RD CONGO: NECESSITE D’UNE TREVE? 1457

Bruxelles, le 30 novembre 2006
La partie la plus délicate du processus électoral congolais vient d’avoir lieu avec l’arrêt de la cour suprême de justice sur le deuxième tour de l’élection présidentielle. Ne convient-il pas de marquer une pause pour une autocritique ?

D’où venons-nous ?
Où sommes-nous
Que voulons-nous ?
Sied-t-il de décréter une trêve ?
Si oui, pourquoi ?

LE POINT

Ce n’est certes pas le processus dont ont rêvé un grand nombre. Ce ne sont peut-être pas ceux que certains attendaient à tort ou à raison, à l’issue de la sanction des urnes. Ni au parlement, ni au second tour de la présidentielle. La mauvaise foi de certains, la tricherie des autres, les multiples imperfections du processus ont sûrement dénaturé les résultats.

Une consolation, il y a eu une avancée notable : on a osé consulter le souverain primaire. En tremblant, en l’embrouillant, en lui mentant. Mais on a osé. Comme le peuple vient de goutter à ce qu’est son véritable pouvoir, ne doit-il pas se l’approprier d’avantage ?

Ne doit-on pas l’y aider ?

N’ayant pas été maîtres du jeu, devons-nous prendre acte des résultats ou pas?

Mal élus ou pas, des institutions et des animateurs issus des urnes vont-elles progressivement s’imposer à nous ou pas ?

Pourrait-on mener une action efficace en étant aveugle face aux données concrètes ?

« Ce n’est pas parce que nous fermons les yeux que la montagne qui est devant nous disparaît. »

BESOIN DE CHANGEMENT

Au stade de misère où se trouve le Congo, le vœu de tous n’était-il pas qu’il s’opère un grand changement ? Et du personnel politique aussi !

Mais la corruption ayant gangrené et les candidats, et les électeurs, pouvait-on réussir un changement en profondeur ? En contrepartie d’un mandat de cinq ans, que de voix n’ont-elles pas été bradées pour une casquette, un tee-shirt, un litre de pétrole, un bol de riz pour un jour ou un discours bassement démagogique?

Ajouter à cela l’analphabétisme, l’ignorance et la sous-information de la majeure partie de l’électorat, pouvait-on s’attendre à mieux ?

Les enjeux pour les cinq ans à venir, ont-ils été suffisamment perçus dans tous les coins et recoins du pays ?

Ainsi, un gros contingent de ceux qui étaient décriés ont rempilé. Certains combats devraient-ils se poursuivre de la même façon, au risque de devenir des combats d’arrière garde ? Ou faudra-t-il innover ? Dans quelle direction ?

ET DEMAIN ?

Après les élections, le quotidien du congolais a-t-il changé ? Chaque instant est un moment de désespoir pour des dizaines de millions de nos compatriotes.

S’il y a un mot qui a été galvaudé durant ce processus électoral finissant, c’est le mot « peuple. » Chacun ne l’a-t-il pas utilisé dans son sens et selon ses intérêts du moment ? Candidats, presse, chancelleries occidentales… Le temps n’est-il pas venu non seulement pour qu’il n’y ait plus qu’une seule acception pour tout le monde du mot « peuple », mais surtout pour que toute action soit au profit du peuple ?

La meilleure façon d’y arriver n’est-elle pas de se conformer aux aspirations profondes du peuple congolais ? A savoir :

Vivre dans un Congo uni.
Vivre heureux dans son pays grâce aux richesses que la nature a pourvu son sol et son sous-sol.
Vivre en paix et dans la concorde.
S’autodéterminer comme tous les peuples du monde. Ne pas subir le diktat des pays étrangers. Nous ne le faisons pas aux autres, que les autres ne nous le fassent pas.
Etre dirigé par des hommes en qui il se reconnaît, qu’il se sera librement choisi et en toute transparence.

En termes concrets cela ne se traduit-il pas par ceci :

– Accès à la nourriture
– Accès aux soins médicaux
– Accès aux études pour les enfants
– Facilité des transports
– Accès à l’électricité
– Accès à l’eau potable
– Emploi et salaires décents
– Accès à la culture, à l’information et aux loisirs.

N’est-ce pas un strict minimum ? Si cela est possible dans des pays moins lotis que le Congo, pourquoi pas chez nous ?

L’exécutif issu des urnes sera-t-il à la hauteur de la tâche ?
Pourra-t-il :
– Eviter de se prendre pour le sauveur providentiel tant attendu par le peuple congolais ?
– Etre conscient de son poids numérique réel dans la population, c’est-à-dire 9.000.000 sur 60.000.000 de congolais ?
– Etre conscient de ses limites et de ses insuffisances ?

On a beau eu vilipendé Mobutu, il a néanmoins légué aux congolais un certain nombre de réflexions. En ce moment, celle-ci ne devrait-elle pas interpeller les nouveaux détenteurs de l’imperium ? « Le Président-Fondateur n’est pas un magicien. Seul, il ne peut rien. Mais avec l’appui de tout son peuple, il peut tout. » Et à l’époque, le pays n’était pas aussi sinistré !

Gare donc aux promesses électoralistes qui ont séduit bien d’électeurs. S’il y a magie, s’il y a transformation du quotidien de chacun, ce serait grâce à la contribution de tous, si pas du plus grand nombre, grâce à une adhésion, la plus large possible. C’est à dire aussi des six millions et demi qui ont voté pour le perdant, des dix millions qui ont refusé de s’impliquer, et des vingt à trente millions d’autres, que le système a refusé de comptabiliser, de recenser. Un bon paquet ! Le plus gros.

PERIODE DE GRACE ET IMPOPULARITE DU DEBUT.

Le PALU, pilote probable du gouvernement, sera-t-il en mesure d’appliquer la gestion orthodoxe de la chose publique qu’il prétend avoir gardé comme valeur durant sa très longue traversée du désert ?

Saura-t-il :
– Avant d’entrer en fonction, dresser sans complaisance un état des lieux de la Nation?
– Dénoncer et casser les contrats léonins hérités du système sortant ?
– Diversifier la coopération internationale ?
– Eviter le bradage de nos richesses ?
– Contourner le retour à la Zorro de nos anciens colonisateurs?

L’importance de la délégation belge à la prestation de serment du nouveau président n’est-il pas significatif ?
– Tenir tête aux caciques du PPRD dont l’éthique laisse à désirer?

Une fois réellement aux commandes, quels changements palpables le commun des citoyens pourra-t-il percevoir dans son quotidien ? Ceux qui ont donné leur suffrage aux nouveaux maîtres, sauront-ils ronger leur frein assez longtemps en attendant la réalisation des promesses de campagne ?

Faute de cela, les déçus ne rejoindront-ils pas rapidement l’autre camp ?

Au niveau du pouvoir législatif, qui prendra l’initiative de toiletter la constitution compte tenu des contradictions et des insuffisances qui s’y trouvent ?

Ou face à son incapacité de relever les énormes défis du pays, le clan majoritaire dans la chambre basse ne deviendra-t-il pas qu’une caisse de résonance de l’exécutif, avec risque de dérive totalitaire ?

Les parlementaires de l’opposition sauront-ils résister à l’achat des consciences ?

LE NOUVEAU PAYSAGE SOCIO-POLITIQUE CONGOLAIS

Quelle est la nouvelle configuration socio-politique du Congo aujourd’hui ?

Il y a bien sûr la mouvance présidentielle qui a raflé les gros lots : la présidence, la majorité au parlement et bientôt le gouvernement.

L’Union pour la Nation qui contrôle Kinshasa la capitale, siège des institutions avec risque de pousser le Président dans un exil involontaire vers l’intérieur du pays, surtout pour les manifestations publiques. Ce ne sera pas une nouveauté !
L’UDPS dont l’ombre ne disparaîtra pas du paysage politique aussi longtemps qu’au Congo, politique sera synonyme de tricherie, népotisme, arrestations et détentions arbitraires, corruption, non-respect des textes et des engagements, trahison…

La société civile qui est en devoir de se recentrer, de se purifier, de s’organiser et de jouer son rôle d’acteur de développement à la base, proche du citoyen. La presse qui est le quatrième pouvoir doit également se souvenir qu’elle est un des fers de lance de la société civile.

Les Congolais vivant à l’étranger. Plus grand pourvoyeur de fonds en direction du pays, bien loin avant la coopération de différents pays européens, acteurs socioculturels majeurs. Ne doivent-ils pas impérativement mettre en place des structures de la communauté congolaise dans certaines villes dont Bruxelles, Paris, Londres, Washington ? Leurs actions politiques en terre étrangère ayant désormais un impact sur la marche du pays, ne convient-il pas de mieux les canaliser ?

MODES D’ACTIONS DES FORCES PROGRESSISTES

Ceux qui ne sont pas au pouvoir et qui souhaitent un changement plus profond ne devraient-ils pas retenir ceci :

Il n’y a que trois façons d’accéder au pouvoir, d’y installer des gens :

Par les armes.
L’AFDL avait pensé innover, les ex-belligérants en ont fait l’expérience. Ils en ont vu les limites. Un coût humain, matériel et financier élevé, des effets collatéraux terribles !

Par les urnes.
Nous sommes en train de terminer l’apprentissage. Que de tensions, que de passions, que de coups bas. Les vertus de la contradiction ont-ils été à l’honneur ?

Par la révolution
Qui en a les capacités ? Le peuple est-il préparé à cela ?

Certes, durant le processus électoral, certains ont gardé leurs anciens réflexes du maquis ou de la rébellion en recourant par moments au fusil pour imposer leur vue, Certes aussi que d’autres, emportés par l’élan nationaliste, ont cru évoluer dans une dynamique de révolution. N’est-il pas important d’avoir à l’esprit le genre de jeu qu’on joue, et ses règles ? Même si bien sûr, les tricheurs ne manquent pas, les naïfs non plus, hélas.

Ceux qui ont pris le pouvoir ne doivent pas rêver, ceux qui sont en dehors ou qui s’inscrivent dans l’opposition au nouveau système, ne devraient-ils pas intérioriser suffisamment toutes ces données ?

Face au bouleversement des paramètres et à la détresse du peuple congolais, convient-il d’observer une trêve ou pas ?

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