ET SI POUR UNE FOIS LA MORT D’ INNOCENTS DÉBOUCHAIT SUR QUELQUE CHOSE D’ UTILE 2126

Après le choc que provoque une catastrophe aérienne, après que des coupables aient été désignés, après qu’ une enquête ait été diligentée, il paraîtrait raisonnable qu’ à l’ émotion succède l’ analyse, que la situation du transport aérien en RDC fasse l’objet d’ un débat de fond et que des changements fondamentaux soient opérés dans son fonctionnement.
Ceci concerne aussi bien les exploitants, que les services et les agents de l’état, que les usagers.

Les mesures spectaculaires, les signaux forts, n’ ont bien souvent d’ autre objet que de cacher une absence complète de volonté politique.

A l’ occasion de ce nouvel accident, les communiqués de presse soulignent que la société Africa One est sur la liste noire de la Commission Européenne.
Il faut quand –même signaler que dans cette liste noire, ne figurent que des sociétés qui
n’ ont soit, ni licence ni avions, soit des avions qui n’ ont en aucune façon un rayon
d’ action leur permettant d’ arriver en Europe.

En quoi la publication de cette liste noire a t’ elle amélioré les conditions de transport aérien en Europe ou au Congo, en rien.
Cela a permis à quelques experts aux salaires exorbitants de jouer à « on vous l’ avait bien dit ».

Dans un pays ruiné, sans routes, sans chemins de fers, sans transport fluvial, il reste
l’ avion .
Dans un pays qui voit l’ immense majorité de la population vivre en dessous du seuil de pauvreté, où la cohésion sociale a été réduite à rien par des années de guerre, précédées par des années de tyrannie, où les agents de l’ Etat « se débrouillent pour faire vivre leur famille », où tout investissement est par définition risqué, il reste les avions
« pas chers ».
Dans les avions pas chers, il y a les ruines volantes et des avions de seconde main, qui à force de surcharge et de mauvais entretiens deviennent des ruines volantes.

L’ immense majorité de la flotte Congolaise est constituée d’ avions anciennement Soviétiques, conçus pour être bien adaptés aux conditions extrèmes, sujets à des programmes d’ entretien très élaborés et grand consommateurs de carburant.
Les producteurs de ces avions, ont eux-mêmes traversé une grande période de turbulence au cours des années nonantes et se sont intéressés à des marchés plus faciles, moins éloignés de leurs bases que l’ Afrique Centrale.
Beaucoup de leurs avions volent en Europe de l’ Est, en Asie, au Moyen Orient.

La première mesure élémentaire serait d’ établir une base permanente de ces producteurs au Congo, d’ établir un lien permanent et transparent entre les Services de
l’ Etat Congolais et ces producteurs.
Il faut aussi comprendre que la « mariée Congolaise » n’ a rien pour l’ instant
d’ attirant, pour un producteur et que pour la rendre attirante il faut être capable de proposer des conditions de travail et des garanties financières et institutionnelles claires et définitives.

S’ il s’ agit d’ envoyer une quelconque délégation qui vient pour visiter la Russie ou l’ Ukraine avec une lettre d’ intention sur papier à en-tête doré et publier dans la presse qu’ on est en train de faire quelque chose, on aura fait comme d’ habitude.

S’ il s’ agit de constituer une vraie équipe de travail constituée de professionnels publics et privés, capable de formuler des propositions concrètes à l’ Etat Congolais et aux producteurs que l’ on souhaite voir s’ installer au Congo, on peut imaginer
qu’ un premier pas dans la bonne direction aura été réalisé.

Il s’ agit donc de faire preuve de volontarisme politique, de chercher des solutions créatives, plutôt que de condamner des personnes, des entreprises, des agents économiques qui de toutes les façons, soit eux-mêmes, soit leurs successeurs, se retrouveront plongés dans les mêmes problématiques infernales.

Ayant été pour mon malheur, responsable d’ une Société Aérienne, dans la région de Tshikapa, j’ ai pu apprécier le très faible niveau moral et d’ éthique professionnelle d’ entreprises telles que Africa One, ou pire : Air Kasai .
Etre confronté quotidiennement à ce type d’ entreprises, vous oblige à découvrir la face la plus perverse et la plus cynique de la nature humaine.
Je suis donc la dernière personne qui serait désolée, de voir « ces diables griller en enfer », ou de voir un ministre passer à la trappe pour incompétence ou corruption.

Mais ces gestes forts seront sans utilité s’ ils ne sont pas suivis d’ une remise en question fondamentale des pratiques du secteur.
Contrairement aux idées reçues, il existe beaucoup de compétences dans le transport aérien Congolais, si tel n’ était pas le cas, les catastrophes aériennes seraient journalières tant les conditions et le contexte de travail sont limites.
Il n’ y a pas de solution miracle, on ne va pas voir apparaître dans le marché Congolais une flotte neuve par un coup de baguette magique, mais il est possible
d’ établir un nouveau contexte, permettant de travailler dans des conditions raisonnables, permettant de privilégier les compétences professionnelles et un minimum d’ éthique.
En dehors des relations indispensables à établir avec les producteurs d’ avions, des mesures assez simples peuvent être prises par l’ Etat Congolais pour éviter les dérapages les plus dangereux.
Quelques éléments de notoriété publique :

Le prix au kilo transporté doit être en rapport avec le prix du carburant.
Visuels de contrôle les surcharges .
Tous les professionnels vous le diront : un avion en pleine surcharge a besoin d’ un élan plus long, de faire des paliers etc…
Vérifier les moyennes de vol, pour traquer les pratiques dangereuses.

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