Les buts d’un gouvernement.
Dans le préambule de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis dont Thomas Jefferson et Benjamin Franklin sont coauteurs, il est écrit ce qui suit :
« Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux; le Créateur leur a conféré des droits inaliénables, dont les premiers sont : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit au bonheur (…)
« C’est pour s’assurer de la jouissance de ces droits que les hommes se sont donné des gouvernements dont l’autorité devient légitime par le consentement des administrés (…)
« Lorsqu’un gouvernement, quelle que soit sa forme, s’éloigne de ces buts, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement en le fondant sur ces principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtra la plus propre à lui donner sécurité et bonheur. »
Mais n’aurait-il pas aussi mieux fallu approfondir la question de la source de cette violence de la rue? Qu’est-ce qui la génère? Il est facile de répondre rapidement à cette question en disant : « ce sont les partis politiques qui ont peur des élections qui s’organisent pour avoir par la force ce qu’ils ne sauront pas avoir aux urnes, c’est-à-dire le pouvoir ».
Cette réponse simpliste à la violence de la rue relève si pas de la mauvaise foi mais d’une lecture biaisée de la situation. Sans nier la possibilité d’une pareille éventualité, il est aussi sérieux d’établir le lien entre cette violence de la rue et la violence structurelle. La peur des élections, l’inimitié à l’endroit du peuple sont devenus des refrains répétés à satiété par les états majors de certains partis politiques pour occulter le débat qui nous semble essentiel : celui qui consiste à répondre de manière contradictoire à la question des racines passées, présentes et futures de la violence que subit notre peuple.
I. Les buts d’un gouvernement
Dans le préambule de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis dont Thomas Jefferson et Benjamin Franklin sont coauteurs, il est écrit ce qui suit :
« Nous tenons les vérités suivantes pour évidentes par elles-mêmes : tous les hommes ont été créés égaux; le Créateur leur a conféré des droits inaliénables, dont les premiers sont : le droit à la vie, le droit à la liberté, le droit au bonheur (…)
« C’est pour s’assurer de la jouissance de ces droits que les hommes se sont donné des gouvernements dont l’autorité devient légitime par le consentement des administrés (…)
« Lorsqu’un gouvernement, quelle que soit sa forme, s’éloigne de ces buts, le peuple a le droit de le changer ou de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement en le fondant sur ces principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtra la plus propre à lui donner sécurité et bonheur. »
Ces buts assignés au gouvernement des Etats-Unis à leur indépendance sont partagés par notre Constitution de la transition. En tout cas, la nécessité de garantir les droits et libertés fondamentales y est inscrite.
Mais, pratiquement, le droit au bonheur semble être devenu la chasse gardée d’une petite minorité. L’analyse du budget 2005 telle qu’elle est faite par la Société Civile/Forces vives en témoigne. (Nous y reviendrons). La recherche du bonheur commun est reléguée aux calendes grecques par nos gouvernants provisoires. Pour justifier ce manque de justice sociale, un sénateur aurait affirmé sur la radio Top Congo que la jugulation de la crise économico sociale ne fait pas partie de l’agenda de la transition.
Cela se comprendrait si le train de vie de leurs excellences et celui de leurs cabinets pléthoriques prêchait par l’exemple.
Non. L’enrichissement facile, la prédation, disons la kléptocratie érigée en modèle de gouvernement ne voudrait souffrir d’aucune contradiction. Dès qu’il y a remise en question, dès que la rue veut gronder, les nouveaux prédateurs crient à la peur des élections, à la manipulation suicidaire des majorités tenues dans le silence!
Non! La malaria tue chaque jour nos fils et filles. Nos fils et filles vieillissent sans avoir franchi le cap de l’école primaire. Nous, parents, les entendons crier quand ils ont faim : « Papa, maman, nakufi nzala ». La faim les tue. La malnutrition compromet leur avenir. Le manque d’instruction en fait les esclaves à vie de leurs copains et copines, fils et filles des prédateurs d’hier et d’aujourd’hui, qui sont scolarisés en Afrique du Sud, en Europe et aux Etats-Unis.
Les jeunes qui s’aiment ne savent presque plus se marier et fonder un foyer parce qu’ils n’on pas d’argent; ils n’ont pas d’emplois. La prostitution devient de plus en plus un moyen pour les jeunes filles (encore mineures!) sans avenir de nourrir leur progéniture et même leurs parents avilis par le chômage. Les enfants abandonnés jonchent nos rues et constituent une bombe à retardement pour le Congo d’aujourd’hui et de demain. N’ayant rien à perdre, ils peuvent à tout moment mettre les feux aux poudres.
Ce tableau sombre traduit les effets d’une gouvernance patrimoniale fondée sur la corruption, le clientélisme et le népotisme générant chez les majorités tenues dans le silence et l’ignorance un sentiment pénible d’infériorité et d’indignité.
Mais aussi le goût de la résistance démocratique collective. En effet, « pétri du pénible sentiment d’infériorité, de son indignité, découvrant que ni la faim ni la dette ne sont inévitables, l’homme honteux du tiers-monde peut, lui aussi, prendre conscience et se lever. Souffrant de son déshonneur, l’affamé, le chômeur, l’homme humilié ravale sa honte aussi longtemps qu’il croit sa situation immuable. Il se transforme en combattant, en insurgé, dès lors que la prétendue fatalité révèle ses failles. La victime devient alors acteur de son destin. »
Pour notre pays, en plus du train de vie des gouvernants provisoires, l’analyse du budget 2005 prouve à suffisance que la misère de notre peuple est une fabrication d’un pouvoir kleptocrate. Elle est le produit des structures et institutions opérant en circuits fermés mises sur pied par l’Accord dit global et inclusif et ne cherchant à se refaire que moyennant une critique complaisante en leur sein même; c’est-à-dire en étant à la fois juges et parties.
Tout contre-pouvoir est soupçonné, dans ce contexte, d’en vouloir aux intérêts supérieurs de la nation (inexistante). Il est purement et simplement combattu. Au nom du dialogue, les opposants à la kleptomanie sont traînés devant les cours et tribunaux; ils sont enlevés nuitamment et ont rarement le droit à la défense.
La police, l’armée et la justice sont vassalisées par le pouvoir d’en nommer les membres ou de les congédier.
Le parlement est muselé par le pouvoir de l’argent.
Il y a là comme un retour à l’Etat-théologien, c’est-à-dire, « un Etat archaïque de type patrimonialiste, avec son pouvoir personnalisé, totémisé, ses clientages et ses prébendes, qui méconnaît (…) la souveraineté de la loi, les droits de l’homme, la séparation des pouvoirs, l’indépendance des tribunaux. En outre ne connaissant que la force, il tend à mépriser l’intelligence, le rapport des actes à leurs conséquences, et finit par construire autour du mensonge, du meurtre et du vol, c’est-à-dire de la violence. »
Voilà comment naît la violence structurelle. De là à la riposte de la rue, il n’y a qu’un pas qu’on ne peut se garder de franchir que si l’espace public est restauré. Donc, si l’on arrive à « créer une ambiance où la remise en question des violences se fait en fonction de l’ouverture à plus de savoir, fût-il contradictoire, à plus de volontarisme des actions non violentes. Autrement dit, il faut créer un climat de confrontation permanente (…) » en vue d’humaniser l’homme. « Humaniser l’homme signifie ici le libérer de la tutelle des choses et des systèmes, l’affranchir de l’ignorance, le responsabiliser, bref l’engager dans l’amélioration de sa condition selon les jeux et les enjeux de l’éducation et de l’information. »
Créer un climat de confrontation permanente nous exige de relativiser la logique des composantes et entités pour faire de tous les congolais les acteurs de leur marche vers la libération de la liberté. Cela n’ira pas sans une critique sévère de l’alliance entre les gouvernants provisoires et les Institutions Financières Internationales. La politique de ces dernières contribue largement à la dissolution du pacte social entre le peuple et les gouvernants dans la mesure où ces derniers n’ont à répondre que devant le FMI et la Banque mondiale.
Disons que notre problème est plus complexe que le réduire aux casses déplorables orchestrés par les membres d’un parti politique c’est tombé dans un simplisme paresseux. La violence de la rue est souvent consécutive à la violence structurelle générée par notre Etat-théologien fétichisant un Accord et vassalisé par les IFI. Donnons en la preuve par les chiffres.
II. La preuve par les chiffres
La violence structurelle chez nous est provoquée par une gestion calamiteuse de l’espace politique et économico social par « un Etat patrimonial au service d’un petit groupe de nationaux dont la logique est la prédation, la mendicité internationale et le pillage des richesses nationales ». Les représentants de la Société civile/Forces vives étayent cette assertion en procédant à une analyse détaillée du budget 2005.
De cette analyse, il ressort qu’il y a des affectations considérées comme obscures. Elles sont réparties de la manière suivante :
-présidence de la république : 3.106.789.729 FC
-vice-présidence/commission politique : 683.149.979 FC
-vice présidence/Ecofin : 686.908.876 FC
-vice présidence/commission socioculturelle : 669.902.184FC
-vice présidence/commission reconstruction : 685.466.830 FC
-assemblée nationale : 1.792.534.232 FC
-sénat : 1.109.171.062 FC
-secrétariat du gouvernement : 77.001.150 FC
-secrétaires exécutifs : 59.671.210 FC
/-hôtel du gouvernement/services d’appui : 68.224.938 FC
-reconstruction : 685.466.830 FC
-autres : 204.897.298 FC
Le total de ces affectations obscures ou suspectes des fonds est de 8.938.820.190 FC, soit environ 22 millions de dollars américains. Ce budget affecte 0,9 % de ces fonds au domaine social et dépend à plus de 50 % de l’aide étrangère.
Et quand les gouvernants provisoires parlent de la violence, ils donnent l’impression que celle-ci ne vient que d’ailleurs. Ils ne peuvent pas croire un seul instant que l’inégalité dans la redistribution des fonds de tout un pays est une grave injustice sociale génératrice de violence. Ils ne croient pas que la prédation est une forme de violence. Leur quête incessante de bouc émissaire n’a d’autre but que de camoufler ce vol organisé.
Souvent ces sont les violents qui crient à la violence. Et là où ils nous prennent pour des imbéciles, c’est quand ils croient que nous ne lisons pas; que nous ne nous informons pas. Que nous ne souffrons pas des retombées de ce vampirisme dans nos familles, dans nos villages et quartiers.
Habitués à redistribuer les miettes, ils ont malheureusement une bonne portion de notre peuple qui adhère à leurs idéologies prédatrices avec comme but avoué ou inavoué de rester éternellement en dessous de leurs tables. A ce point nommé, le Congo a encore du chemin à parcourir. Les ascètes du provisoire, acquis à la cause de la libération de la liberté, ont encore des luttes à mener pour que l’ordre cannibale actuel de notre scandale géologique cesse d’être tenu pour immuable.
Lutter contre les théories et les idéologies de pacotille obscurcissant les consciences des fils et filles de notre peuple, telle doit être notre raison de vivre et de mourir.
Nous mobiliser pour la destruction de nouvelles armes de destruction massive (la faim et la dette), tel doit être le leitmotiv de toutes nos résistances. Il y a là un devoir citoyen exigeant une solidarité à toute épreuve avec notre peuple, victime, dans sa grande majorité, de l’opinion de ceux qui ont l’armée et la police à leur service.
Oui. Chez nous, les ascètes du provisoire ont une lourde tâche : « informer, rendre transparentes les pratiques des maîtres (…). Les vampires craignent comme la peste la lumière du jour. » Dire la vie quotidienne de nos enfants que tuent la faim et la maladie, la souffrance des jeunes amoureux incapables de fonder un foyer et de goûter au bonheur, raconter la misère des filles et fils de notre peuple condamnés à prendre la ligne onze pendant que les nouveaux prédateurs roulent dans les 4×4 de la honte aux vitres fumées, expliquer posément les rouages de la dette appelée abusivement aide…, c’est aussi un devoir citoyen.
Il est souhaitable que les ascètes du provisoire travail à la réhabilitation de l’imaginaire congolais violé par plus de quatre décennies de pouvoir provisoire. Qu’à l’exemple du Brésil, les Congolais parviennent à se choisir un jour des gouvernants capables de mettre sur pied un Programa Fome zero (programme faim zéro). « Le mot fome (faim) est ici pris dans un sens le plus large. Il s’agit d’apaiser toutes les faims qui habitent l’homme – faim de nourriture bien sûr, mais aussi de savoir, de santé, de travail, de vie familiale, de liberté, de dignité.
Destiné à briser l’une après l’autre les structures d’oppression, le Programa fome zero doit créer les conditions matérielles de la libération du corps et de l’esprit des hommes. L’homme libéré décidera librement de l’usage de sa liberté. La responsabilité individuelle (et communautaire) est au cœur de ce programme. La victime devient acteur. Le pauvre est l’artisan de sa propre libération. »
Conclusion
La violence de la rue est souvent une réaction à la violence structurelle et institutionnelle que nous peinons à déchiffrer à cause des soutiens dont elle bénéficie : les idéologies de pacotille et les victimes non résistantes de la faim et d’autres hommes liges des pouvoirs patrimonialistes. La peur des élections libres, démocratiques et transparentes et l’intérêt du peuple muselé sont des refrains que ne cessent de nous répéter ceux et celles qui ont déjà mis en marche la machine de la tricherie à ces élections qu’ils gagneront avec 52,20 % avant qu’ils ne demandent la composition d’un gouvernement d’union national. Tout cela avec la bénédiction de leurs parrains internationaux!
Répondre à la violence structurelle et institutionnelle par la violence, c’est se tromper de combat. Gandhi pensait à raison qu’appliquer la loi du talion (œil pour œil) finirait par rendre tout le monde aveugle. Surtout, n’oublions pas que « la main mise sur les autres demeure une composante importante de toute stratégie de réduction de la population. » Par et avec nos prédateurs, les maîtres du capital ont des alliés sûrs pour l’application de cette stratégie. La menace est transnationale. La combattre nous exigera une éducation, une formation et un apprentissage à court, moyen et long terme. Arriver à identifier cette menace dans ses différentes composantes, créer des alliances locales, nationales et transnationales pour la conjurer et libérer la liberté est une œuvre de longue haleine. Les ascètes du provisoire devront nous y aider. En attendant, les manifestations non-violentes sont le meilleur moyen d’exprimer notre ras-le-bol face à la kléptocratie.
