Le chef de l’Etat de République démocratique du Congo Joseph Kabila reste en tête du premier tour de la présidentielle, mais sous la barre des 50% à la veille de l’annonce des résultats, laissant présager un second tour contre l’ex-rebelle Jean-Pierre Bemba.
Joseph Kabila obtient 47% des suffrages exprimés, largement devant Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de Libération du Congo (MLC, une ex-rébellion muée en parti politique) soutenu par le Regroupement des Nationalistes congolais (RENACO), qui recueille 18,9%, selon des résultats partiels portant sur 72% des quelque 25 millions d’électeurs inscrits. Ces données ont été compilées par l’AFP à partir des résultats publiés samedi par la Commission électorale indépendante (CEI) par circonscription.
« Il est clair aujourd’hui qu’on aura un second tour », a déclaré un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.
Pour être élu au premier tour de la présidentielle, l’un des 32 candidats doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés. La date d’un éventuel second tour a été fixée au 29 octobre par la CEI.
La commission électorale doit annoncer les résultats provisoires nationaux dimanche soir, soit trois semaines après l’organisation du premier tour, a précisé le rapporteur de la CEI, Dieudonné Mirimo.
Le 30 juillet, les Congolais étaient appelés à élire leur président et leurs députés (un seul tour), lors des premiers scrutins libres et démocratiques en plus de quarante ans dans l’ex-Zaïre. Ces élections doivent mettre un terme à la fragile transition politique, commencée en 2003 après une guerre régionale de près de cinq ans (1998-2003) qui a fait 300.000 morts directs et plus de 3 millions de morts indirects.
« Le second tour semble assuré », pour Jean-Michel Dumont, expert électoral auprès de l’Union européenne, qui explique que M. Kabila ne serait pas en mesure de l’emporter dès le premier tour au vu des circonscriptions pour lesquelles on attend encore des résultats. La perspective d’un second tour rassure de nombreux observateurs, qui craignaient, en cas de victoire du premier tour du président sortant, une flambée de violence, notamment dans la capitale Kinshasa où M. Bemba décroche jusqu’à présent 54,6% des suffrages exprimés.
« Sans second tour, la tension aurait été très forte », a déclaré le diplomate, précisant qu’il ne redoutait pas de poussée de violence à Kinshasa mais une tension forte dans l’est, qui a massivement voté Kabila.
Le président sortant reste le grand favori de cette élection. « Il y a un grand écart entre Kabila et Bemba, et Kabila a une solide avance pour le second tour selon les chiffres disponibles », note M. Dumont.
Dans le cas d’un second tour, les voix de plusieurs candidats vont être convoitées par les deux camps, notamment celles de l’opposant historique Antoine Gizenga, leader du Parti lubumbiste unifié (PALU), qui arrive en troisième position (10,7%) selon les chiffres compilés samedi.
En quatrième et cinquième places, on trouve Nzanga Mobutu (5,4%), le fils de l’ancien dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko, et Oscar Kashala (2,9%), médecin qui a passé une vingtaine d’années aux Etats-Unis.
Les résultats définitifs du premier tour de la présidentielle seront proclamés par la Cour suprême de justice au plus tard le 31 août, après examen d’éventuels contentieux.
Plusieurs candidats, qui arrivent en queue de peloton, ont déjà dénoncé des fraudes et irrégularités massives. De leur côté, les observateurs nationaux et internationaux, qui ont souligné la forte mobilisation des électeurs et le bon déroulement du scrutin, ont déploré des « défaillances » dans le processus de récolte et compilation des résultats.
