Le jeudi 14 juin 2007, l’association Toulibre organisait une conférence donnée par Richard Stallman, créateur du projet GNU et de la Free Software Foundation. Cet évènement était organisé en coopération avec l’association APRIL, les cinémas Utopia et la société Communication et Systèmes.
Cette page est une retranscription écrite de la conférence, réalisée à partir d’un enregistrement audio. La retranscription est un travail collaboratif réalisé par Florian Longueteau, Anne-Marie Mahfouf, Christian, Eric Noulard, Rémy Sanchez, Patrice Pillot et Michel Renon.
Les quatre libertés fondamentales
Je peux expliquer le logiciel libre en trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.
Des choses que l’actuel président de la France n’apprécie pas [applaudissements].
Liberté, car l’utilisateur est libre de faire ce dont il a besoin [hésitation] et toutes les choses légitimes avec le programme. Egalité, parce que tous les utilisateurs disposent des mêmes libertés. Et fraternité, parce que nous encourageons la coopération entre les utilisateurs. [euh, hum] Les programmes… [problèmes de micro, Richard siffle et fait des bruits de bouches]. Est-ce que ça va sans micro ? [la salle ronchonne] Il paraît que pas pour tout le monde [bruits de bouche dans le micro, le micro revient].
Richard Stallman
Ah maintenant ! Donc, un programme qui n’est pas libre est un programme privateur, c’est-à-dire qu’il prive les utilisateurs de leurs libertés. Un programme privateur maintient ses utilisateurs dans un état de division et d’impuissance. Division parce qu’il est interdit à chacun de le partager avec les autres, et impuissance parce que les utilisateurs n’ont pas le code source et ne peuvent rien changer dans le programme et ne peuvent pas même vérifier indépendamment ce que fait le programme.
Mais un programme libre respecte la liberté de l’utilisateur. Qu’est ce que ça veut dire ?
Il y a 4 libertés essentielles que tout utilisateur de programme doit avoir :
* la liberté 0, c’est la liberté de faire tourner le programme comme tu veux,
* la liberté 1, c’est la liberté d’étudier le code source du programme et de le changer pour que le programme fasse ce que tu veux
* la liberté numéro 2, c’est la liberté d’aider le voisin. C’est la liberté de distribuer des copies exactes du programme aux autres, jusqu’à la publication, quand tu veux.
* la liberté numéro 3, c’est la liberté de contribuer à ta communauté. C’est la liberté de distribuer des copies de tes versions modifiées, jusqu’à la publication, quand tu veux.
Ces 4 libertés forment la définition du logiciel libre.
Un programme est libre si l’utilisateur dispose de ces 4 libertés. C’est à dire que le système social de la distribution et de l’utilisation de ce programme est un système éthique. Mais si une de ces libertés est absente, le programme est privateur, c’est à dire que le système social de sa distribution et de son utilisation n’est pas éthique, et ce programme est un problème social. Le développement de programmes privateurs n’est pas une contribution à la société. C’est une attaque contre la société.
Mais pourquoi ces 4 libertés sont essentielles ? Pourquoi définir le logiciel libre comme ça ? La liberté numéro 2, la liberté d’aider le voisin, la liberté de distribuer des copies exactes du programme quand tu veux est essentielle pour des raisons fondamentales éthiques, pour pouvoir vivre une vie éthique comme un bon membre d’une communauté. Si tu utilises un programme sans la liberté numéro 2 tu es en danger de tomber à n’importe quel moment dans un dilemne moral, quand ton ami te demande une copie du programme. A ce moment, tu devras choisir entre deux maux. Un mal c’est de lui donner une copie et de rompre la licence
du programme. L’autre mal est de lui refuser une copie et respecter les termes de la licence du programme. Étant dans le dilemne, tu devrais choisir le moindre mal, c’est-à-dire lui donner une copie et rompre la licence du programme. Pourquoi ce mal est le moindre mal ? Parce que quand tu ne peux pas éviter de faire du mal à quelqu’un, autant que ce soit à quelqu’un qui le mérite [rires et applaudissements]. Nous pouvons supposer que ton ami est bon ami, un bon membre de ta communauté, et mérite ta coopération. Tandis que le développeur d’un programme privateur aura attaqué délibérément la solidarité sociale de ta communauté. Donc si… si tu dois… si tu ne peux pas éviter de faire du mal à quelqu’un, autant que ce soit à lui, le développeur. Mais être le moindre mal ne veut pas dire que ce soit bon. Il n’est jamais bon de faire une promesse et de la rompre. Bien qu’il y a des promesses malveillantes qui sont pires de suivre que de rompre. Est-ce que c’est correct ? [la salle répond que oui] Donc euh… euh… ceci est un exemple de ce cas. Faire une promesse de ne pas aider son voisin est immoral en soi, rompre cette promesse est moins mal que suivre la promesse. Mais néanmoins, ce n’est pas bon ! Et si tu veux lui donner une copie, si tu lui donnes une copie, qu’est ce qu’il aura ? Il aura une copie pas autorisée d’un programme privateur. C’est presque aussi mauvais qu’une copie autorisée [rires].
Donc, si tu as bien compris ce dilemne, qu’est ce que tu dois faire ? Ce que tu dois faire est éviter d’être dans le dilemne. Mais comment ? Il y a deux manières :
* une manière est ne pas avoir des amis [rires]. C’est la manière proposée par le développeur de logiciel privateur.
* l’autre manière est de ne pas utiliser de logiciels privateurs. Et c’est la manière que j’ai choisie. Si quelqu’un m’offre un programme sous la condition de ne pas le partager avec vous, je le refuse. Je dis que ma conscience n’accepte pas une telle condition. Et je ne l’utilise pas.
Donc c’est la raison pour la liberté numéro 2, la liberté d’aider le voisin, c’est à dire la liberté de pratiquer la fraternité.
Mais la liberté numéro 0 a d’autres raisons. Son but est d’avoir le contrôle de ta propre computation [exécution ?]. Hum. Il y a des programmes privateurs qui restreignent… hum… y comris… hum… l’utilisation d’une copie autorisée. Evidemment, ce n’est pas avoir le contrôle de ta propre computation. Ils restreignent dans quel ordinateur cette copie peut s’utiliser, ou par qui, ou pour quoi. Et donc ce n’est pas acceptable. La liberté 0 est essentielle. Mais, elle ne suffit pas parce que ce n’est que la liberté de faire ou ne pas faire ce que le développeur aura déjà décidé de développer dans le programme.
Fonctionnalités malveillantes, menottes numériques
Pour vraiment avoir le contrôle de ton propre computation, il faut aussi la liberté numéro 1 : la liberté d’étudier le code source et de le changer, pour que le programme fasse ce que tu veux. Comme ça, tu décides ! Et pas lui le développeur. Si tu utilises un programme sans la liberté numéro 1, tu peux pas être sûr de ce qu’il fait ! Et beaucoup de programmes privateurs contiennent des fonctionnalités malveillantes conçues pour… euh… par pour servir l’utilisateur mais plutôt pour surveiller l’utilisateur, restreindre l’utilisateur ou même pour attaquer l’utilisateur. Beaucoup de programmes privateurs font de la surveillance. Un programme privateur qui le fait, que peut-être tu connais de nom s’appelle Microsoft Windows [rires]. Quand l’utilisateur de Windows, et je dis pas toi, car tu n’utiliserais [pas] un tel programme [rires]. Quand l’utilisateur de Windows utilise une fonctionnalités dans les menus pour chercher quelque chose dans ses propres fichiers, Windows envoie un message disant quel mot a été recherché. Une fonctionnalité de surveillance. Mais il y en a une autre. Quand Windows demande une mise à jour, il envoie la liste de tous les programmes intallés dans la machine. Autre fonctionnalité de surveillance. Ce sont les deux fonctionnalités de surveillance connues dans Windows. C’est possible qu’il y en ait d’autres, mais on peut pas être certain. Microsoft n’a jamais annoncé la présence de ces deux fonctionnalités malveillantes. Il fallait de l’investigation pour les trouver, pour les découvrir. Donc peut-être des autres restent à découvrir. Comment savoir ?
Richard Stallman
Mais ce n’est pas seulement Windows qui le fait, parce que Windows MediaPlayer? aussi fait de la surveillance. Il rapporte toutes les choses que l’utilisateur regarde. Ce n’est pas uniquement Microsoft qui fait de la surveillance. Beaucoup pensent que Microsoft est mauvais… et que le reste des développeurs sont bons. C’est pas vrai. Par exemple, RealPlayer? fait de la surveillance pareil. Et je crois que RealPlayer? la faisait le premier. Parce que Microsoft est plus connue pour l’imitation que pour l’invention [rires et applaudissements]. Et beaucoup d’autres programmes privateurs le font.
Mais, il y a des choses pires encore : il y a la fonctionnalité de ne pas fonctionner [rires], de ne pas fonctionner pour toi. Et je ne parle pas des erreurs, ce sont des fonctionnalités délibérées. Par exemple quand le programme te dis : « je ne veux pas te montrer ce fichier, bien que ce soit dans ton ordinateur », « je ne veux pas te permettre de copier une portion de ce fichier, bien que ce soit dans ton ordinateur », « je ne veux pas imprimer ce fichier pour toi, parceque je ne t’aime pas ! » [rires et applaudissements].
Il s’agit de menottes numériques. C’est à dire la gestion numérique des restrictions ou DRM selon l’acronyme anglais. La fonctionnalité délibérée de ne pas fonctionner pour toi. Windows le fait, MacOS? le fait, Windows Vista a été conçu comme une avance dans les menottes numériques. C’est son but ! Nous avons deux campagnes d’action politique contre ces deux problèmes. Nous avons la campagne « defectivebydesign.org ». C’est une campagne de manifestations contre la gestion numérique des restrictions. Et il y a plus de 20 000 membres, mais nous avons besoin de plus encore. Et tu peux t’adhérer dans le site et participer aux manifestations. Nous avons fait des manifestations aux conférences de Microsoft, face aux boutiques Apple, face aux cinémas, parce que les entreprises du ciné font pression en faveur des menottes numériques. Et nous ferons d’autres manifestations. Et aussi il y a la campagne « badvista.org ». Parce que le but de Vista est d’augmenter le pouvoir de Miscrosoft sur ses utilisateurs, de serrer plus fort la chaîne. Et donc, les utilisateurs qui ne sont pas prêts à s’échapper de Windows doivent au moins ne pas adopter Windows Vista. S’ils ne sont pas prêts à améliorer leur cas, ils doivent éviter d’empirer leur cas. Parce que si on empire, les choses vont de pire en pire [silence].
Parce que le but de Vista est d’augmenter le pouvoir de Microsoft sur ses utilisateurs, de serrer plus fort la chaîne. Et donc les utilisateurs qui ne sont pas prêts à s’échapper de Windows doivent au moins ne pas adopter Windows Vista. S’ils ne sont pas prêts à améliorer leur cas, ils doivent éviter d’empirer leur cas. Parce que si on empire les choses vont de pire en pire.
Il y a aussi les fonctionalités malveillantes pour attaquer l’utilisateur, les portes cachées. Un programme privateur qui contient une porte cachée que peut-être tu connais de nom : il s’appelle Microsoft Windows. Quand Windows XP demande une mise à jour, Microsoft connaît plus ou moins l’identité de l’utilisateur et peut lui livrer une mise à jour spécifiquement pour lui. C’est-à-dire que Microsoft a l’opportunité de prendre le contrôle complet de son ordinateur, l’utilisateur n’a pas de … n’a pas de … ah, je ne sais pas le dire en français, ne peut rien faire, ne peut pas résister à part remplacer Windows. C’est la porte cachée connue, parce que nous pouvons déduire sa présence des faits connus. Peut-être il y en a d’autres. Il y a quelques années en Inde ils m’ont dit qu’ils avaient arrêté quelques programmeurs indiens qui travaillaient dans le développement de Windows, les accusant de travailler en même temps pour Al Qaïda introduisant une autre porte cachée que Microsoft ne devait pas connaître. Il paraît que cet essai n’a pas réussi. Mais est-ce qu’il y en avait une autre ? Nous ne pouvons pas vérifier. Mais nous savons que… [Richard s’interrompt : est-ce qu’il y a une manière d’empêcher la répétition de ce problème ? [Une technicienne] Je vais chercher un tournevis… Ce n’est pas mon problème, c’est le problème d’eux !
De toute manière, Microsoft en 1999, quelqu’un a découvert que Microsoft avait introduit une porte cachée pour l’utilisation d’une autre organisation terroriste, même plus violente qu’Al Qaïda : le gouvernement des États-Unis.
(J’ai une idée, non… )
Cette porte cachée a été mise dans un programme de serveur, j’ai oublié le nom. De toute manière c’est le, cet exemple nous démontre qu’il est impossible de faire confiance justement à un programme privateur sans la liberté numéro 1. Ces programmes exigent une foi aveugle de l’utilisateur envers le développeur. Parce que l’utilisateur n’a pas les moyens de faire autrement. Il n’y a jamais de raisons pour lui faire confiance. Donc la foi aveugle c’est la seule manière de l’utiliser. Il y a des programmes privateurs dans lesquels nous avons découvert des fonctionalités malveillantes. Et il y a des programmes privateurs dans lesquels nous n’avons pas encore découvert de fonctionalités malveillantes. Et quelques uns n’en ont pas. Et quelques uns, oui, ont des fonctionalités malveillantes pas encore découvertes. Donc il n’y a jamais la manière d’être certain qu’un programme privateur sans la liberté numéro 1 ne contient pas de fonctionalités malveillantes. Mais il y en a qui n’ont pas de fonctionalités malveillantes bien que nous ne puissions pas être certain desquels. Mais dans ce cas, qu’est ce que nous pouvons dire : même si le dévelopeur n’introduit pas délibéremment des fonctionalités malveillantes, il est humain, il fait des erreurs donc le code de ses programmes contient des erreurs. Et l’utilisateur d’un programme sans la liberté numéro 1 est aussi impuissant face à une erreur accidentelle que face à une fonctionalité malveillante délibérée. Si tu utilises un programme [Richard s’interrompt alors qu’un technicien vient réparer la fixation du micro, puis ajoute à l’attention du technicien] Oui, je ne sais pas, est-ce que ça fonctionne ? Il faut voir, il faut attendre pour savoir. Laisse le tournevis. Merci.
Bruits de micro.
L’importance des libertés 1 et 3
Si tu utilises un programme sans la liberté numéro 1, tu es prisonnier de ton logiciel. Nous les dévelopeurs de logiciels libres sommes également humains, nous faisons des erreurs et notre code aussi contient des erreurs. La différence est que quand tu trouves une erreur dans notre code tu as la liberté de la corriger. Tu peux changer n’importe quoi dans notre code qui ne fonctionne pas bien pour toi. Nous ne pouvons pas nous faire nous rendre parfaits. Nous pouvons respecter ta liberté. Et voici toute la différence.
Mais la liberté numéro 1 ne suffit pas. Parce que c’est la liberté d’étudier personnellement et de changer personnellement le code source du programme. Et ça ne suffit pas parce qu’il y a des millions d’utilisateurs qui ne savent pas programmer. Ils ne savent pas pas exercer directement cette liberté. Mais même pour les programmeurs comme moi la liberté numéro 1 ne suffit pas parce qu’il y a trop de logiciels libres, trop pour les étudier tous et être maître de tous les programmes libres qu’on utilise pour faire personnellement tous les changements qu’on peut désirer ; c’est trop de travail pour une personne. Donc la seule manière d’avoir complètement le contrôle de notre computation, c’est de le faire ensemble en coopération. Et pour ça, il faut la liberté numéro 3. La liberté de contribuer à ta communauté, la liberté de diffuser des copies de tes versions modifiées, quand tu veux. Avec cette liberté, une personne peut faire un changement et beaucoup peuvent l’utiliser. Il n’est plus nécessaire que chacun fasse le même changement pour lui-même. Comme ça s’il y a un million d’utilisateurs d’un programme libre qui désirent quelque changement, par chance il y aura quelques milliers d’entre eux qui sauront programmer et un jour quelques-uns feront ce changement et publieront leur version modifiée et tous les millions pourra installer cette version et avoir un changement sans l’avoir écrit personnellement. Comme ça, tous les utilisateurs recoivent les bienfaits des 4 libertés.
Chaque visiteur peut exercer les libertés 0 et 2 : la liberté de faire tourner le programme quand tu veux et de distribuer des copies exactes du programme quand tu veux. Parce que ces deux activités n’exigent pas à programmer. Mais les libertés numéro 1 et 3 obligent à programmer donc chacun peut exercer ces 2 libertés à l amesure de ce qu’il sait programmer. Et ce n’est pas une question binaire parce qu’il est très utile d’apprendre à faire des changements faciles sans apprendre à être programmeur professionnel. Tout comme il est très utile d’apprendre à faire la maintenance facile de ta voiture sans apprendre assez pour être mécanicien professionnel. Donc il y a une petite fraction qui savent bien programmer, davantage qui savent un peu programmer et beaucoup qui ne veulent pas apprendre à programmer. C’est vrai, donc tout le monde ne sait pas exercer ces 2 libertés : 1 et 3. Mais quand les programmeurs font des changements et publient leur version modifiée tout le monde peut les utiliser ou pas comme ils veulent et comme ça tous les utilisateurs recoivent les bienfaits. Et le résultat combiné de toutes ces libertés c’est la démocratie. Parce que un programme libre se développe démocratiquement sous le contrôle de ses utilisateurs. Chacun peut participer aux décisions de ce que fera ce programme dans l’avenir. Soit en écrivant des changements, soit en payant quelqu’un d’autre pour faire des changements et les publier, soit en convaincant le cousin de faire des changements pour lui et les publier ou seulement en choisissant la version à utiliser et à recommander. Tout le monde peut participer dans la décision plus ou moins comme il veut. Et la totalité de toutes ces décisions individuelles fait la décision sociale.
Par contre un programme privateur se développe sous la dictature de son développeur et impose le pouvoir du développeur aux utilisateurs. Donc c’est un système social injuste. Mais supposons qu’il y a seulement mille utilisateurs qui désirent quelques changements dans un programme libre et qu’aucun d’entre eux ne sait programmer. Les utilisateurs peuvent néanmoins utiliser les 4 libertés pour avoir les changements qu’ils désirent. Comment ? Ils peuvent se mettre en contact ou lancer une organisation pour le faire et l’idée est que chacun adhère à l’organisation et doit payer quelque chose, un peu d’argent à l’organisation pour être membre. Et comme ça l’organisation ramassera de l’argent pour payer, pour engager quelqu’un pour faire le changement désiré. Si c’est un changement de taille moyenne, peut-être il coutera 10 000 euros si quelqu’un doit travailler pendant un mois. Donc l’organisation peut dire à chacun « Payez 10 euros pour adhérer ». C’est pas beaucoup mais comme ça l’organisation aura 10 000 euros. Ou peut-être l’organisation peut dire « Payez 20 000 euros » en supposant que seulement la moitié le feront. Mais de toute manière ce n’est pas beaucoup. Et ensuite l’organisation peut parler avec quelque groupe de programmation, posant des questions pour choisir qui employer. Et enfin l’organisation paiera des programmeurs à le faire.
Cet exemple nous démontre que le logiciel libre porte avec lui un marché libre pour tout service. Par contre un programme privateur est presque toujours un monopole parce que seul le développeur possède le code source, lui seul peut faire n’importe quel changement. Un utilisateur qui désire un changement doit prier le développeur : « Oh développeur omnipotent, faites ce changement pour moi ». Des fois le développeur dit aux utilisateurs : « Payez nous pour écouter votre problème » [rires]. Si l’utilisateur le fait, le développeur lui dit : « Merci beaucoup, dans 6 mois il y aura une mise à jour, achetez-la et vous verrez si nous aurons corrigé votre problème et quel problème nouveau nous vous allez offrir ».
[Richard boit son thé puis…] Ah j’ai fait une erreur de grammaire, maintenant je la note mais je continue [rires]… Dans ma honte [rires].
Comme ça nous pouvons voir qu’il n’y a pas moyen de s’échapper du monopole dans le logiciel privateur parce qu’il y a toujours un monopole. Quand il y a un choix de produits, de logiciels privateurs, c’est un choix de monopoles parce que l’utilisateur qui choisit ce programme privateur-ci, tombe après dans ce monopole de support-ci. Mais s’il choisit ce programme privateur là, il tombe dans ce monopole de support là. Donc c’est un choix entre monopoles, pas le chemin pour s’échapper du monopole. Le seul chemin pour éviter le monopole c’est d’éviter le logiciel privateur, de s’échapper vers le monde libre parce que avec le logiciel libre n’importe qui qui possède une copie peut étudier le code source et se faire le maître du code et offrir le support. Donc il y a un marché libre avec de la concurrence. Par conséquent toutes les entreprises, toutes les organisations, tous les organismes qui utilisent du logiciel et apprécient le bon support doivent exiger un logiciel libre pour avoir le bienfait de la concurrence dans le support. Ce paradoxe illustre un principe profond : la liberté beaucoup plus grande qu’avoir le choix entre quelques options fixées. Parce que la liberté c’est d’avoir le contrôle de ta propre vie. Avoir seulement le choix entre des options est beaucoup moins. Et quand quelqu’un veut essayer de démontrer que la liberté ne vaut pas beaucoup, il commence souvent par dire que la liberté c’est la liberté de choisir, c’est à dire il réduit la liberté qui est quelque chose d’assez grand dans le choix entre quelques options, beaucoup plus petites. Donc maintenant il a la tâche de démontrer que cette petite chose ne vaut pas beaucoup. Beaucoup plus facile parce qu’il a déjà oublié une grande partie de la liberté. Avoir le choix entre programmes privateurs c’est pouvoir choisir ton maître. La liberté c’est de ne pas avoir de maître. Et dans l’informatique la liberté veut dire ne pas utiliser de logiciel privateur. Et çà c’est le but du mouvement du logiciel libre. La libération du cyberespace et de tous ses habitants [applaudissements]. Il était impossible de vivre en liberté dans le vieux monde du cyberespace où chaque programme a son seigneur. Donc nous avons construit un nouveau continent dans le cyberespace, c’est à dire le monde libre. Et pour vivre en liberté il faut t’échapper vers le monde libre. Parce que c’est un continent virtuel il y a de la place pour tous. Et parce qu’il n’y a jamais eu de peuples indigènes dans le cyberespace il n’y a pas eu le problème de les déplacer.
Donc je vous invite tous à vous échapper vers le monde libre, à utiliser un système d’exploitation libre comme, par exemple, le système GNU-Linux ou le système BSD, et d’utiliser uniquement les applications libres sur le système pour vivre en liberté. Parce que si tu utilise un programme privateur, ce programme t’a ôté la liberté, t’a privé de la liberté. La seule manière de garder la liberté est de rejeter les programmes privateurs.
Mais comment le faire ? Quand j’ai commencé à vouloir utiliser les ordinateurs en liberté dans l’année…quand j’ai décidé que je voulais le faire, dans l’année 83, c’était impossible parce que tous les systèmes d’exploitation étaient privateurs. Il était impossible d’acheter un ordinateur et de l’utiliser en liberté. Donc quoi faire ? Je ne pensais pas que je pourrais convaincre les gouvernements de changer leur lois ni convaincre les entreprises de changer leurs pratiques. Mais j’ai trouvé un chemin pour arriver à ce but par un travail technique. C’est-à-dire si je développais un programme, un système d’exploitation nouveau, je pourrai le rendre libre moi-même, et comme ça tous les utilisateurs pourraient l’utiliser en liberté. Et moi j’étais développeur de systèmes d’exploitation, c’était mon domaine. Donc je savais le faire, pour au moins essayer. Donc j’ai compris que j’avais été élu par les circonstances pour faire ce travail, c’était mon devoir de citoyen. J’étais conscient d’un programme social grave et croissant et que presque personne ne reconnaissait comme un problème. Et j’avais les capacités nécessaires pour essayer de résoudre ce problème, corriger le problème, et il était assez probable que personne d’autre ne le ferait si ce n’était pas moi. Donc je devais le faire. C’est comme si tu vois quelqu’un en train de se noyer, et tu sais nager et il n’y a personne et ce n’est pas Bush [rires et applaudissements], ni la Sarkome [rires et applaudissements], tu as le devoir de le sauver [rires]. Dans ce cas le travail à faire n’était pas nager (je ne sais pas nager), mais dans ce cas le travail à faire était de développer beaucoup de logiciels, et çà je savais le faire donc j’ai décidé de développer un système d’exploitation libre ou mourir dans l’essai … de la vieillesse … il faut supposer. Parce que à l’époque le mouvement de logiciel libre que j’étais en train de lancer n’avait pas d’ennemis actifs. Beaucoup n’étaient pas d’accord mais ils riaient et c’était tout. Donc l’obstacle n’était pas l’opposition active mais plutôt un tas, une montagne de programmes à écrire pour avoir tout un système d’exploitation et personne ne savait au commencement si un jour nous aurions tout un système d’exploitation libre, même pas moi, je ne savais pas. Mais quand il s’agit de lutter pour la liberté on ne peut pas attendre que la victoire soit évidente pour commencer, parce que comme ça on perd la majorité des opportunités possibles. Donc il faut commencer quand il y a l’opportunité de commencer… et parfois on gagne.
Naissance du projet GNU
Comme j’ai décidé de développer un système d’exploitation libre mais comment ? J’ai choisi de faire un système semblable à Unix parce que Unix était portable et je voulais développer un système portable et j’ai décidé de le faire compatible avec Unix pour que les utilisateurs d’Unix, qui étaient beaucoup, puissent facilement migrer au système nouveau. Donc j’avais besoin d’un nom et j’ai suivi une coutume de ma communauté qui était, quand il y avait besoin de développer un programme semblable à un autre programme, on pouvait lui donner comme nom un acronyme récursif disant que ton programme n’est pas l’autre. Comme par exemple en 75 j’ai développé le premier éditeur de texte EMAX qui était un éditeur de texte extensible et après il y avait plus ou moins 30 imitations, c’est à dire 30 autres programmes du même type et beaucoup s’appelaient quelque chose EMACS, mais il y avait aussi FINE, qui voulait dire « FINE is not EMACS ». Et aussi SINE pour « SINE is not EMACS ». Et il y avait EINE pour « EINE is not EMACS ». Et il y avait MEANS pour « MEANS is not complete EMACS ». Et la version 2 de EINE s’appelait ZWEI pour « ZWEI was EINE initially ». On peut s’amuser beaucoup avec des acronymes récursifs donc j’ai choisi un acronyme récursif pour « QUELQUECHOSE n’est pas UNIX » et donc j’ai choisi le mot GNU, G.N.U., « GNU is not UNIX » ou « GNU n’est pas UNIX ». Et je l’ai choisi parce que dans la langue anglaise c’est le mot le plus chargé d’humour. Parce qu’il s’utilise pour beaucoup de jeux de mots et pourquoi souvent le dictionnaire ce mot se prononce « new » comme « nouveau » et donc chaque fois que tu veux écrire le mot « new » pour « nouveau » tu peux l’écrire « gnu » et c’est un jeu de mot. Peut-être pas très bon mais il y en a beaucoup. Et des fois oui ! il est bon. Dans mon enfance il y avait une chanson amusante basée sur le mot gnu. Donc donner une raison spécifique pour l’utiliser pour quelques programmes ou systèmes je ne pouvais pas le résister. Mais quand il s’agit de notre système d’exploitation il vaut mieux pas suivre les dictionnaires. Si surtout en anglais parce que si quelque part « the GNU system » peut confondre les gens parce que notre système n’est plus nouveau, nous avons travaillé dessus pendant presque 24 ans. Il n’est plus nouveau mais il reste GNU, donc il faut le prononcer GNU, pas gnu et pas linux. Cette erreur est très commune.
GNU/Linux
C’est vraiment décevant parce que, par exemple, hier je suis allé à un congrès qui s’appelait congrès sur le système GNU/LINUX et c’était bon. Mais avec comme symbole un manchot donc je suis entré et j’ai dit au chef du congrès: «J’ai horriblement chaud, le voici l’horrible manchot». Et il m’a promis de mettre un gnou avec le manchot la prochaine fois, donc ce sera bon. Parce que le système qui est connu actuellement, le système qui s’utilise c’est le système GNU que j’ai lancé, dont j’ai lancé le développement en janvier 84, avec comme noyau un programme qui s’appelle LINUX. C’est un des composants importants du système mais ce n’est pas le système entier. Le système entier basiquement est le système GNU et il existe à cause de notre campagne pour la liberté et il ne faut pas l’oublier. Ceux qui appellent le système comme LINUX font une erreur, et c’est dommage. Ils ne reconnaissent pas notre travail et ce n’est pas juste. Mais c’est vrai que la reconnaissance du travail n’est pas la question éthique la plus importante de la vie et dans cette question des noms il y a quelque chose de plus important dans l’enjeu: ta liberté. Parce que le nom LINUX n’était jamais associé avec la liberté comme valeur, mais le nom GNU oui.
Ceux qui appellent le système comme Linux font une erreur et c’est dommage ils ne reconnaissont…ils ne reconnaissent pas notre travail et c’est…
ce n’est pas juste. Mais c’est vrai que la reconnaissance du travail n’est pas la question éthique la plus importante de la vie. Et dans cette…cette question des noms il y a quelque chose de plus important dans l’enjeu: la Liberté. Parce que le nom Linux n’était jamais associé avec la Liberté comme valeur, mais le nom GNU oui.
C’est parce que le développeur de Linux n’apprécie pas la liberté et il le dit. Il l’a dit tous les jours et comme ça quand les gens pensent que le système entier il est Linux. Ils pensent que le système vient de la vision du monde de Linus Torvalds. Et qu’est-ce que c’est que sa vision, sa vision, c’est la vision d’un ingénieur. Il apprécie les valeurs pratiques, comme d’avoir des programmes, euh… fiables, euh… commodes, euh… pas chers.
Il n’apprécie pas les droits de l’homme, il s’appelle… en anglais, ah je ne sais pas si ce mot se traduit, en anglais il s’appelle « apolitical ». Comment dit-on, apolitique il se dit, merci. Donc il s’appelle apolitique et qu’est-ce que ça veut dire. Cela veut dire qu’il a la posture politique de décider des
questions politiques selon les…la commodité pratique du moment. Et je crois que c’est erroné. Mais les gens qui supposent que tout le système d’exploitation existe grâce à lui, ont la tendance de le suivre dans sa vision politique. Et c’est-à-dire, la tendance d’oublier sa propre liberté et
celui qui ne fait pas attention à sa propre liberté est en danger de la perdre. Parce que la liberté est souvent menacée.
Pour la garder il faut la défendre, Pour la défendre il faut l’apprécier et pour l’apprécier il faut la connaître … d’abord. Pour savoir ce qui se passe quand les citoyens d’un pays oublient l’importance de sa liberté il suffit de regarder les États-Unis. Où… où nos propres élus nous ont ôté les droits de l’homme fondamentaux en nom de nous protéger de notre ennemi secondaire.
Et ce que avoir lieu en France bientôt. ?? (Est-ce que ? Et c’est ce que??)
Donc il faut d’abord connaître les droits de l’homme. Et dans des autres champs de la vie les droits de l’homme se connaissent, parce qu’il fait… car il y a des siècles que des gens parlent des droits de l’homme, qu’est-ce qu’ils sont et éduquent les autres à apprécier les droits de l’homme. Ce qui ne veut pas dire que les défendre, les préserver est facile mais au moins nous avons une base dans laquelle commencer. Mais dans l’informatique étant un domaine…nouveau dans la vie nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour parler de ce sujet (hum…)
des droits de l’homme dans l’informatique.
Et le débat a été toujours dominé par les grandes entreprises les utilisateurs ont commencé à faire de l’informatique avec des logiciels privateurs, ne voyant autour d’eux que le logiciel privateur, et ils supposaient que le logiciel devait être privateur, que c’était normal et qu’il n’y avait pas d’autre manière de le faire.
Donc nous avons devant nous un grand travail d’éducation de montrer aux utilisateurs de l’informatique qu’il y a une autre manière qu’il y a … la possibilité de la liberté. Même dans la communauté des des utilisateurs du système GNU Linux la grande majorité n’ont jamais entendu cette idée, c’est … inouï.
Ils n’ont jamais pensé dans la possibilité qu’ils méritent des libertés dans l’utilisation des log
