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Prépondérante comparativement à d’autres confessions du point de vue de son ascendant, de l’aire de sa dissémination, de la supériorité numérique de ses adeptes, de la hiérarchisation de ses institutions, et de l’organisation rationnelle de ses structures et activités pastorales, l’Eglise catholique romaine passe pratiquement pour un Etat dans l’Etat au Congo-Zaire-RDC. Unie et cohérente, elle a toujours joué un rôle capital, soulevé les montagnes et contribué au renversement de la vapeur sur la scène politique. Mais déchirée, tiraillée, compromise et affaiblie, elle a parfois dramatiquement desservi le pays et le peuple. Le célèbre » Manifeste de la conscience africaine » publié à Léopoldville en 1957 par un groupe d’intellectuels catholiques bénéficia d’une contribution continentale dans sa conception et son élaboration de l’Abbé Joseph Malula, alors curé de la paroisse Christ-Roi, futur Archevêque de Kinshasa et premier Cardinal congolais. Le succès et la victoire de la conférence nationale souveraine sur les forces conservatrices du régime de Mobutu sont attribuables dans une large mesure à la cohésion de l’Eglise catholique et à la conjugaison de ses efforts avec ceux du peuple et des patriotes de la classe politique. La célèbre marche du 16 février 1992 est restée gravée en lettres d’or et de sang grâce au concours bénéfique sans réserve de la hiérarchie catholique.
Mais les contradictions et compromissions au sein de l’Eglise catholique ont toujours eu des répercussions néfastes sur la scène politique de notre pays. Le sabordage du salutaire schéma de la conférence nationale eut pour prémices prémonitoires » les convergences parallèles » et » la recherche d’une troisième voie « . Conséquence: l’apparition du dragon Afdl qui vint chasser tout le monde, reprit à son compte l’ancienne dictature et la consolida à sa façon. Ensuite vint le dialogue à Sun Ciity. La présence d’hommes de Dieu à ce rendez-vous, la célébration des offices religieux et la distribution des hosties ont porté plus de malheur que de bonheur à ces négociations politiques. On parla de la corruption des conférenciers, et un compte bancaire où ces fonds destinés à l’achat des consciences étaient logés fut divulgué dans les tracts abondamment répandus à Kinshasa. Des hommes de Dieu avaient soutenu le pacte de l’hôtel Cascades sans se rendre compte du danger qu’il représentait pour l’unité, du pays et son intégrité territoriale. Le dernier acte en date est le sabotage de la décision de la CENCO supprimant la prise en charge des enseignants par les parents.
Par ailleurs, l’impuissance de la hiérarchie catholique à prendre les devants pour rogner les ailes à l’Abbé Malu Malu et limiter ainsi les dégâts n’a pas moins ajouté à la déconsidération de l’Eglise. Car qui ne dit mot consent. Certaines chapelles paroissiales ont été mises à sac et leurs sacristies profanées. Pour le bas peuple qui ne saisit pas des nuances, il n’est pas facile de lui faire comprendre que cet Abbé représente la société civile et non pas l’Eglise catholique. Tous ces faits et gestes joints à ceux du paragraphe précédent, laissent transparaître le manque de cohésion, les contradictions et compromissions au sein de l’Eglise catholique de la RDC.
Alors qu’on avait tiré l’échelle après cette Eglise et perdu tout espoir, voilà que de façon tout à fait inattendue, le haut clergé catholique recommence à nous réserver surprise sur surprise, toutes agréables et convergentes. Le premier à ouvrir le bal de changement est le Cardinal Frédéric Etsou qui, du Vatican où il se trouvait l’année passée, demandait non sans surprendre à travers RFI, à Malu Malu d’être souple et d’accéder à la requête de l’UDPS pour la réouverture des bureaux d’enrôlement des électeurs. Le deuxième prince de l’Eglise à élever la voix est le vice-président de la CENCO Mgr Tharcisse Tshibangu, l’évêque de Mbuji-Mayi qui, dans son message de Pâques, mettait la Communauté internationale en garde contre toute intention d’organiser des élections n’importe lesquelles pourvu qu’il y ait un semblant de légitimité sans que le peuple ait la possibilité de choisir librement ses dirigeants. Une semaine plus tard, c’est le Cardinal Etsou qui revient à la charge à la paroisse Saint Joseph de Matonge et exhorte les journalistes congolais à exercer avec vigilance le rôle de sentinelle de la société dévolue à la presse, et leur reproche » d’avoir laissé ce pays entre les mains des étrangers qui sont en train de le diviser… «
Peut-être ce n’étaient encore là que des hors-d’oeuvre qui devaient s’accompagner du plat de résistance. A peine Malu Malu a-t-il fait son nième numéro dimanche comme il en a coutume que le lendemain lundi le Président de la CENCO, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, l’archevêque de Kisangani, passait à l’offensive avec le plat de résistance. Après avoir souligné que « tout réaménagement du calendrier électoral ne peut se faire unilatéralement; il doit être le fruit d’un consensus entre les forces vives de la Nation », Monsengwo lâche une bombe d’indéfinissables mégatonnes: « Depuis bientôt 10 (dix) ans, le pouvoir et le gouvernement de notre pays ont été assujettis à des gouvernements étrangers, de sorte que le centre des décisions politiques et socio-économiques de la République démocratique du Congo (RDC) se trouve en dehors de notre Pays. Il est temps que ce centre des décisions des institutions et spécialement celles du gouvernement de la RDC soit à l’intérieur du pays. Seul un choix judicieux et responsable des hommes politiques appelés à diriger peut redonner à la RDC son indépendance et sa souveraineté. Le peuple congolais est invité à rester vigilant et à se mobiliser pour qu’il en soit ainsi « .
Après un temps de contradictions, compromis pions, déchirements et tiraillements internes plus ou moins feutrés, que le haut clergé catholique reprenne conscience du danger qui guette le pays, et se remette à parler le même langage dur sans équivoque à propos des enjeux politiques qui s’annoncent graves, ce n’est pas un fait du hasard. Le front patriotique de la résistance s’élargit et se déchaîne dans tous les sens. Le peuple, l’Opposition politique historique, la société civile et aujourd’hui l’Episcopat congolais forment désormais une terrible armée pacifique de libération. On ne peut pas dire seulement que l’Udps – toujours incomprise ou comprise avec retard – a fait école, sans oublier qu’il n’y a que le pouvoir céleste de Dieu qui gouverne et transcende les réalités de toutes choses visibles et invisibles, qui soit capable d’harmoniser les pensées, les sentiments, les idées et les convictions divergentes des hommes si l’heure décrétée a sonné pour que ce qui doit arriver arrive et les prophéties soient accomplies.
Les vagues qui déferlent d’ores et déjà sont si puissantes que nul des mortels n’est en mesure de prédire, même approximativement, ce qui pourra advenir dans ce pays d’un jour à l’autre. Mais ce qui est vrai, c’est qu’il y a visiblement de l’électricité dans l’air.
2006-05-08
