LE MONDE | 13.09.07 | 14h45 • Mis à jour le 13.09.07 | 14h45
Deux mois après le départ de Paul Wolfowitz pour népotisme, son successeur, Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, a décidé, mercredi 12 septembre, de réformer son service de déontologie institutionnelle (Institutional Integrity Department ou INT), après avoir reçu un rapport critique de Paul Volcker, l’ancien président de la Réserve fédérale (Fed).
M. Zoellick veut ainsi séparer la lutte anticorruption externe à la Banque et la surveillance de la discipline interne. Il entend aussi rendre les enquêtes de l’INT sur les fraudes constatées dans l’utilisation de l’aide de la Banque plus respectueuses des personnes, plus collectives et plus indépendantes. En effet, le rapport Volcker pointe les dégâts provoqués par certaines pratiques de l’INT qui ont entraîné « des relations contre-productives entre la Banque, les pays bénéficiaires et les pays donateurs ». Il préconise des réformes institutionnelles et comportementales que M. Zoellick a promis d’appliquer.
En fait, ce rapport et ces réformes marquent la fin de l’ère Wolfowitz. Lorsque Paul Wolfowitz était arrivé, le 1er juin 2005, à la tête de la Banque, il avait privilégié la lutte contre la corruption dans les pays en développement, corruption « qui vole l’argent destiné aux plus pauvres », selon son expression. Il avait nommé à la tête de l’INT une proche du Parti républicain américain, Suzanne Rich Folsom – qui n’en référait qu’à lui – avec mission de traquer les détournements des fonds de la Banque.
« Une bonne partie des membres de l’INT se sont pris pour des « shérifs » », raconte un membre de la Banque. « Ils ont effectué de véritables descentes de police dans des pays en développement, accusant de corruption ministres et fonctionnaires, sans preuves. M. Wolfowitz en a profité pour annuler ou suspendre l’aide à des pays comme l’Inde ou le Kenya, alors que l’enquête n’était pas terminée et que le mal – réel – était tout à fait circonscrit. »
DYSFONCTIONNEMENTS
Exaspéré par cette « croisade » désordonnée, le conseil d’administration de la Banque unanime a obligé M. Wolfowitz, durant l’été 2006, à demander un audit sur le fonctionnement de l’INT. Le président a choisi, en février 2007, pour le piloter, M. Volcker, déjà auteur d’un rapport sur le scandale du programme « Pétrole contre nourriture » des Nations unies.
M. Zoellick a été poussé à réformer sans attendre l’INT autant par cet audit, prudent dans la forme, que par l’enquête accablante rendue publique, le 6 septembre, par l’organisation non gouvernementale Government Accountability Project (GAP), l’une des premières ONG à dévoiler l’affaire de népotisme qui a coûté sa présidence à M. Wolfowitz. GAP y dénonce les dysfonctionnements du service de déontologie institutionnelle de 2005 à 2007. Ses critiques portent aussi bien sur le conflit d’intérêt né de la double casquette de Mme Folsom, à la fois directrice de l’INT et conseillère du président, que sur une trop grande connivence de l’INT avec des organismes proches du Parti républicain, ou encore sur la surreprésentation des Américains (41 %) au sein du personnel de l’INT.
Le GAP raconte qu’en Inde, le service est allé jusqu’à « inventer un conflit d’intérêt » en ignorant l’avis des personnels de la Banque sur place et en enquêtant à l’aveuglette. Au Cambodge, sept projets ont été stoppés net sur la foi d’un rapport « d’à peine quatre pages ». L’enquête a tourné « au fiasco ».
En revanche, en République démocratique du Congo, affirme le GAP, on a enterré un rapport de l’INT qui pouvait déboucher sur la mise en cause du président Kabila et d’un de ses proches, Finda Koroma, dans le détournement d’une aide destinée à la démobilisation des combattants ainsi qu’à deux projets sociaux.
Même laxisme et même mutisme à propos de l’Arménie où l’enquête de l’INT avait démontré que la privatisation du service communal de l’eau d’Erevan avait donné lieu à des truquages et des falsifications multiples et avérés.
M. Zoellick ne partage pas les obsessions purificatrices de son prédécesseur. Il aura d’autant moins de mal à suivre les conclusions convergentes de la commission Volcker et du GAP, que le personnel de la Banque mondiale les applaudit.
