Göbekli Tepe : et si le premier temple était en réalité la première école de l’humanité ?

Par Katompa Désiré

L’histoire officielle présente généralement Göbekli Tepe, en Turquie, comme un immense centre rituel construit par des chasseurs-cueilleurs il y a environ 11 500 ans. Le site est composé d’enceintes monumentales, de piliers en forme de T et de nombreuses représentations animales. Sa fonction exacte demeure cependant inconnue. [whc.unesco.org], [whc.unesco.org], [en.wikipedia.org]

Je voudrais proposer ici une autre lecture. Non pas une certitude, mais une hypothèse. Et si Göbekli Tepe n’avait jamais été un temple au sens où nous l’entendons aujourd’hui ?
Et s’il s’agissait plutôt d’un centre de transmission des connaissances, une sorte d’université préhistorique où des maîtres enseignaient aux communautés humaines les savoirs nécessaires à leur survie et à leur développement ? [whc.unesco.org], [gobekli-tepe.com]

Une erreur de perspective ?

Lorsque nous observons les habitants du Néolithique, nous avons tendance à les imaginer comme des êtres primitifs découvrant progressivement le monde. Pourtant, l’humanité existait déjà depuis des centaines de milliers d’années. Ces hommes connaissaient les animaux, les plantes, les saisons, les migrations, les techniques de chasse et les propriétés des pierres. Ils n’étaient pas ignorants. Le véritable défi n’était donc peut-être pas de découvrir le savoir, mais de l’organiser, le préserver et le transmettre. Mon hypothèse est que Göbekli Tepe répondait précisément à ce besoin.

Les animaux comme langage universel

Une caractéristique frappe immédiatement le visiteur : les animaux sont partout. Serpents, scorpions, sangliers, renards, vautours, gazelles, aurochs et prédateurs dominent l’iconographie du site. [en.wikipedia.org], [whc.unesco.org]
L’interprétation habituelle y voit des symboles religieux. Je propose une autre possibilité. À une époque où aucune écriture n’existait encore, comment transmettre un enseignement à des peuples parlant des langues différentes ?

L’image.

visiting göbekli tepe, turkey what i wish i knew before i went

Un serpent est reconnaissable par tous.
Un lion est reconnaissable par tous.
Un sanglier est reconnaissable par tous.
Les sculptures pouvaient constituer un langage pédagogique universel.
Le serpent enseignait peut-être le danger.
Le scorpion la vigilance.
Le sanglier la force et les techniques de chasse.
Le vautour les cycles de la mort et de la nature.
Les animaux n’étaient pas forcément des dieux.
Ils pouvaient être des leçons.

Pourquoi les plantes sont-elles absentes ?

Les chercheurs soulignent souvent la faible place accordée aux végétaux dans les représentations connues. [en.wikipedia.org], [whc.unesco.org]
Selon mon hypothèse, cette absence est logique. Les plantes étaient disponibles physiquement. On pouvait les montrer directement. Un enseignant pouvait sortir de l’enceinte avec ses élèves et leur présenter :

  • les céréales sauvages ;
  • les plantes comestibles ;
  • les plantes médicinales ;
  • les arbres de la région.

En revanche, il était beaucoup plus difficile d’amener un lion, un sanglier ou un serpent devant une assemblée. Pour enseigner ces animaux, la représentation devenait indispensable.

Les deux piliers centraux

Les enceintes de Göbekli Tepe sont généralement organisées autour de deux grands piliers centraux. [en.wikipedia.org], [whc.unesco.org] La plupart des chercheurs y voient des figures humaines stylisées. Mais qui représentent-elles ?
Je propose plusieurs lectures possibles :

  • le maître et l’élève ;
  • le transmetteur et le disciple ;
  • l’homme et la femme ;
  • le principe même de la coopération humaine.

Dans chaque cas, deux êtres occupent le centre tandis que les animaux les entourent.

Le message pourrait être simple :
La connaissance permet à l’être humain de comprendre le vivant qui l’entoure.

göbekli tepe, turkey the world's oldest temple complex ancient travel

Les enceintes comme salles d’enseignement

Plusieurs enceintes présentent des ensembles d’animaux différents. [en.wikipedia.org], [whc.unesco.org]

unraveling the mystery what is göbekli tepe

Pourquoi ?

Dans ma théorie, chaque enceinte pourrait correspondre à un domaine particulier de transmission :

  • les prédateurs ;
  • les dangers ;
  • les espèces chassées ;
  • les comportements animaux ;
  • les premières formes de gestion du vivant.

Ces enceintes auraient fonctionné comme des espaces spécialisés, comparables à des salles consacrées à différents savoirs.

L’origine des mythes

L’un des fondements de cette réflexion provient des traditions orales.

En Afrique, l’essentiel des connaissances a longtemps été transmis sans écriture.

Les contes, les légendes, les proverbes, les chansons, les charades, les tabous et les interdits permettent de transmettre :

  • l’histoire ;
  • les comportements sociaux ;
  • les règles de survie ;
  • les connaissances environnementales ;
  • les pratiques alimentaires ;
  • l’hygiène ;
  • la mémoire collective.

Les mythes ne sont pas seulement des histoires.

Ils sont des bibliothèques.

Ils encodent des connaissances sous une forme facile à mémoriser.

Il est donc possible que les symboles de Göbekli Tepe aient constitué les premiers éléments d’un vaste système de transmission orale dont les mythologies ultérieures auraient conservé la trace.

Les dieux civilisateurs

De nombreuses civilisations racontent qu’un jour des êtres exceptionnels ont enseigné aux hommes :

  • l’agriculture ;
  • l’élevage ;
  • les lois ;
  • les techniques ;
  • l’organisation sociale.

On retrouve ce schéma dans les traditions du Proche-Orient, de l’Égypte, du monde méditerranéen et d’autres régions du monde.

Habituellement, ces personnages sont appelés dieux.

Mais rien n’interdit d’envisager qu’ils aient pu être, à l’origine, des transmetteurs de savoirs réels devenus légendaires au fil des millénaires.

Les maîtres seraient devenus des sages.

Les sages seraient devenus des héros.

Les héros seraient devenus des dieux.

Le mystère de l’enfouissement

L’un des plus grands mystères de Göbekli Tepe demeure l’enfouissement volontaire des structures. [gobekli-tepe.com], [whc.unesco.org]

Pourquoi ensevelir un monument aussi important ?

Ma théorie propose plusieurs réponses possibles.

L’enfouissement pourrait marquer :

  • la fin d’un cycle d’enseignement ;
  • la disparition d’une génération de maîtres ;
  • le remplacement d’un groupe de formateurs par un autre ;
  • la volonté d’empêcher la transformation du lieu en objet de culte ;
  • la création d’une mémoire destinée aux générations futures.

L’enceinte n’aurait pas été détruite.

Elle aurait été archivée.

Conclusion

Je ne prétends pas que cette théorie soit démontrée.

Je constate simplement qu’elle permet d’expliquer simultanément plusieurs énigmes :

  • la présence massive d’animaux ;
  • l’absence relative de plantes ;
  • les deux figures centrales ;
  • les rassemblements humains ;
  • la longue durée d’utilisation du site ;
  • l’enfouissement volontaire des enceintes ;
  • la persistance de symboles similaires dans les mythologies ultérieures.

Dans cette perspective, Göbekli Tepe ne serait pas le premier temple de l’humanité.

Il serait la première grande institution de transmission des connaissances dont nous ayons retrouvé les vestiges.

Une école du vivant.

Un lieu où l’humanité aurait commencé à organiser sa mémoire collective avant même l’invention de l’écriture.

Katompa Désiré

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top