Eugène Kabongo:La FECOFA est un club fermé de 22 membres 2019

Eugène Kabongo nous a accordé une interview exclusive lors de son passage à Bruxelles. Passé en politique depuis quelques années après une carrière sportive dont tous les congolais sont fiers, Eugène Kabongo a été élu député lors des élections de l’an passé sur la liste MLC. On ne peut pas dire d’Eugène Kabongo n’est pas à proprement parler un intellectuel, il n’est pas bardé des diplômes. Mais c’est un homme qui a réussi, qui a réalisé ses rêves, qui a excellé dans son métier, qui a porté le rêve de toute une nation, et qui a très bien gagné sa vie en jouant dans des grands club au Congo comme à l’étranger.

A ce titre, il est tout à fait à sa place dans le parlement de la république et même pour assumer les plus hautes fonctions de la république. La seule chose qui compte c’est que lui-même se prenne au sérieux, s’investissent dans sa nouvelle carrière comme il l’a fait dans le foot, qu’il se fixe des objectifs de performance.
Dans cet interview nous avons abordé trois thèmes: la politique(état de la démocratie, situation de Jean Pierre Bemba et du MLC), le sport (La politique sportive du Congo, l’état du football et la crise à la FECOFA) et la vie parlementaire (Que fait-il? Y croit-il? L’opposition influe-t-elle dans les décisions?). L’homme est à l’aise au micro, il parle de manière détendu, pratique la langue de bois comme si il avait fait ça toute sa vie. Il faut dire que durant sa carrière de footballeur, après chaque match il devait répondre à des interviews. Voici pour la forme. Quand au fond, dans les idées développées il y a à boire et à manger. A chacun d’écouter et de se faire une opinion. C’est la démocratie, le but n’est pas de faire l’unanimité, mais de convaincre la majorité et même si on n’y parvient pas cela n’a pas d’importance tant qu’on ne triche pas vis-à-vis de ses propres convictions.

Eugène Kabongo interview sur www.CultureK.net

D.K. : Bonjour M. Eugène Kabongo. Nous allons parler de vous, de la politique vu que vous êtes député national. De quelle formation politique êtes vous député ?

E.K. : Je suis là pour le compte du MLC, faisant partie du groupe des députés du MLC.

D.K. : Pensez vous que votre tâche est facilitée en tant parti d’opposition ? Quel est le climat actuel de la scène politique au Congo ?

E.K. : Pour ne pas dire calme, je dirai que le climat est quelque peu tendu vu le nombre élevé de problèmes à résoudre. La population congolaise pleine d’espoirs, a fait confiance à ses élus. Nous essayons honnêtement de nous mettre au travail et de faire bouger les choses afin d’arriver à répondre aux attentes de la population. Si nous n’arrivons pas à 90% de satisfaction mais plutôt à 60%, tout en faisant bouger les choses, j’espère que ce sera déjà bien.

D.K. : Au regard de l’insécurité qui règne dans le pays et lorsqu’on voit le cas de Jean-Pierre Bemba, peut-on en déduire que la démocratie a avancé au Congo ?

E.K. Je ne pense pas que la démocratie a fait des progrès. Si je dois analyser les faits, nous avons plutôt l’impression d’avoir régressé. Ce qui est regrettable car je ne pense pas que la communauté internationale a investi tant de millions pour que nous revenions en arrière au lieu d’avancer. A mon avis, je crois qu’aujourd’hui, sans le retour de JP Mbemba en Rdc, nous ne pouvons parler de démocratie.

D.K. : Vous êtes en Europe depuis quelques jours pour des raisons de santé, avez-vous eu l’opportunité de rencontrer Jean Pierre Bemba ?

E.K. : Oui,la semaine passée, je me suis rendu à Faro au Portugal où j’ai pu rencontrer JP Bemba. Nous avons pu parler en long et en large. Ce qui m’a plu, c’est le fait de le retrouver en bonne santé ainsi que sa famille. L’environnement et le climat étaient très bien.

D.K. Quel est son état d’esprit ?

E.K. : Les choses sont claires et nettes dans sa tête. Ce qui le préoccupe pour le moment, c’est la situation politique en Rdc puis les élections dans 4 ans. Il y a des situations à résoudre sur le plan de la sécurité à l’Est, le Nord Kivu, le Sud Kivu, Kahemba et le problème de Bundu dia Kongo. Pas plus tard qu’il y a 15 jours, il y avait des entreprises en grève. Je me demande ce qui adviendra en septembre, avec la rentrée des classes car si je ne me trompe pas l’actuel premier ministre avait promis de résoudre le problème des enseignants avec la question de Mbudi.

D.K. Et au sein du Mlc quel est le climat ? Car les bruits ont couru qu’il y a eu des arrangements pour que François Mwamba devienne le leader de l’opposition.

E.K. : Les choses sont claires et nettes du côté du Mlc. Il n’y a pas deux leaders. Il n’y a que JP Bemba. Si nous sommes là à côté de lui, c’est pour le hisser au niveau présidentiel. Nous avons raté le coche, mais pour nous ce n’est pas la fin du monde. On essaie de se motiver, se préparer pour 2011. Deuxièmement, au niveau de l’opposition, nous savons qu’il n’y a qu’un seul parti :le Mlc. Nous avons le plus de représentants et le plus de membres. Si l’on doit parler de l’opposition, on doit tenir compte aussi des 42% de JP Bemba lors des précédentes élections présidentielles. Concernant les rumeurs, il faut d’abord savoir qu’en politique on ne peut pas fermer totalement les portes. On a toujours besoin les uns des autres. Le Mlc représente une force, certes, mais a besoin de tout le monde. Mais si nous devons aller dans le sens de la question, ce n’est pas facile. Chacun a ses ambitions, mais à un moment donné, nous nous mettrons autour d’une table pour clarifier les choses. Ce qui nous concerne pour le moment au sein du parti, c’est le retour du leader. C’est notre principal souci. Si son retour est assuré au Congo, nous pourrons penser à d’autres choses.

D.K. : Que sont devenus les jeunes combattants et les gardes de JP Bemba qui étaient blessés lors des sanglants événements ? Avez-vous de leurs nouvelles ?

E.K. : Oui, nous en avons. Certains sont pris en charge par la Monuc, d’autres ont regagné la vie civile et ont laissé les armes. Et d’autres encore ont été arrêtés. C’est au pouvoir en place de résoudre ce problème étant donné que c’est aussi cela la démocratie. Si l’on doit parler de démocratie d’un côté alors que de l’autre, on applique la dictature, ce ne serait pas la vraie démocratie.

D.K. Etes-vous à l’aise avec la nouvelle loi sur l’opposition ? Il paraît que c’est le Chef de l’Etat qui nomme le leader de l’opposition. On a même ironisé qu’on aura un gouvernement de l’opposition.

E.K. : Que les choses soient claires et nettes : le parlement en tant qu’institution est indépendante. Il n’y pas d’injonctions à recevoir de la part de la présidence au parlement. Nous ne sommes pas là pour donner des cadeaux au pouvoir en place.

D.K. : Parlez-nous alors de cette loi. Comment se fait-il que l’opposition l’ait voté en masse ?

E.K. : Cela s’est passé au niveau d’une commission Ad hoc. Elle était dirigée par un membre de l’opposition, l’honorable Delly Sisanga issu du Mlc. Je crois en la qualité de son travail. Je pense qu’il faut entrer en possession des textes pour en discuter. Mais ce qu’il faut dire maintenant, c’est que c’est la première fois que l’opposition soit reconnue en Rdc. Pendant les Républiques précédentes, cela n’était pas le cas. Bien que la question eût été traitée à Sun City, c’est maintenant qu’on en parle et que c’est fait. D’abord il faut reconnaître que le premier pas est franchi. C’est dans les années à venir que nous allons chercher à l’améliorer. Le coordonnateur de l’opposition a pratiquement le rôle du premier ministre. (…)

E.K. : Sur d’autres plans, vous êtes reconnu comme étant un des grands sportifs qu’ait connu le pays. Quel est aujourd’hui votre regard par rapport à la pratique sportive chez nous ?

EK : C’est un désastre. Nous avons tout détruit. Il est grand temps que nous nous remettions au travail. Ce qui est regrettable au Congo, c’est ce laisser aller. C’est un des grands soucis de Bemba : remettre le Congolais au travail. Le Congo a besoin aujourd’hui de ses dignes fils valables dans chaque domaine y compris le sport. Nous devons essayer d’aller vers une grande réforme. C’est l’objet du contact que j’ai eu avec le ministre des sports,Monsieur Kaliba. Ce qui est ma contribution. Je lui ai demandé de signer un arrêté qui réunira tout le monde,les anciens sportifs afin de faire un lobby au niveau de toutes les fédérations, y compris le comité olympique. Cela nous permettra de découvrir les cadavres dans les tiroirs. La commission aura comme tâche d’établir un rapport qui sera transmis au parlement, avec une copie au chef du gouvernement, et au Chef de l’Etat.

D.K. : D’après vous, ce qui tue notre sport, ce sont les cadavres dans les tiroirs ?

EK : Ah oui. Diriger la fédération dans le temps était difficile car il n’y avait pas de moyens. Aujourd’hui, diriger une fédération c’est comme diriger une entreprise. La fédération bénéficie de l’apport de l’extérieur, ce qui n’était pas le cas avant. Aujourd’hui, il est vrai que l’Etat apporte sa contribution et la Fifa contribue aussi pour que le sport se développe à la base, c’est à dire au niveau des jeunes (6 à 18 ans). En dehors de cela, il y a des sponsors. Notre problème au Congo, c’est qu’on ne sait pas où va l’argent. On ne connaît pas le budget de la fédération. Or la Fifa, la Caf ont un budget connu. Lorsqu’on pose les problèmes chez nous, les dirigeants disent qu’ils n’ont pas de compte à rendre.

La fédération est une asbl comme les autres, régie par la loi, si je ne me trompe pas, de 2001. Et la fédération est sous tutelle du ministère des sports et loisirs.

D.K. Comment les responsables en arrivent là ? Avez vous déjà dirigé cette fédération ?

EK : Non, mais elle doit être ouverte à tout le monde. Dans d’autres pays on peut retrouver une centaine de membres dans la fédération. Par exemple au Cameroun, ils sont à 300. Mais chez nous, on retrouve 22 personnes, bien choisies par la fédération; cela devient l’affaire d’une poignée de personnes. Or quand on parle de notre équipe de football, c’est l’affaire de tout le monde (ndlr ceci explique d’après notre invité les mauvaises performances de la FECOFA et la baisse de qualité de notre football)

DK : Comment se fait-il qu’ils ne soient qu’à 22 ?

EK : La fédération fonctionne comme un club fermé. La personne qui détient la clef (ndlr pour ouvrir ce club et impliquer tout le monde), est le ministre des sports. Si nous avons un ministre valable, la fédération va céder.

DK : Vous avez rencontré le ministre des sports, pensez-vous qu’il soit valable ?

EK : Oui, parce que s’il ne l’était pas, il ne serait pas là. Mais le problème qui se pose, c’est une question de compétence.

DK : Est-il un sportif ? A-t-il un background politique adéquat ?

EK : Je ne le connais pas trop bien il m’est donc difficile d’émettre un point de vue. Me concernant, j’ai apporté ma contribution de l’orienter comme je peux.

DK : Vous êtes un grand sportif, avec au moins 30 ans de carrière derrière vous. Comment se fait-il que vous ne le connaissiez pas ? Cela ne vous inquiète-t-il pas ?

EK : Je vous dit juste que je ne connais pas la personne. Je lui ai parlé, j’espère qu’il va aller dans ce sens là, et à mon avis ce serait une bonne chose. Dans le cas contraire, tant pis.

DK : Il est là depuis 6 mois, mais qu’a-t-il déjà fait ?

EK : Son premier souci était de qualifier l’équipe pour la CAN 2008. Jusqu’à là, ça va. Mais il y a une suite. L’organisation politico-sportive, les infrastructures, où en sommes-nous ? C’est une question, une préoccupation pour développer le football en RDC. Il a commencé quelque part, espérons qu’il va continuer.

DK : Parlons de vous en tant que parlementaire. Depuis combien de temps êtes vous membres du MLC ?

EK : Voilà trois ans que je fais partie de la grande famille du MLC. Je suis l’adjoint de Monsieur Adam Bombole (ndlr: Président provinciale du MLC à Kinshasa) qui a été élu à Kinshasa (il détient le plus grand score).

DK : Qu’est qui vous a poussé à choisir le MLC ?

EK : J’ai été sollicité par plusieurs partis politiques : le MPR, l’UDPS,… Mais dans le passé cela ne m’intéressait pas. Après avoir suivi l’évolution politique en Rdc, j’ai été attiré par le MLC, de par son projet de société. C’était intéressant de voir que le MLC veut placer l’homme au centre de tout. Et je me suis dit que si je pouvais apporter ma contribution ce serait une bonne chose.

DK : De quelle commission faites-vous partie ?

EK : Je fais partie de la commission socio-culturelle.

DK : En tant que minorité, pensez-vous arriver à peser sur les décisions?

EK : Bien sûr que oui. Il est évident qu’au départ il y a eu des frustrations à cause de nos amis de l’AMP. Ils pensaient qu’ayant la majorité, ils pourraient nous écraser. Personnellement, je n’étais pas en accord avec la manière dont le bureau a été élu. Car en réalité, il n’y a personne de l’opposition dans le bureau du parlement. Ce qui est anormal. Le temps a fini par nous donner raison. Il n’y a que les imbéciles qui ne comprennent pas. Je pense que nos amis ont compris que nous sommes l’opposition. Ce ne sera pas facile de nous diriger. En dépit du fait que nous sommes une minorité, nous représentons une force au sein du parlement. Nous avons déjà mené pas mal d’actions. En ce qui me concerne j’ai introduit une motion avant mon départ de Kinshasa. Aujourd’hui, vous l’aurez vu que ce ministre est révoqué par le président de la République.

DK : Parlez-nous en un peu.

EK : Au départ, le ministre en question est juriste. Dans le temps, le ministre travaillait pour une société privée. Ladite société avait signé un contrat de maintenance avec l’OFIDA. Par après, la situation n’étant pas bonne,l’Ofida était en mesure de rompre le contrat. La société a porté plainte par l’entremise de son avocat qui se trouve être le ministre. L’Ofida a été condamnée à payer 700,000 usd. Ce qui fut fait par un chèque. Et en l’absence du président du tribunal, le ministre s’est arrangé avec un greffier pour aller encaisser ce chèque. Il a profité de sa position de ministre pour commettre son forfait.

DK : Quelle est la suite de l’après 23, car nous avons appris que les personnalités de l’opposition étaient harcelées, qu’il y a des arrestations, etc.

EK : Ce qui est vrai, après les événements du 22 et 23, il y a quelques députés de l’opposition en général, du MLC en particulier, notamment l’actuel gouvernement de l’Equateur, José Makela et Egwake…(IL MANQUE LA SUITE LA PHRASE) . Il est vrai qu’il y a de l’insécurité, non seulement à l’est, mais à Kinshasa aussi. Vous m’apprenez qu’on a tiré sur Christian Badibangi, mais cela ne m’étonne pas. Mais nous ne devons pas nous en arrêter là. Ce n’est pas une raison pour la fermer. Nous ne devons pas oublier que dans 4 ans nous devons recourir à la population pour demander un mandat. Donc nous devons monter au créneau.

DK : Pensez-vous qu’il y aura des élections dans 4 ans et surtout qui se passeront mieux que cette année ?

EK : Je reste optimiste. Quand vous lancez un projet au départ, il y a des imperfections. Je reste optimiste. Une fois la machine mise en marche, tout viendra. Et ce sera meilleur.

DK : Qu’est ce qui vous fait croire cela ? Car jusqu’à là nous n’avons pas des choses rassurantes.

EK : Il y a beaucoup qui pensent que la population est immature. Or, aujourd’hui pour si vous allez au Congo raconter n’importe quoi, vous risquez d’être lynché. Ce sont des signes qui montrent que la population a besoin d’un changement. La population évolue. Nous avons intérêt à nous mettre ensemble et d’aller de l’avant.

DK : En tant que membre de la commission socio-culturelle. Dernièrement, nous avons entendu parler de beaucoup de grèves. Alors, avez-vous senti que ce gouvernement se préoccupe du social ?

EK : La question est tellement pertinente. Aujourd’hui, il est vrai, avant de quitter Kinshasa, la situation était très tendue. Sur la situation sociale, on ne sentait rien. Le premier ministre disait que ce n’était pas de sa faute, attendant le vote du budget. Sur le plan social il y a un problème, la population ne ressent pas l’effet gouvernement. Après 100 jours, s’il faut faire un bilan, on dira qu’il y a un problème.

DK : On parle d’un remaniement gouvernemental au mois de septembre. Êtes-vous au courant ?

EK : Oui. Si vous en parlez, nous avons eu le temps de lire l’interview du président à Jeune Afrique. On est certain qu’il y aura quelque chose.

DK : Pensez-vous qu’il appliquera une politique d’ouverture comme Sarkozy ?

EK : La question n’est pas évidente. A mon avis, avant qu’on parle d’ouverture, nous devons d’abord penser au retour de notre leader. J’espère qu’il y aura ouverture au Congo. Mais si c’est sans Bemba, je ne vois pas comment on peut parler de cette ouverture. Il doit rentrer, jouer son rôle, il a un mandat au niveau du sénat qu’il doit remplir.

DK : Qu’est ce qui bloque son retour ?

EK : C’est au niveau de sa sécurité. Nous avons eu le temps de lire le Jeune Afrique. Le Chef de l’Etat dit qu’il doit y avoir un procès. Comment pourrez-vous faire un procès à un sénateur ? Si nous devons revenir sur les faits : On dit que Jean Pierre voulait tuer le président de la République. Comment cela aurait-il été possible, lorsqu’on sait que sa résidence était encerclée une semaine avant. La population n’avait pas besoin de cela.

DK : Comment avez-vous vécu ses événements ?

EK : Le 22, au matin, je devais prendre mon avion pour venir en Europe. Sur le Boulevard, j’étais chez SN afin d’enregistrer mes bagages. Juste au moment de rentrer à la maison cela a commencé. J’ai eu le temps de contourner les lieux des drames, passer par Kasa Vubu, récupérer les enfants à l’école et rentrer chez moi à la maison.

DK : Vous n’avez pas été inquiété après ?

EK : non.

DK : un mot de la fin ?

EK : Je demande à la communauté congolaise qui se trouve à l’extérieur de ne pas se décourager. Le Congo a besoin de tout le monde.

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