Expropriation, massacres, chômage et pauvreté : le Code minier tue le Congo 1688

Ce qui se passe à Mayimbi, à Mbelenge et à Mbendayi dans le Kasaï Occidental n’est sans doute pas la meilleure des nouvelles pour le gouvernement congolais. Moins encore pour le cabinet Gizenga, accueilli de plein fouet, dès son entrée en fonction, par une série d’événements qui exigent de sa part courage, lucidité et responsabilité.

Mayimbi, Mbelenge et Mbendayi ne sont malheureusement que le dernier épisode en date de cette actualité sulfureuse d’occupation par la force des pans entiers du territoire de la RDC. Laquelle a récemment enregistré un pic émotionnel avec la violation, par des troupes angolaises, du territoire de Kahemba, district du Kwango, province du Bandundu.
D’un territoire à l’autre, ce qui lie Mayimbi, Mbelenge et Mbendayi à Kahemba, c’est d’abord un sol et un sous-sol extrêmement riches, notamment en diamants de joaillerie. C’est, ensuite, l’arrivée massive de nouveaux explorateurs, des sociétés minières détenant des titres de prospection et d’exploitation décernés par le Cadastre Minier. Et qui, pour s’installer, instrumentalisent l’administration, utilisent les forces de l’ordre, menacent les populations, chassent les habitants de leurs milieux naturels et, en fin des comptes, installent le chômage, la précarité et la pauvreté.

Le Katanga et le Kasaï Oriental aussi

Le Bandundu et le Kasaï Occidental ne sont pas seuls dans cette situation. Pratiquement, toutes les provinces de la République Démocratique du Congo sont prises d’assaut, littéralement investies (en termes militaires) par des investisseurs sans scrupules et qui n’ont d’investisseurs que les signatures apposées sur les titres acquis.
Ainsi le Katanga continue de subir les affres du démantèlement programmé de la Gécamines. Jadis fleuron de l’économie nationale, la GCM a été disséquée, morcelée et ses pans vendus sans qu’on n’en connaisse ni le prix, ni le bénéficiaire. Tout ce que l’on sait en revanche, c’est que des joint-ventures ont émergé du sol, sur les cendres du colosse ; que des travailleurs ont été jetés à la rue pour une bouchée de pain ; que les fameux rejets traversent chaque jour la frontière ; qu’enfin les populations sont régulièrement chassées de leurs terres, leurs leaders arrêtés et jetés en prison. Des ONG se sont émues, sans grand résultat.
Même situation au Kasaï Oriental. Alors que la ville de Mbuji-Mayi est progressivement avalée par des érosions, la Miba, pour sa part, est étranglée par des joint-ventures dont la seule vocation est de lui disputer sinon de lui arracher ses gisements les plus juteux. C’est à peine si la Minière de Bakwanga arrive à souffler, abandonnant le Kasaï Oriental au bord de l’explosion : travailleurs impayés, chômage exacerbé, résurgence des épidémies, populations brimées…

Le Code Minier en accusation

Pour nombre de Congolais, tout ce qui leur arrive c’est la faute au Code Minier. Lequel, par son excès de libéralisation, a livré le pays, son sol et son sous-sol, ainsi que ses habitants, aux appétits gloutons des prédateurs sans scrupules. Evidemment, ce n’est pas tant l’impuissance de l’Etat congolais et la complicité des dirigeants qui sont mises en cause, que l’incapacité des autorités à faire respecter les dispositions pertinentes du Code Minier et à sauvegarder les intérêts de la population.
Que l’administration et les forces de l’ordre soient instrumentalisées ; que des Congolais soient chassés de leurs milieux de vie sans compensation ni indemnisation ; que des routes, des écoles, des hôpitaux ne soient pas construits ou réhabilités ; que le chômage augmente et que des Congolais soient poussés à la précarité ainsi qu’à la pauvreté, on ne peut tout de même pas continuer à faire croire que c’est la loi qui organise cette criminalisation et ce découpage du territoire national en carrés miniers face à des autorités débonnaires et impuissantes, naïves ou, plus grave encore, irresponsables.
C’est sans doute en pensant à la responsabilité de certains dirigeants dans le laxisme actuel et la démission totale de l’Etat face à sa vocation d’organisateur de la Cité et défenseur de l’ intérêt commun que le Premier ministre Antoine Gizenga a annoncé devant l’Assemblée Nationale sa volonté de revisiter tous les contrats léonins. Il n’aura pas seulement à affronter des prédateurs qui ont infiltré et gangrené l’appareil de l’Etat. Mais aussi et surtout leurs complices organisés en gouvernement parallèle. On lui souhaite en tout cas bon pied bon œil.
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