Candidate au Sénat et tête de liste du parti socialiste, Anne-Marie Lizin, actuelle présidente du sénat a fait une tournée de près d’une heure dans le quartier Matonge de Bruxelles ce mercredi 30 mai 2007 après-midi.
Ayant été empêchée d’être présente lors de la journée de l’Afrique organisée dix jours plus tôt au hall d’honneur du stade Baudouin 1er par des associations de la communauté congolaise, la présidente du sénat belge tenait à entrer en contact avec les réalités de la communauté africaine de Belgique.
L’escale d’Anne-Marie Lizin à Matonge a commencé à la maison africaine sur rue Alsace-Lorraine. Il y a quelques décennies, les premiers boursiers congolais étaient logés à cet endroit.
Aujourd’hui, le lieu compte 80 lits. Sur la même rue, se trouve la galerie d’art « Marc Dengis » où la candidate a pu apprécier différents tableaux d’art africain et rencontrer Rhodes Makoumbou, une artiste du Congo Brazzaville dont les œuvres étaient exposées et en particulier une statue géante.
Aujourd’hui, le cœur de la communauté congolaise de Belgique bat ailleurs
Dès que sa délégation entrera sur la chaussée de Wavre après avoir traversé la rue Dublin, la visiteuse s’en rendra compte. Elle ne manquera pas de lancer une petite phrase : « La vie électorale, c’est dingue ici ! » Elle ne croyait pas si bien dire car juste après, affiches, ciseaux et rouleaux de papiers adhésifs en main, l’équipe de campagne d’une autre candidate sénatrice croisait notre délégation. Une candidate d’origine congolaise s’entend.
Un membre de cette équipe nous lancera d’ailleurs: « Elle a toute la Wallonie à sa disposition, elle doit en plus venir grignoter des voix dans notre électorat ? »
Petite causerie par-ci avec un électeur potentiel, oreille attentive par-là, Anne-Marie Lizin remontera progressivement la chaussée de Wavre. A toutes ces haltes, son équipe de campagne distribuait méthodiquement aux passants de tracts de leur candidate dont ils portaient un t-shirt à son effigie.
Dans la galerie d’Ixelles, elle sera apostrophée sans ménagements par une congolaise, responsable d’un salon de coiffure : « Nous on est des sans papier. On ne vous voit que durant la campagne. Après, vous allez disparaître. Résolvez d’abord notre problème ! »
En bonne politicienne elle lancera : « Vous connaissez la position du PS à ce propos. Si vous votez pour nous et renvoyez le MR dans l’opposition… » Un coiffeur d’origine congolaise qui était là, apparemment convaincu demande alors des tracts de la candidate.
Coincée par le calendrier marathon de la campagne, Anne-Marie Lizin clôturera sa visite par une entrevue avec les policiers de l’antenne Matonge. Des journalistes réalisant des émissions pour de télévisions privées du Congo lui poseront quand même quelques questions sur la situation au Congo : insécurité à l’Est du pays, occupation de Kahemba, affrontements armés du 22 et 23 mars.
Compte tenu de l’acuité de la crise congolaise, les journalistes congolais insisteront pour avoir une entrevue plus longue afin d’aborder en profondeur la politique belge au Congo pour la prochaine législature. Sans cela, les électeurs de la communauté congolaise seraient difficilement convaincus pour donner leurs voix à la visiteuse.
En se dirigeant vers l’entrée de la galerie « porte de Namur » pour partir, Anne-Marie Lizin aura sans doute remarqué une chose : Derrière sa limousine, était parquée une petite voiture peinte au nom d’un autre candidat aux législatives.
Oui, Matonge était vraiment un passage obligé pour cette campagne électorale belge. L’enjeu apparaît déjà en filigrane : le MR, mouvement réformateur et le PS, parti socialiste semblent fatigués de leur cohabitation de huit ans au gouvernement fédéral. Ce sera au plus malin et au plus fort de renvoyer l’autre dans l’opposition. Cela pourrait se jouer à quelques voix près. Pourquoi pas grâce aux voix de la communauté congolaise ?
Bien sûr la remontée constante du CDH, l’ancien PSC, le possible frémissement d’Ecolo grâce au thème du réchauffement climatique, devront être pris en compte. Mais le grand verdict viendra de l’électorat flamand : L’Open VLD de Guy Verhosfstadt parviendra-t-il à contredire les sondages qui le mettent en quatrième place, loin derrière le CD&V-NVA d’Yves Leterme ?
A Anne-Marie Lizin de jouer franc jeu face aux desiderata de la communauté congolaise, Chapeau aux associations congolaises initiatrices de la rencontre à savoir, Libiki, culturek.net, congokulture, observatoire Ba Yaya. A elles d’en assurer le suivi, pour une meilleur prise en compte des problèmes spécifiques à toute la communauté africaine de Belgique. Il reste encore dix jours avant les élections, bien de choses peuvent évoluer.
