Un non événement
Kinshasa, Lundi 3 septembre 2007. Dans la classe
politique congolaise, la fièvre est montée d’un cran.
Et pour cause, Joseph Kabila, ci-devant président
congolais élu avait promis, qu’à la rentrée,
l’évaluation du gouvernement de coalition sera faite
et que des têtes allaient tomber.
Déjà, au temps où le pays comptait encore pour
quelque chose dans le concert des nations, avec des
animateurs autrement plus calibrés, des remaniements,
la population en a vécus, dans l’indifférence
générale.
Au fil du temps, l’opinion s’était rendue compte qu’en
bon joueur d’échecs, et juste pour assouvir son
plaisir et sa soif de gloire, Mobutu se plaisait à
placer, déplacer et replacer ses pions du club de 300
dont les membres devenaient de plus en plus riches
pendant que le pays s’enfonçait dans le marasme
économique et social.
‘‘Il n’y a pas de mauvaises troupes, il n’y a que de
mauvais chefs’’, aimait prétexter le président
fondateur pour démettre ministres, gouverneurs, PDG et
généraux qui ne s’en faisaient pas outre mesure car se
sachant en réserve de la ‘‘révolution’’.
La logique du Maréchal était non seulement très bonne,
mais surtout taillée sur mesure pour ne pas aller trop
loin et s’appliquer aussi au chef suprême. Le pays ne
lui devait-il pas tout ?
Plus le pays sombrait dans le dénuement et le
ridicule, plus le guide montait en gloire et en
titres. La faute, après tout, et paradoxalement,
c’était à ses collaborateurs. Et pourtant à chacun de
ces remaniements, il prenait les mêmes et
recommençait, pour les mêmes résultats.
Pour rabattre son caquet à son homologue Zaïrois qui
la ramenait un peu trop, un ministre congolais de
Brazzaville dût lui faire remarquer qu’il était son
cinquième interlocuteur, en deux ans.
Dix ans après la fin du régime mobutien de fort triste
mémoire, une certaine presse, relais d’intrigues et
intox des politiciens sans foi ni loi, prenant les
congolais pour des vaches, s’évertue à leur faire
avaler que leurs vies vont changer avec le remaniement
de septembre. Des ministres ‘‘incompétents’’ sont
donnés partants, des noms des remplaçants ‘‘à
l’expertise éprouvée’’ avancés par des éditorialistes
puisant à ‘‘des sources toujours généralement bien
informées’’.
Et comble de sacrilège, la même presse laisse entendre
aux adeptes du PALU que leur dieu, Antoine GIZENGA,
l’homme au livre d’or serait à la base de
l’immobilisme du gouvernement car fatigué et déphasé.
Alors que le prophète avait dit que le Congo
renouerait avec la prospérité et la puissance, le jour
où l’on rétablirait le premier gouvernement élu en
mettant au pouvoir Tony de Prague, les fidèles de
Mbuta ne comprennent pas que contre espèces sonnantes
et trébuchantes, des journalistes ‘‘anti-patrie’’
poussent l’inconscience et l’outrecuidance jusqu’à le
croire remplaçable par A. Tambwe Mwamba, J.O.
Ngalamulume,… !
Au PALU, le bilan, voulu largement positif, est déjà
fait. Fêtant le 43è anniversaire de leur parti, les
adeptes de Tony de Prague ont égrené un chapelet des
réalisations pour le soutenir : baisse du prix de
ciment, assainissement de la ville, réduction du
nombre des passagers dans les transports en commun, la
stabilisation du taux de change, campagne de
changement des mentalités,…
Quant à l’opinion, elle n’a jamais été aussi
sceptique. Elle ne voit pas très bien comment le
simple fait de remanier un gouvernement va faire
bouger les choses dans le bon sens. Elle ne renie
nullement à la majorité tout son droit de déclarer son
gouvernement défaillant si ça lui chante. Mais le bons
sens voudrait néanmoins qu’un tel verdict repose sur
des critères objectifs. Or jusqu’à ce jour, aucun
canevas opérationnalisé des fameux 5 chantiers du
président de la république n’a jamais été soumis à
l’attention du public. Il ne fait pas du tout sérieux
de saquer Tony et son équipe sans leur opposer des
objectifs clairs et chronométrés qu’ils n’auraient pas
atteints.
Toutefois, le sérieux n’étant le souci des dirigeants
congolais, ça ne surprendrait personne qu’ils fassent
leur chambardement avec leur habituelle désinvolture.
Contreproductif
A l’AMP, il y a trop d’appelés. Le gouvernement a beau
être éléphantesque, d’innombrables sociétaires de la
majorité se sont aperçus, à la composition de
l’équipe, que pour Antoine GIZENGA, ils n’étaient pas
aussi ministrables que ça. Des chefs des partis ont
essuyé la rebuffade de Tony de Prague et se sont vus
préférer leurs lieutenants. ‘‘Il préfère s’entourer
des blancs-becs applaudisseurs tellement subjugués par
sa prétendue aura qu’ils ne se rendent même compte de
ses limites’’, ont-ils lâché, amers, non sans avoir
prié le dieu de l’échec de tirer vengeance en leur
faveur.
Leurs prières semblent avoir été exaucées plutôt que
prévu. Début septembre, la fièvre du remaniement gagne
la majorité. Les débats politiques ne tournent
qu’autour d’un chambardement voulu inévitable et
imminent. Si pour les uns, il suffirait juste de
remercier quelques ministres, nombreux sont ceux à
l’AMP qui pensent qu’il est temps d’offrir sa retraite
politique à GIZENGA.
Jean, un jeune juriste au chômage proche de GIZENGA
avertit : ‘‘J’espère que Kabila est assez lucide pour
savoir ce qui est bon pour lui. Le président voudrait
se faire hara-kiri qu’il ne trouverait pas meilleure
formule que de remercier le Vieux. Ça lui mettrait le
reste du Bandundu et une bonne partie de Kinshasa sur
le dos. Et même s’il remplaçait GIZENGA par quelqu’un
d’autre de l’ouest, celui-ci ne saurait avoir
l’envergure du Vieux. En plus, ça relancerait la
guerre de positionnement au PPRD où on ne se gêne pas
de laver le linge sale en public. Et plus
sérieusement, le PALU pourrait se désengager de l’AMP
et faire basculer la majorité actuelle’’.
Quand on se rappelle les récentes déclarations de
Moïse KATUMBI, Gouverneur du KATANGA et celles de
Francis KALOMBO, député élu PPRD, on comprend que le
gouvernement est plus combattu par la majorité
elle-même que par l’opposition. Et si les ambitieux de
la famille présidentielle devraient convaincre Kabila
à leur offrir la tête de GIZENGA, il leur faudra
beaucoup de temps pour lui trouver un remplaçant. Un
temps qu’ils ne peuvent pas se permettre maintenant
qu’ils sont en discussion avec les institutions de
Bretton Woods.
Pendant que la majorité se rentre dedans, l’opposition
sort de sa trêve. Au cours de l’émission 4 vérités de
la Chaîne de télévision RLTV, Jean-Baptiste Bomanza
et Franck Djongo de l’UN tranchent : ‘‘L’AMP a étalé
son incapacité à gouverner le pays, malgré la trêve
lui consentie par l’opposition. Nous ne croyons pas du
tout qu’un quelconque remaniement changerait les
choses. Nous appelons plutôt des élections anticipées
qui feront bénéficier au pays de l’expertise de
l’opposition pour une autre gouvernance’’.
