonctionnaire responsable des biographies à la source d’un incident comme les autorités congolaises le lui avaient pourtant demandé.
