Finances. Pékin est sur le point d’accorder un prêt de 5 milliards de dollars à Kinshasa.
C’est le type de déconvenues que va devoir affronter le nouveau président du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn. A la mi-septembre, au moment où une équipe de l’institution monétaire était en route pour la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) afin d’évaluer la mise en œuvre de son programme d’assistance avec ce pays, les autorités locales ont signé avec la Chine un protocole d’accord portant sur un prêt de 5 milliards de dollars. Une somme mirobolante gagée en partie, selon une source informée à Kinshasa, sur les ressources minières congolaises.
(Libération 04/10/2007)
Gisements miniers. Hier, le représentant du FMI sur place, Xavier Maret, a mis en garde le gouvernement de Kinshasa sur l’impact «macroéconomique» qu’aura ce projet sur le pays. Une manière polie d’exprimer le mécontentement de l’institution, qui réclame de son côté des mesures d’assainissement des finances publiques ou de bonne gouvernance avant de consentir son aide financière. «Ce type d’accord est totalement contraire aux principes de l’OCDE», renchérit un haut fonctionnaire européen.
La Commission de Bruxelles était, pour sa part, en train de proposer péniblement un prêt de 500 millions de dollars sur cinq ans à Kinshasa… «Cela s’est fait dans notre dos, pendant qu’on discutait avec l’entourage du président Kabila», confie l’un de ses membres. A Kinshasa, certains se gaussent des vaines pressions du FMI et de la Banque mondiale pour empêcher l’accord avec les Chinois. «Ces institutions sont avec nous depuis des générations, mais notre pays n’a pas vu le bout du tunnel», écrit ainsi le journal L’Avenir.
Le prêt, une fois finalisé, représentera l’un des investissements les plus lourds de la Chine en Afrique, de plus en plus entreprenante sur ce continent riche en matières premières. Il est destiné à financer la construction d’infrastructures routières et ferroviaires et l’exploitation des immenses gisements miniers du sous-sol congolais. Trois milliards de dollars seront alloués à la construction d’un axe ferroviaire de plus de 3 000 kilomètres entre le Katanga et le Bas-Congo, mais aussi d’une route entre Kisangani (dans le nord-est du pays) et la frontière avec la Zambie. Les deux autres milliards seront consacrés à l’exploitation des fabuleuses richesses minières locales. «La stratégie des Chinois est claire : ils financent les infrastructures qui leur permettent d’acheminer les minerais qu’ils extraient avant de les exporter», note un observateur.
Eldorado. La RDC est l’un des derniers eldorados miniers de la planète : la guerre qui a meurtri l’ex-colonie belge depuis la chute de Mobutu en 1997 a entravé l’exploitation des gisements, mais aussi la prospection. Son sous-sol recèle 34 % des réserves mondiales connues de cobalt et 10 % des réserves de cuivre. Pour s’approprier ces richesses, tous les coups sont permis.
Par THOMAS HOFNUNG
QUOTIDIEN : jeudi 4 octobre 2007
