RDC : le dialogue est inévitable 956

La question qui a fini par s’imposer à tout le monde à Kinshasa est celle de savoir à quoi serviront les élections si elles doivent déboucher sur un nouveau cycle d’instabilité face à un pouvoir qui n’est jamais arrivé à asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire national. S’il est vrai, en effet, que tout le monde a sa petite idée sur l’évolution actuelle de la situation politique en République Démocratique du Congo, il n’en demeure pas moins que l’horizon n’a jamais été aussi flou, et les menaces de résurgence d’un nouveau conflit aussi précises, comme ont eu récemment à le redouter certaines ONG internationales à l’instar de International Crisis Group.

Des confrères généralement bien informés ont souligné dans leurs livraisons de lundi que la retraite du Chef de l’Etat au Katanga ne constituait pas, de ce point de vue, un caprice touristique. Mais qu’elle procédait, plutôt, de la volonté de réaliser quelques discrètes consultations avec des leaders de tous les horizons. Une initiative qui a réussi l’incomparable performance d’affoler certains ténors de la famille politique présidentielle qui ont multiplié aussi bien des manifestations que des prises de position en faveur de l’organisation, dans n’importe quelles conditions, des élections.
Apparemment, ces gesticulations n’ont pas réussi à troubler grand monde au Palais de la Nation. Où l’on a plutôt cherché, a appris Le Phare, à prendre la véritable mesure des menaces qui pèsent sur le processus de transition en général et le calendrier électoral en particulier. On croit également savoir qu’au Palais de la Nation, on est déjà au courant, du moins dans les grandes lignes, du message qu’entend délivrer la mission du Conseil de sécurité des Nations Unies, en faveur d’un plus grand apaisement sur la scène politique congolaise. Une initiative qui arrive après un plaidoyer appuyé du président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Laurent Monsengwo Pasinya auprès des instances américaines…
Enfin, last but not least, les observateurs notent un fait très significatif dans le contexte actuel. Il s’agit du récent séjour du Président Kagamé à Washington, durant lequel il a été abondamment question de la RDC. Un séjour qui a permis au Président G.W. Bush de citer le leader rwandais en modèle et de lui promettre un soutien appuyé sur le plan financier. De quoi, en fait, gonfler Paul Kagame et d’en faire une référence dans la Sous-région face à l’amateurisme dont fait malheureusement étalage le leadership congolais.

Message à la Nation

Aussi bien pour donner l’impression de ne pas être dépassé par les événements et donc de les avoir constamment sous contrôle, tout comme pour se replacer au centre du jeu politique, on pense généralement que le Président congolais – dont on dit qu’il prépare lui aussi un déplacement aux Etats-Unis – a plus qu’intérêt à prendre une initiative susceptible de remobiliser l’intérêt de l’Oncle Sam et de ramener la sérénité chez ses compatriotes. A condition qu’elle ne soit pas une simple diversion qui ne ferait que relancer la crise, l’effet d’annonce passé. Ce message, estiment des analystes sérieux à Kinshasa, devrait être un résumé de la controverse actuelle sur la fin de la transition et, en même temps, un appel à l’apaisement. Que Joseph Kabila n’ait pas exclu, pour la première fois dans une récente interview à Jeune Afrique Intelligent, l’éventualité d’une défaite de son camp constitue à coup sûr, aux yeux des observateurs, une indication sérieuse, une évolution notable ainsi qu’une révolution culturelle intéressante dans le chef du Président de la République.
Il restera, naturellement, que le chef de l’Etat parvienne à bout des résistances qui ne vont pas manquer de se développer dans son entourage. Une autre question sera évidemment de savoir où et quand le message devrait être adressé à la Nation. Pour certains, Joseph Kabila devrait s’exprimer avant le 30 juin, de sorte que la fête de l’indépendance devienne effectivement un lieu de rassemblement et de réconciliation. D’autres estiment que le mariage présidentiel annoncé pour les prochains jours devrait être l’occasion de grandes retrouvailles et d’une fête de famille. Là aussi, des signaux forts devraient être lancés pour vaincre les réticences et les rancoeurs. Il faudra, pour cela, plus que du courage politique à Joseph Kabila.
En attendant, une chose demeure certaine : les dérapages déjà constatés dans la pré-campagne électorale appellent à une indispensable sérénité pour la poursuite du processus. Faute de quoi la RD sera repartie pour un nouveau cycle d’instabilité.

www.lepharerdc.com 2006-06-06

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