C’est aujourd’hui la rentrée parlementaire. Dans son discours de rentrée, le président du parlement Kamerhe a ordonné aux enseignants, comme son chef de l’état quelques jours plus tôt, de reprendre le travail sans atermoiement. Se faisant tous deux estiment que la grève des enseignants est presque sans objets, voire même criminelle car prenant en otage les enfants.
Pris de manière brute, le discours des deux hautes personnalités de la république (le président du parlement est le patron du pouvoir législatif, alors que le président de la république, c’est le patron du pouvoir exécutif) ne pose aucun problème. En effet les deux hommes sont fraichement élu (moins d’un an), et le problème que posent les enseignants datent de plusieurs années déjà.
Mais voilà, là où les deux hommes perdent toutes crédibilités dans leur discours austères et mielleux c’est quand on voit les choix qu’ils font en termes budgétaire. Le gouvernement dans son budget de 2007, approuvés par le parlement (geste qui associe le parlement à l’exécutif) a choisi d’octroyer moins d’argent à l’éducation qu’au fonctionnement du parlement et de la présidence. Ce choix très stratégique nous a amené à la disparité salariale dénoncé ci-dessus: 70$ mensuel pour un enseignant et 4300$ au député. Cette disparité ne peut que paraitre scandaleuse aux yeux de toute personne sensée.
Il y a une année, nous étions en transition, et les mêmes enseignants ont fait une grève durant la même période. A l’époque déjà, il y avait un écart plus que significatif entre les émoluments des parlementaires de la transition qui touchaient 1500$ par mois et ce que touchaient, théoriquement les enseignants. Aujourd’hui, par la magie des élections libres et transparentes, les députés élus ont droit à un triplement de leur salaire alors que leurs électeurs doivent se contenter de travailler en silence pour ce que l’on veut bien leur donner et quand on veut bien leur donner !
Le Congo semble être retombé dans le moyen-âge. Il y a des seigneurs qui ont droit à tout et des serfs qui n’ont droit qu’aux miettes qui tombent de la table. Tout le monde sait comment s’est terminée une telle injustice en France. Des têtes sont tombés, au propre comme au figuré. Les mêmes causes induisant les mêmes effets, il est inutile de prévenir les décideurs congolais qu’ils jouent à un jeu dangereux. On ne peut pas se moquer d’un peuple de cette façon et espérer qu’il attende la mort, sa mort en paix dans sa bicoque sans eau, ni électricité.
Par ailleurs nous savons que les enseignants et les parents d’élèves se sont arrangés depuis quelques années afin d’apporter une solution provisoire (un provisoire qui dure) à la problématique salariale des enseignants. Les parents se cotisent (avec un apport non-négligeable des congolais de la diaspora par ailleurs) pour apporter un supplément de salaire aux enseignants afin d’éviter que ceux-ci rackettent les enfants individuellement et en désordre. Et la dénomination de cette démarche est plus que pittoresque : La prise en charge ou prime de motivation. À ce demander dans quelle pays du monde les professeurs du publique sont rémunérés par les parents d’élèves comme si ces enseignants étaient les employés des parents. Cependant, il faut remarquer que cette solution assurait aux enseignants un salaire moyen de 200$ par mois. Ce qui est déjà bien plus que ce qui est contenu dans les promesses creuses du gouvernement et qui rend plus de dignité aux enseignants pour le noble et dur métier qu’ils exercent.
Mais voilà, dans ses cinq chantiers, un slogan irréaliste et qui apparait de plus en plus comme une vaste fumisterie électorale, les conseillers de Joseph Kabila lui on fait promettre la gratuité de l’éducation pour tous. Voilà pourquoi le ministre de l’éducation a décidé cette mesure d’interdiction de toutes contributions supplémentaire des parents en dehors des frais officiels. Et lorsque très légitimement les enseignants revendiquent, on leur répond, avec des menaces à peine voilées, qu’ils doivent se sacrifier pour l’avenir du Congo.
Pour résumer Kabila promet la gratuité de l’éducation, et c’est aux enseignants de payer cette gratuité par leur travail bénévole. Comme dirai la gentile Maïthé dans la pub « Les enseignants ne sont pas des bécasses! ».
