Pas d’argent pour la Monuc ! 897

Cela pourrait ressembler à une mauvaise série. Après la douche froide subie récemment par le gouvernement congolais à l’occasion de l’Assemblée annuelle des institutions de Breton Wood qui ont stoppé leurs décaissements en faveur de notre pays, c’est une autre mauvaise nouvelle qui nous parvient aujourd’hui du Palais de verre à New York.

En dépit du plaidoyer de l’équipe de William Lacy Swing soutenu par l’abbé national Apollinaire Muholungu Malu Malu, les affaires de la RD Congo ne paraissaient pas très brillantes en fin de semaine dernière. Au moment où l’Union Européenne s’apprête à dépêcher son contingent Eufor RD Congo dans notre pays pour soutenir les troupes de la Monuc, paradoxe, la mission de l’Onu en Rdc traverse pour sa part une zone de turbulences d’autant plus dangereuse que personne ne semblait l’avoir prévue.

Cette fois, ont indiqué des sources crédibles au Phare, c’est Washington qui se montre agacé, impatient et déçu. Lisant à sa manière le bilan de la transition Rd congolaise, l’administration Bush se fait désormais très réticente à mettre de l’argent dans ce qui ressemble de plus en plus à une sorte de tonneau des Danaïdes. La Monuc est certes la mission la plus importante et la plus coûteuse de l’Onu, mais Washington se demande ouvertement si le résultat en vaut vraiment la chandelle…

Onéreuse, mais aussi très peu efficace pour combattre l’insécurité et imposer la paix, explique-t-on. Leader du Comité International d’Accompagnement de la Transition, la Monuc n’a en outre pas toujours donné l’impression de vouloir se mettre réellement au milieu du village. Très affaiblie par le scandale des abus sexuels et souvent accusée d’affairisme, la Mission de l’Onu en RD Congo manque de plus en plus d’avocats pour plaider sa cause. Ce qui risque de compliquer une transition déjà très chaotique.

Darfour ou Al Qaïda ?

Ce n’est pas la première fois que Washington boude toute demande supplémentaire de fonds en faveur de la Monuc. Mais cette fois, le contexte semble avoir sensiblement évolué.

A la veille des élections de la mi-mandat, Washington a besoin d’un succès diplomatique susceptible d’occulter ses déboires intérieurs ainsi que les scandales à répétition qui collent au remuant vice-président Dick Cheney et à son ministre de la défense Donald Rumsfeld.

Ce succès diplomatique, Washington ne peut pas l’obtenir en RD Congo, un dossier qui est loin d’intéresser l’opinion américaine et sur lequel l’Union Européenne semble décidée à jouer à peu de frais son ambition de puissance moyenne, loin, très loin des dossiers autrement plus médiatiques que ceux du Moyen Orient, de l’Irak ou de l’Afghanistan. Dossiers dans lesquels les Européens sont obligés de se contenter du rôle ingrat de supplétifs, ou de porteur de mallettes, de la méga puissance américaine. On comprend pourquoi et comment la RDC est devenue pour eux une sorte de lot de consolation…

L’Irak, en effet, s’est transformé en un nouveau Vietnam revu et corrigé par les enjeux de la mondialisation. Par ailleurs, entre attentats dans lesquels périssent chaque jour des soldats américains, les tractations interminables sur la formation du gouvernement et la chasse toujours infructueuse à Ben Laden, aucune perspective de succès à court terme ne semble se dessiner à l’horizon pour la diplomatie américaine.

Voilà pourquoi le Darfour remobilise, depuis quelques semaines, l’attention de l’administration Bush. Des images des atrocités des milices Janjawid ainsi que celles de la crise humanitaire qui sévit dans cette partie du Soudan ont ému, comme par hasard, l’opinion américaine qui s’est de nouveau mobilisée avec son habituelle générosité. Seulement voilà : au même moment, des postes avancés d’Al Qaïda ont été signalés en Somalie. Où, depuis quelques jours, Washington ne cache plus son soutien à ceux qui combattent les islamistes. D’une pierre deux coups donc, la résolution de la crise du Darfour permettrait à Washington de stopper l’extension de la nébuleuse Al Qaïda, de disposer d’un observatoire pour surveiller les événements de la Somalie et de se refaire une petite image face à des sondages qui tournent à la catastrophe en prévision des élections de mi-mandat.

Chantage

En d’autres termes, faute de stabiliser rapidement la Rdc, il faut à tout le moins réduire l’importance de la mission de l’Onu, en affecter les éléments et les moyens financiers ainsi récupérés au Darfour. Voilà pourquoi la récente mission à New York du leadership de la Monuc, appuyé par l’incontournable Apollinaire Malu Malu, a pris les allures d’un Waterloo. A charge pour les uns et les autres de retravailler leurs dossiers et de peaufiner leur argumentaire pour être plus convaincants.

D’ici là, la crainte des observateurs est que les réticences américaines alimentent plutôt le chantage de l’Union Européenne désormais fondée à agiter le spectre du désengagement de la Communauté internationale pour exiger que tous les Congolais s’alignent sur son point de vue.

www.lepharerdc.com 2006-05-17

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