Pour leurs activités syndicales, deux journalistes de la chaîne publique aux arrêts à Kinshasa 1991

Vincent Hata et Michel Shango, journalistes à la RTNC (Radiotélévision Nationale Congolaise, chaîne publique) ont été interpellés, respectivement le 26 et 27 juillet 2007, par les éléments de la Garde Républicaine (GR) commis à la garde des installations de la RTNC à Kinshasa/Lingwala. Le lieu de détention de Vincent Hata n’est pas connu à ce jour alors que Michel Shango est encore retenu au poste de la GR à la RTNC.

Selon des témoignages recueillis à la RTNC par Journaliste en danger (JED), HATA et Shango ont été arrêtés sur ordre de M. Emmanuel Kipolongo, Administrateur délégué général de la RTNC au motif que « les syndicalistes préparaient une réunion en vue de détruire les installations de la chaîne publique ». Interrogé par JED au sujet de cette accusation, Richard Kalala Tshitenge, journaliste et président national de la délégation Syndicale de la RTNC, a rejeté ces « allégations mensongères ». Pour lui, les syndicalistes, après plusieurs reports injustifiés d’une réunion paritaire Syndicat/Employeur, voulaient organiser une assemblée générale de tous les travailleurs de la RTNC en vue de revendiquer le paiement de 10 mois d’arriérés de primes représentant 35% des recettes mensuelles propres de la chaîne publique décidé par le Comité de gestion depuis mai 2006 en vue de pallier tant soit peu à la rémunération dérisoire payé par l’Etat. La délégation syndicale accuse également le Comité de gestion de la chaîne publique de multiplier des manœuvres dilatoires pour empêcher une commission mise sur pieds par la réunion paritaire de mai 2006 afin d’évaluer, de concert avec le service financier, les 35% de recettes à redistribuer sous forme de prime aux travailleurs de la RTNC.

Toutes les tentatives de JED pour entrer en contact avec l’administrateur général de la RTNC se sont avérées vaines. Ce dernier a fait répondre, vendredi 27 juillet 2007 à 14H00, par son garde du corps, qu’il était en prière « avec le chef spirituel de l’Eglise Kimbanguiste ».

JED constate que depuis plusieurs mois une crise latente oppose la délégation syndicale de la RTNC au Comité de gestion au sujet de « la mauvaise gestion de la chaîne publique qui manque de tout alors qu’elle réalise des profits issus de la publicité », selon les propres termes des représentants des travailleurs. Dans une émission sur une télévision locale, M. Kipolongo s’est vanté d’avoir « contribué à l’élection du président Joseph Kabila » dont il faisait parti de l’équipe de communication en violation de la constitution et de la loi sur la presse qui impose la neutralité à la chaîne publique.

JED constate que de plus en plus, le droit de se syndiquer, pourtant reconnu par la constitution de la RDC, est méconnu dans le secteur des médias où certains employeurs n’hésitent pas à révoquer des journalistes pour leurs activités syndicales. A ce sujet, JED rappelle que 9 agents de RAGA TV (une chaîne privée) ont été abusivement révoqués en dépit de l’arrêté du Ministre du Travail et de la Prévoyance sociale. La même situation a eu lieu, en 2006, à Global TV, une autre chaîne privée où des journalistes ont été remercié pour avoir réclamé leurs droits.

JED reste d’avis que les droits économiques et sociaux des journalistes ont un impact majeur sur la liberté de la presse étant entendu qu’il n’ y a pas de liberté de la presse avec des journalistes pauvres et corrompus pour reprendre une devise de la Fédération Internationale des journalistes (FIJ).

De ce qui précède, JED demande au Ministre de l’Information, presse et communication nationale, M. Toussaint Tshilombo Send, de qui relève à ce jour le Comité de gestion de la RTNC, et à son collègue du Travail et de la Prévoyance sociale, ce qui suit :

¨ Obtenir de la Garde Républicaine la libération, toutes affaires cessantes, des journalistes Vincent Hata et Michel Shango abusivement détenus ;
¨ Diligenter une mission d’audit à la RTNC pour vérifier les allégations de mauvaise gestion ;
¨ De rappeler à l’ordre tous les employeurs du secteur des médias audiovisuels, publics et privés, sur la légalité des activités syndicales dans leurs entreprises.

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