Témoignage accablant d’un ancien tortionnaire membre de la DGRS -Direction Générale de Renseignement 2092

La Grande-Bretagne insiste sur le fait qu’il n’y a pas de risque à déporter les demandeurs d’asile en fin de processus en République Démocratique du Congo. A présent, un agent de la police secrète repentant a révélé la brutalité dégoûtante qui attend les opposants du régime de Kinshasa s’ils étaient déportés

Ces histoires sont aussi choquantes que terrifiantes. Un ancien officier de la police secrète en République Démocratique du Congo a révélé l’histoire cachée du traitement brutal que subissent les ennemis politiques du régime. Un fait rare où un ancien bourreau fait des révélations pour éviter de nouvelles victimes .Jules Waka Nduma a décidé de révéler à « The Observer » la vérité sur le meurtre, le viol et la torture face à l’important défi judiciaire contre la politique du gouvernement britannique visant à expulser les demandeurs d’asile en fin de processus au Congo.

Nduma, 40 ans, travaillait déjà comme membre du corps de sécurité personnelle de l’ancien président Laurent Kabila et a occupé les fonctions de chef de la police secrète. Il dit qu’il était habituel que des officiers de confiance aient plus d’un travail ‘sensible’.
Il a ainsi été impliqué dans plusieurs actes de torture exécutés au quartier général de la police de triste notoriété, Kin Mazière, dans la capitale, Kinshasa.
Il dit que les opposants aussi bien de l’étranger que de l’intérieur ainsi que les déserteurs militaires sont les plus exposés au danger de viols, des électrocutions, de violences physiques diverses à Kin Mazière. Il affirme que, chaque année, des centaines de personnes y sont torturées. Beaucoup de détenus de prison ont été expulsés du Royaume Uni, de la France et de l’Allemagne.

Nduma révèle que les techniques employées incluent le fait de déshabiller des détenus expulsés et de leurs fouetter les fesses à l’aide d’un câble électrique; le matraquage avec un bâton en caoutchouc sur la peau jusqu’à « dilatation » du dos et de la semelle des pieds ; menottes serrées aux poignets des prisonniers au point de provoquer des coupures de la peau ; mains liées au ventre ou au dos pendant trois jours; contraintes des prisonniers de boire de grandes quantités d’eau avant de les frapper sur l’estomac jusqu’à ce qu’ils vomissent du sang. A présent, il se dit dégoûté de tels traitements, Nduma maintient qu’il ne veut plus rien avoir avec la torture à Kin Mazière. Il s’est enfui du pays il y a deux ans (2005).
Il a demandé l’asile en Grande-Bretagne.

Néanmoins le gouvernement du Royaume Uni continue à soutenir que la RDC n’est pas un pays à risques pour les demandeurs d’asile expulsés et autres migrants. Ceci malgré un avertissement sur le site Web du Ministère des Affaires Etrangères portant sur les différentes violations des droits de l’homme , incluant des rapports fréquents d’exécutions sommaires, de violences sexuelles, de banditisme et de travail forcé.

Demain reprendra un jugement en séance filmée au tribunal d’appel d’immigration, en vue de déterminer s’il est sûr de déporter les demandeurs d’asile en RDC ou si toutes les déportations devraient être suspendues suite aux dangers encourus.
La décision d’entendre des témoins à huit clos a été prise à cause du danger encouru par certains des témoins qui révèleront leurs expériences de torture. Trois des témoins ont reçu des menaces de mort (anonymes) depuis qu’ils ont accepté de témoigner.

Le Ministère de l’Intérieur, cependant, demeure optimiste sur les perspectives de retour des déportés en RDC bien qu’ils reconnaissent que quelques individus pourraient avoir besoin d’une plus grande protection. Un porte-parole a dit : « nous défendrons vigoureusement notre position qu’il n’y a pas de risque à expulser des demandeurs d’asile en République démocratique du Congo. Nous chercherons à reprendre l’application des retours forcés aussitôt qu’ils le soient légalement possible. « 

Des preuves devraient cependant être apportées sur l’infortune de 36 personnes expulsées en RDC le 26 février 2007, par un avion particulier affecté par le gouvernement du Royaume Uni. Les avocats soumettront la preuve que certains ont été torturés après que l’avion ait atterri à Kinshasa.
Nduma dit qu’il a reçu l’information de ses collègues des services secrets à Kinshasa que ces gens ont été arrêtés un à un après le départ de l’aéroport et détenus par la suite. Nduma voudrait que la Ministre de l’Intérieur, Jacqui Smith, change la position dure du gouvernement.  » j’ai travaillé à la DGRS (Direction Générale de Renseignements Spéciaux) à Kin Mazière. Je sais que les droits de l’homme n’existent plus en RDC. Les arrestations sont arbitraires et fréquentes comme le sont les viols et la torture. » a-t-il dit.

« En RDC, les gens vivent dans la terreur. Il est facile de violer une femme et il est facile de torturer une personne. Personne n’interviendra, ni le gouvernement, ni le pouvoir judiciaire. J’ai travaillé comme un inspecteur et j’ai vu ces choses de mes propres yeux. J’ai torturé les gens mais j’avais de la pitié pour eux. Je me suis révolté contre ce qui se passait et j’ai demandé asile au Royaume Uni. Je demande au Ministre de l’Intérieur d’avoir pitié aussi pour les gens qu’elle veut expulser en RDC. « 

Il dit que les fonctionnaires des services secrets congolais à travers l’Europe récoltent des informations sur les ressortissants congolais qui sont politiquement actifs contre le gouvernement et envoient articles et photographies de ceux d’entre eux qui apparaissent dans les journaux européens aux officiers d’intelligence à Kinshasa avec en plus des informations sur les gens impliqués dans les manifestations contre les déportations.

 » Les gens qui se prononcent contre le gouvernement en RDC peuvent facilement être arrêtés et tués mais c’est beaucoup plus dur pour le gouvernement congolais de contrôler les gens qui se prononcent à l’étranger. »
Nduma dit que quand les demandeurs d’asile expulsés arrivent à l’aéroport de Kinshasa avec des tenants lieux de passeport ils sont placés dans une cellule à l’aéroport où ils sont interrogés. Ils sont forcés de reconnaître n’importe quelles activités politiques dans lesquelles ils auraient été impliqués.

Certains arrivent à subordonner quelques fonctionnaires avec de l’argent pour être libérés. Le fonctionnaire d’immigration qui interroge l’homme expulsé transmet ensuite un rapport à la police qui retiendra la personne à Kin Mazière où elle sera torturée.

D’après Nduma  » La Garde Spéciale de Sécurité Présidentielle est encore plus dangereuse que la police de Kin Mazière. Ils peuvent détenir des gens à un endroit appelé « Camp Tshatshi » pour y être torturé. Même les gens sans activité politique sont torturés. Dès qu’un département en finit avec vous, d’autres prennent la relève. Les gens qui ont manifesté à l’étranger contre le gouvernement sont forcés d’implorer pour leurs vies. Mon travail était de donner des ordres afin que la torture soit exécutée. Nous avions gardé une liste des noms des gens détenus à Kin Mazière, mais dès que quelqu’un mourrait on effaçait son nom sur la liste comme s’il n’y avait jamais été. Nous n’informions pas les familles que leurs parents avaient été tués. Parfois quand les familles découvraient que leurs parents avaient été mis en cellule à Kin Mazière, ils entraient en contact avec moi et me demandaient de les libérer. Je demandais aux familles de payer un dessous de table de 1,000 $. Quand ils n’avaient pas assez je pouvais accepter jusqu’à 800$.
Mais je n’ai plus supporté tous ces gens battus et tout ce sang qui coulaient de leurs corps. En particulier je n’ai plus supporté d’entendre les femmes crier et souffrir, sachant que les femmes particulièrement ne peuvent pas résister à de tels traitements, mon cœur me dit d’arrêter. Parfois je disais à mes officiers de libérer les femmes parce que je ne pouvais plus supporter de voir ça. Le gouvernement n’a aucun contrôle des services secrets en RDC. On permet aux officiers d’intelligence de faire n’importe quoi du moment que cela va soi disant dans le sens des intérêts du régime ».

Des fonctionnaires du gouvernement congolais ont également approché Richard Monga, un demandeur d’asile congolais vivant au Royaume Uni, après qu’il ait été témoin l’année dernière du passage à tabac d’un représentant gouvernemental par des ressortissants congolais vivant au Royaume-Uni.
« Ils m’ont demandé de fournir des informations sur les congolais du Royaume Uni qui s’opposent au gouvernement de la RDC en échange de l’argent. Ils m’ont demandé à plusieurs reprises et chaque fois j’ai refusé. Depuis lors j’ai reçu des menaces de mort. »

Hani Zubeidi, du Cabinet d’Avocats Fadiga et la Co , un cabinet qui a beaucoup de clients congolais, dit que la séance qui reprend demain sera édifiant. « Des témoignages d’officiers d’immigration qui ont travaillé en RDC seront entendus » a-t-il dit. « Il y a les preuves de viol de femmes et les preuves de ce qui est arrivé à certains des demandeurs d’asile congolais expulsés par le charter venant du Royaume Uni en février 2007. Nos preuves sont irréfutables. Certains de nos clients sont entrés en clandestinité ou ont disparu après le retour en RDC. « 

Mais les fonctionnaires congolais nient que les expulsés sont exposés à la torture. Un porte-parole de l’ambassade congolaise à Londres a dit : « il y a une tradition d’hospitalité pour chacun qui rentre en RDC. C’est un pays en transition démocratique. Chacun y est libre, voilà la loi de la démocratie. »Une fois interrogé sur des allégations de viol, tortures et meurtres des adversaires du gouvernement, particulièrement ceux expulsés du Royaume Uni et d’autres parties de l’Europe, et des tentatives par le gouvernement congolais de recruter des informateurs au Royaume Uni, il dit :
« Je ne sais pas si cela vient de Kinshasa. Je n’ai aucune information à ce sujet ».
Interrogé sur les accusations de torture à Kin Mazière, il dit : « C’est juste un quartier général ordinaire de police, comme le quartier général de la Police de Londres ».
Il n’a pas souhaité donner son nom à cause des craintes de représailles par les membres de la communauté congolaise au Royaume Uni. Il dit que l’ambassade de Londres à King’s Cross avait récemment été soumise à une attaque d’incendie criminelle.

Une nation déchirée

La République Démocratique du Congo a été au centre d’une crise humanitaire depuis le début d’une guerre civile qui a duré cinq ans, entre les forces du gouvernement et des rebelles – ‘ une Guerre mondiale africaine ‘ qui a attiré plusieurs autres pays et a emporté environ trois millions de vies.
le partage du pouvoir a été négocié en 2003 et en 2006 les premières élections « libres » depuis 40 ans ont été tenues. Cependant, les combats ont repris ce mois, menés par un commandant rebelle qui accuse l’administration de collaboration avec les extrémistes Hutu responsables du génocide de Tutsis du Rwanda dans les années quatre vingt dix…

Caroline White
« The Observer »

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