La tête du ministre d’Etat près la présidence a été mise à prix par une motion de défiance contre Nkulu Kilombo. Les signataires accusent Me Nkulu « d’abus et trafic de pouvoir et d’avoir privilégié les intérêts pécuniaires des privés au lieu de l’intérêt général ». Le ministre d’Etat près la présidence de la République, Me Nkulu Kilombo, pointé par nombre de députés comme coresponsable politique du crash de Kingasani, pourra-t-il s’en sortir ? Les choses sont allées très vite au Palais du peuple puisqu’une motion de défiance a été déposée, hier, au Bureau de l’assemblée nationale contre le ministre d’Etat.
La motion semble avoir reçu une large adhésion des parlementaires, toutes tendances confondues : au lieu de 50 signatures exigées, c’est, en tout, 80 députés qui ont signé la motion de défiance présentée contre Me Nkulu. Certains élus de l’Amp, la coalition présidentielle, soutiennent la démarche, a-t-on appris au Palais du peuple.
L’annonce du dépôt de cette motion a été faite par le député Delly Sesanga du Mlc, au cours de la plénière d’hier, consacrée à une série de questions orales adressées à six membres du gouvernement. « Nous avions courtoisement invité, à l’issue du débat de mardi dernier consacré au crash d’avion survenu à Kingasani, le ministre d’Etat Nkulu à se retirer. Puisqu’il est toujours en place, les députés signataires ont décidé d’assumer leurs responsabilité s », a déclaré Delly Sesanga, en remettant au président de l’assemblée nationale, Vital Kamerhe, la motion de défiance accompagnée de la liste des 80 signataires.
On avait pressenti cette attitude de fermeté des députés contre le ministre d’Etat près la présidence de la République lors du débat de mardi dernier. La quasi-totalité des intervenants, y compris des députés Pprd, avaient dénoncé « abus de pouvoir, trafic d’influence et irresponsabilité politique » dans le chef de l’ancien dircaba du président Joseph Kabila.
« La gravité des griefs articulés contre le ministre d’Etat à la présidence ayant révélé de lourdes responsabilité s dans le chef du ministre d’Etat pour avoir notamment abusé de son pouvoir et de sa position, usant d’une fausse qualité pour obtenir illégalement, dans des circonstances suspectes, l’annulation de la mesure de suspension des vols Antonov, en recourrant manifestement ainsi à des voies de fait pour faire pression sur le ministre des transports », écrivent les signataires dans la motion de défiance qui charge, en outre, M. Nkulu Kilombo d’avoir, dans sa lettre adressée à son collègue des transports portant annulation des mesures de suspension des vols Antonov, privilégier les « intérêts pécuniaires des privés » au lieu de l’intérêt général.
La motion a-t-elle les chances d’aboutir ? S’il est vrai que le document porte la marque de l’Opposition, plusieurs députés parmi les indépendants, le groupe des Forces du futur, la Codeco/Pay Pay ont signé le texte. En privé, certains bonze de l’Amp promettent de soutenir la motion pour en finir avec le règne de l’impunité et des intouchables. Dans ce cas, le limogeage du ministre près la présidence sera vite obtenu.
Cependant, il n’est pas exclu non plus que les divisions partisanes apparaissent au Palais du peuple. Peut-être même qu’un mot d’ordre de soutien au ministre incriminé sera donné par sa famille politique. Largement majoritaire à la chambre basse, l’Amp, dans ce cas, imposera sa loi et Me Nkulu s’en sortira.
Dernière hypothèse, face aux diverses pressions après ce crash, le ministre près la présidence de la République pourrait décider de jeter l’éponge pour ne pas devoir affronter, pour une seconde fois, les élus dont nul ne peut être sûr du vote après cette tragédie. L’exemple de l’élection de Léon Kengo à la têtedu Sénat, avec l’appui des sénateurs Amp, fait toujours redouter sur les réelles intentions de vote de parlementaires face à certaines questions majeures.
On rappelle que c’est la première motion de défiance déposée contre un membre du gouvernement Gizenga.
