MISE EN LIGNE LE 2 AVRIL 2007
LE SOFT INTERNATIONAL2 N°901
La Commission parlementaire Kahemba a regagné Kinshasa dimanche à 12 heures par N’Djili Aéro venant de Kahemba où l’avait précédé une délégation conduite par le vice-ministre PALU à l’Intérieur Joseph-Dovel Mpango Okundo. Quand, las d’attendre à Kahemba, le vice-ministre a fait venir l’Antonov 28 pour se rendre à Dundo, en Angola, d’où il pensait pouvoir opérer pour remettre pied à la frontière querellée, grâce – curieusement – à des hélicos militaires angolais réfutés par les parlementaires de la Commission d’enquête afin de tirer du guêpier une équipe de son ministère bloquée depuis plusieurs jours, l’avion a été considéré comme ennemi. S’en sont suivies de douloureuses et humiliantes tractations, ce qui n’est pas le dernier incident de ce qui devient un no man’s land.
À deux heures à vol d’oiseau de Kinshasa, par avion de brousse, voici Kahemba. Si la végétation est toujours aussi luxuriante et rappelle la forêt vierge, la vie est un enfer. Ce pays autrefois attirant pour nombre de jeunes à la recherche du diamant et du rêve n’a ni eau, ni électricité.
PAS DE POLITIQUE D’ETAT.
«Pour avoir une goutte d’eau, il faut dépenser 300 FC auprès d’un vélomoteur qui se déplacera à 7 km de la mission catholique Notre-Dame des Pauvres de Shamusenga», animée par une communauté d’abbés, plus au Nord, qui a réussi, lors des années coloniales et grâce à des oeuvres missionnaires des Pères Jésuites, à tirer l’eau depuis une rivière artificielle, au bas fond et à la stocker dans un puits noirci par le temps, sans produire de l’électricité et qui peut désormais revivre grâce à la mise en location de ses chambres à qui cherche un gîte, ou à l’impôt que vient d’instaurer l’évêque Edouard Mununu depuis la grande cité au nord, Kikwit…
«Si vous n’avez pas 300 FC, vous pouvez rester des semaines sans vous laver le corps», explique, impassible, un fonctionnaire du Ressort des impôts, debout depuis plusieurs heures, devant son échoppe en paille, au centre de ce qui ressemble au quartier des affaires. L’homme est à la recherche d’une «occasion pour négocier une amende» qui lui permettrait de se munir d’un sachet de chenilles ou des anguilles séchées en nattes au bicarbonate indigène.
A deux mètres, une hutte diffuse à tue-tête inaudible par un porte-voix les derniers airs de Kinshasa, en réalité du vieux Zaïko et Thu Zahina. «Nous sommes retournés à l’âge de la pierre», soupire un Hon. Député Nat.
Tout autour des jeunes femmes font à même le sol une friture à l’huile de palme produite à la maison: racines de manioc pelé, beignet, poisson de haute mer importé de Namibie. A Kahemba, la vie peut se vivre – il suffit de la prendre comme elle vient: du bon côté. Lieu de ralliement par excellence, le petit marché ravitaillé un jour sur trois par un énorme camion venu de Kinshasa présente l’eau minérale importée Canadian Pure ou kinoise Paani, véritable trésor ici.
Et les Indospakis ne sont guère loin: le désormais Whisky en sachet Boss vendu 100 FC, soit à la portée de toutes les bourses, fait fureur dans un pays où une variété d’alcool indigène – le Tshitiamba – fait à base de maïs et de manioc, importé du lointain Feshi, dans le secteur de Mukoso, à 150 kms au Nord Est, a affaibli les mâles depuis les années coloniales au point où le territoire passe dans le Bandundu pour celui dont le taux de reproduction vacille le point zéro.
«Même les élèves en guenilles et pieds nus qui chantonnent 8 heures tapantes dans une école au toit en paille écrasé affichent des signes d’ébriété pour avoir consommé ce liquide rouge qui ressemble au Johnny Walker par le graphisme de son emballage plastifié», se lamente un enseignant.
Quand le BCECO, regroupement bancaire r-dcongolais inventé par la Banque mondiale et des Institutions financières internationales intervenant en R-dC, bombe le torse et se réjouit de ses «résultats» dans le secteur de la santé publique, Kahemba demande à voir. «Il n’est pas impossible qu’on se trouve ici là où le taux d’handicapés est le plus élevé de la terre», constate un parlementaire sûr d’avoir compté jusqu’à quinze adultes, dans la seule cité, rongés par la polio.
De Kahemba, il est possible d’appeler la terre entière grâce aux entreprises du téléphone cellulaire. Même le petit dernier Tigo a déjà planté son décor.
Au pied de l’antenne du Vodacom, les villageois viennent, contre 100 FC, recharger les batteries de leurs portables GSM.
On attendait de l’opérateur sudaf qu’il érige un semblant de bâtisse, on est loin du compte! Signe qu’aucune politique d’Etat et aucune stratégie de développement n’est pensée alors que ces mastodontes multinationales affichent l’arrogance et des chiffres record ou se vantent de disposer chacune de la meilleure couverture nationale grâce à de géantes antennes plantées dans le pays.
En déboulant de la petite piste aérienne de terre battue, à 14 kms de Kahemba, le visiteur se rue sur un énorme tank perché à l’entrée de la cité semblable à un arc de triomphe.
Là, un comptoir d’achat de diamant s’annonce fièrement…
On cherchera en vain sa dépouille à la cité…
Depuis que les nouvelles de la frontière à 70 kms à l’Est font état de l’invasion des treize villages du groupement de Shayimbwanda, chefferie Muamushiku par l’armée angolaise et que les radios étrangères font rage, Kahemba se sent un regain d’intérêt.
