Après la « guerre de trois jours », puis l’incendie de la TV de Bemba (pour ne pas parler de quelques autres « bavures » mineures) et jusqu’à l’ouverture de la campagne pour le second tour des présidentielle, tout le monde a défilé pour le jurer et le promettre : la campagne électorale du second tour ne ressemblerait pas à celle du premier au premier !
Il n’y aurait plus d’insultes racistes, déguisées en propos sur la « congolité ». Les injures seraient désormais absentes. On allait discuter, entre gens de bonne compagnie, de grandes conceptions politiques et de « projets de société ». La critique de l’adversaire ne serait plus un cri de haine, elle allait se faire subtilement intellectuelle…
« Projet de société » est d’ailleurs une expression très à la mode en politique congolaise. C’est normal. Une vie conforme à la dignité humaine est, pour la plupart des Congolais un projet, voir un rêve impossible… en tous cas quelque chose qui se situe fort loin de la vie quotidienne. Faute d’avoir une vie vivable, il faut bien avoir des projets !
Et tout cela se ferait bien sûr dans le respect de la démocratie…
Et en fait de débat serein dans la dignité, on a été servis ! Tout le monde savait déjà ce que vaut une promesse électorale. Le Congo apporte une pierre importante à l’édifice du savoir humain en montrant brillamment qu’une promesse pré-électorale ne vaut pas davantage !
Jugez plutôt. A peine la campagne officiellement ouverte, Olengankhoy, chef de la campagne de Bemba se fend d’un discours expliquant que le Congo n’a rien à … de la démocratie, mais qu’il faut une libéralisation (Allez comprendre !) et chauffe si bien son auditoire qu’à la sortie les plus excités cherchaient des armes pour en découdre avec l’adversaire…
Et le chef de la propagande kabiliste ne doit pas être mieux inspiré, si on en juge par le matériel électoral de choix mis en ligne par « digitalcongo » (site Internet appartenant à la famille Kabila). Cela commence par une vigoureuse démonstration de la « congolité » du président sortant, et continue par une remise en cause de la « congolité » de son adversaire. Au passage, on soulève même le pagne de Maman Bemba, à la recherche de secrets d’alcôve…
Tout cela tient le milieu entre une dispute d’école maternelle (« Mon papa il est plus fort que ton papa ») et une chanson antillaise bien connue (« Ton père n’est pas ton père, etc… »)
En un mot : dès le premier jour, le détestable débat sur la « congolité » est relancé.
Quant au débat sur les « projets de société », il se borne jusqu’ici, dans chaque camp, à défendre le bilan de son « patron », et à démontrer que le bilan de son adversaire est catastrophique. Inutile de dire que, dans l’état où est le Congo, la liste des catastrophes imputables audit adversaire est plutôt longuette !
L’ennui, c’est que tant Kabila que Bemba faisaient partie de l’exécutif sortant, le célèbre « 1+4 » de joyeuse mémoire. Joseph a peut-être bon dos, en ce sens qu’étant Président, il est censé être responsable de tout. Mais, malheureusement pour Jean-Pierre, il était, lui, vice-prsésident en charge de l’Ecofin. Or, bien sûr, tout ce qui va mal et en particulier les scandales, sont liés aux finances !
En toute bonne foi, on ne peut établir un « bilan » de la transition sans le mettre à l’actif ou au passif de toues les « composantes et entités » en cause. Et le passif serait de toute manière tellement lourd qu’il devrait mener à la conclusion que le choix du second tour est entre un incompétent et un incapable. Ou alors, ce qui est plus vraisemblable, il devrait mener à la conclusion que l’on pouvait tirer dès 2001 : que le système « 1+4 » était une monstruosité invivable que l’on n’aurait jamais dû imposer aux Congolais !
Cette formule contre nature découlait de l’attitude d’équidistance adoptée par la communauté internationale (Belgique comprise) devant l’agression étrangère. « Dialogue des Peuples » avait en son temps crié dans le désert que l’équidistance était la pire et la plus injuste des attitudes. Nos appels n’ont rencontré alors aucun écho. Il bien fallu constater depuis que la Cour Internationale de Justice, en condamnant l’Ouganda, a condamné par ce fait même l’attitude d’équidistance, comme l’avait fait DP !
Depuis le fameux Accord Global et Inclusif de Sun-City en 2003, les élections congolaises ont attiré sur elles l’attention de tous. Elles ont aussi attiré tous les moyens. L’Etat congolais vit avec un budget composé à 52 % d’aides extérieures. Or, non seulement la plupart de ces aides sont liées à la transition et aux élections et destinées à cesser après celles-ci, mais en outre, visant essentiellement à assurer coûte que coûte le bon déroulement du scrutin, elles ont été orientées exclusivement dans ce sens, non dans celui du développement de la RDC !
Nous n’épiloguerons pas sur le fait de savoir si dans ce pays dévasté par plus de trente-cinq ans de dictature, abandonné par ses « amis traditionnels » au lendemain de sa libération, envahi et pillé par plusieurs de ses voisins, les élections étaient vraiment la solution miracle dont il fallait tout attendre, et si elles étaient vraiment la première chose à faire. N’y avait-il pas d’autres urgences ?
Les rideaux de fumée que sont les débats sur la « congolité » et sur les « bilans » montrent à suffisance que l’on amuse la galerie avec des attrape-nigauds et qu’il n’y a nulle part de « projet de société » digne de ce nom, c’est-à-dire de programme politique clair et conséquent. Et cela fait partie des règles du jeu !
Annoncer un programme vrai est impossible : il faudrait avouer aux Congolais que tout va continuer, qu’ils seront toujours, et de plus en plus, exploités et misérables, parce que c’est leur place dans l’Empire de l’argent.
Avoir un vrai programme pour le bien du Congo, qui ne pourrait qu’être dirigé contre l’impérialisme et le grand capital international, relève du suicide. Qu’on se souvienne de Lumumba, de Mulele, de Mzee Kabila et de bien d’autres encore…
Il se peut que 29 octobre 2006 soit une date importante pour le Congo. Non à cause du second tour de la présidentielle, mais à cause des élections provinciales. Au sommet de l’état, les carottes sont cuites. A la base, les manipulations seront infiniment plus difficiles et les électeurs en savent beaucoup plus sur les candidats. Les provinces, sous peu plus nombreuses, vont jouer un rôle beaucoup plus important dans la satisfaction de besoins très élémentaires, ceux-là même que l’état de délabrement du pays empêche aujourd’hui de satisfaire. Il n’est pas interdit de penser que les Congolais puissent s’approprier ces nouvelles institutions, et qu’une nouvelle manière de faire de la politique puisse s’y enraciner.
A DP, nous estimons que neuf ans perdus, depuis la chute de Mobutu, à ergoter sur la légitimité de ceux qui l’ont chassé, cela suffit largement. Puisque ces élections permettront à tous le moins au Congo d’avoir un gouvernement dont plus personne ne mettra en cause la légitimité, il sera peut-être enfin possible de s’occuper des questions vitales qui sont la reconstruction du Congo et la survie des Congolais ! La réforme des provinces pourrait en être l’occasion.
