Processus électoral en RD Congo : l’ « inclusivité » à l’épreuve des faits ! 781

Avec les élections qui vont se tenir en RD Congo à partir du mois de juillet prochain, ce pays va vivre, sauf évidemment un revirement spectaculaire de la situation politique, un autre de ses paradoxes. L’UDPS, que d’aucuns considèrent comme étant « la fille aînée de l’opposition » et qui est l’un des grands partis politiques qui a pignon sur rue, ne prendra pas part à ce rendez-vous important avec l’histoire de Congolais. C’est un paradoxe. Un grand paradoxe. Car, ce parti a été de toutes les batailles. L’UDPS d’Etienne Tshisekedi a joué un grand rôle dans l’effondrement du mythe de Mobutu. Elle a été en première ligne pour lutter contre les régimes dictatoriaux de Mobutu à Kabila II. Le même parti a milité, avec d’autres forces de changement, au cours de nombreuses années, pour l’instauration d’un État de droit. Les élections libres et transparentes ne pouvaient constituer que l’aboutissement logique de sa lutte. Quoi de mieux que de se défaire de gens parvenus au pouvoir sans légitimité à travers le scrutin populaire. Mais, hélas, ce parti là jette l’éponge avant même de s’engager dans la bataille électorale. S’agit-il d’un renoncement volontaire, teinté des caprices ou il s’agit plutôt d’un signal fort lancé envers ceux qui veulent hypothéquer les élections au profit d’une bande, au profit des intérêts maffieux pour leur dire que leur jeu des dupes est bien connu. Dans tous les cas de figure, la situation est grave. Ce refus de l’UDPS de participer aux échéances électorales va creuser davantage le lit de désaccord entre le camp de jusqu’au-boutistes qui veulent organiser à tout prix les élections et celui de ceux qui réclament justement des garanties pour tous avant l’organisation des élections, crédibles et transparentes.

Durant les dernières semaines, une ritournelle entonnée à tour de rôle par plusieurs personnalités politiques qui commanditent les élections au Congo ne cessait de rabâcher les oreilles des Congolais : les élections doivent être inclusives. Nul n’exclut l’autre et personne n’a le droit de s’auto-exclure. Maintenant, à l’épreuve des faits, les bureaux de la CEI ayant fermé leurs portes, le dimanche 2 avril 2006 à la date limite pour le dépôt des candidatures, soit à 16 heures 30, heures de Kinshasa, on s’aperçoit que l’inclusion de tous les partis n’a été qu’un slogan creux. On ne doit même pas aller loin pour chercher les raisons qui ont poussé l’UDPS à ne point inscrire ses membres pour concourir aux élections qui, rappelons-le, une fois de plus, constituaient pourtant la raison essentielle de sa lutte politique. À la lumière des faits, les problèmes que ce parti a posés comme conditions préalables pour sa participation auxdites élections n’ont pas trouvé une moindre solution.

L’engagement pris par la CIAT et les autres instances saisies pour trouver une porte de sortie aux raisons du blocage pour la participation de l’UDPS et d’autres partis qui sont dans sa mouvance n’a pas été honoré. Alors que certaines personnes insinuaient malignement que le problème de l’homonymie ne pouvait être résolu par des voies politiques sinon en recourant à la justice, nous avons appris que ce problème n’a trouvé des solutions qu’en toute dernière minute. À quoi cette solution tardive aura servie si finalement l’UDPS boude les élections ? A quoi sert de résoudre un problème et d’en laisser d’autres sans même chercher à finaliser le dialogue ? Le paquet élection, confectionné dans des salons huppés de l’Occident était à prendre ou à laisser. Il n’y avait aucune marge de dialogue et aucune solution de sortie pour régler le cahier des charges à la satisfaction de tous. De là à se demander si l’intention n’était pas finalement de contraindre ce parti à ne pas participer aux élections, il n’y a qu’un pas. Aménager une place au sein des institutions d’accompagnement à la transition n’était pas si difficile que ça. Là aussi, on a traîné les pieds. Aucune solution n’a été proposée démontrant l’incapacité de ceux qui se disent assumer des responsabilités politiques sans pour autant en avoir ni les moyens moins encore la capacité.

Évidemment, il y a ceux qui vont continuer à s’en prendre à l’attitude du leader de ce parti qui, par son intransigeance et sa loyauté aux textes, semble faire le jeu de ceux qui ne voudraient pas qu’une autre classe politique, ayant une autre vision de la chose publique, accède au pouvoir. Toute la question est de savoir si l’on doit chercher le pouvoir pour le pouvoir et arriver à faire la même chose que ceux dont on critiquait acerbement pour leurs multiples incohérences et une politique sans lendemain meilleur pour le pays. Où alors, il faut mettre en valeur la dignité personnelle et collective et l’honnêteté intellectuelle et morale pour ne pas accepter n’importe quoi au risque de trahir ses convictions profondes, sa foi et l’idéal pour lequel l’on s’est battu pendant des longues années.

Au-delà des critiques qui seront faites, l’on ne peut que constater l’échec. L’échec d’un jeu malsain et réfractaire où l’on s’amuse à proclamer avec circonlocutions les dogmes et ne se gêne pas de ne point les appliquer. L’échec d’une classe politique médiocre dans l’ensemble qui ne sait pas distinguer les avantages personnels des avantages collectifs que toute la nation pourrait en tirer. L’échec des commanditaires externes qui ne misent, au nom de leurs intérêts, que sur des mauvais pions au détriment des valeurs intrinsèques qu’ils défendent mordicus dans leurs propres pays.

L’absence des autres partis aux élections est un lourd fardeau qui va peser dans la balance des événements qui vont suivre. Pour une fois, nous aurions souhaité que les enjeux électoraux soient clairs, que le firmament politique soit dénué des raisons pouvant amener le pays à retomber dans une autre longue et pénible tribulation. Mais hélas, il semble que les gens ne tirent pas les leçons de l’histoire. L’on a tendance à ne prendre la mesure des événements que quand il est tard. Entendons voir, les jours à venir nous en diront plus.

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