Paris, samedi 4 Juin 2005. La mythique salle parisienne LSC, qui garde dans ses mémoires, le passage de tous les grands orchestres congolais qui sont passés en France et qui s’y sont produits, a vibré ce samedi 4 juin 2005, sous les applaudissements et discours hautement politiques. Une ambiance inhabituelle, a constaté avec pertinence notre confrère Yves Kambala d’Antenne A, habitué à couvrir le déroulement des concerts dans ces lieux.
C’était, à l’occasion de la tenue ce samedi 4 juin de 14 heures à 20 heures, en présence d’une dizaine de diplomates européens et africains invités pour la circonstance, du congrès constitutif de l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo, APARECO en sigle, une superstructure qui se veut être un creuset pour regrouper tous les patriotes congolais de l’intérieur et de l’extérieur, quelle que soit leur appartenance politique, religieuse, régionale ou autre. De l’aveu de nos confrères de Rfi et de Tf1 présents également à la manifestation, c’est la première fois qu’une rencontre politique congolaise se déroule avec une organisation quasi parfaite, une affluence record d’environ un millier d’hommes et de femmes venus d’Afrique, d’Europe et même de la lointaine Amérique, et un efficace -mais pas du tout discret- service de sécurité irréprochable.
Quant au congrès lui-même, il a débuté ses travaux par l’hymne national de la Rd Congo, suivi de la lecture des messages des délégations. Dans leurs adresses, les différentes délégations ont décortiqué sans complaisance, les principaux maux qui rongent l’ex-Zaïre depuis près d’une décennie.
Dans l’ensemble, les délégués ont eu des mots très durs à l’endroit du Rwanda qui occupe encore et exploite sous diverses formes la R.D. Congo, mais également vis-à-vis de tous les collabos congolais, ainsi que certains dirigeants actuels de la transition qu’ils ont carrément dénoncé comme un cheval de Troie introduit dans les institutions congolaises par les mentors rwando-ougandais pour faire exploser la transition de l’intérieur.
Parlant de la transition elle-même, les délégués ont abouti au constat implacable qu’elle n’est qu’une succession d’échecs depuis sa mise en place à Sun-City jusqu’à ce jour. Echec pour la formule 1+4. Echec pour la réunification du pays. Echec pour la mise sur pied d’ une armée républicaine, restructurée et intégrée. Echec pour l’élaboration des lois impersonnelles pour préparer les futures joutes électorales. Echec pour améliorer tant soit peu le vécu quotidien des congolais malgré l’appréciable apport par la communauté internationale de près de 60% au budget de l’Etat.
D’où, il n’est pas normal que les mêmes acteurs de la transition qui ont échoué, prétendent encore, malgré la ras-le-bol du peuple qui s’exprime clairement à ce sujet, continuer à diriger le pays au-delà du 30 juin 2005.
Dans son adresse, très applaudie du reste, l’un des principaux orateurs, Honoré N’Gbanda Zambo a rendu un vibrant hommage à Etienne Tshisekedi de l’UDPS, avec lequel a-t-il reconnu, « nous n’avons pas toujours partagé les mêmes points de vue politiques », au patriarche Antoine Gizenga du Palu, à Eugène Diomi Ndongala de la DC, à Joseph Olenghankoy des Fonus, à André Atundu Liongo de la Sainte Alliance et à tous les autres résistants anonymes qui luttent pour la fin de l’arbitraire dans notre pays.
Selon ses initiateurs, l’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo, « Apareco » en sigle, n’est ni un parti politique, ni une organisation non gouvernementale. Elle se veut être une école patriotique, un creuset, un moule pour façonner, conscientiser et regrouper tous les patriotes de l’intérieur et de l’extérieur quelle que soit leur appartenance politique, religieuse, ethnique ou autre, qui acceptent de sortir le Congo du cycle infernal d’humiliations et des pillages dans lequel il est dangereusement plongé depuis près d’une décennie et de lui redonner par tous les moyens, sa dignité d’antan.
Pour les fondateurs de cette plate-forme patriotique, le Congo a tellement été humilié et est en passe de devenir une ridicule et consentante annexe du Rwanda ou de n’importe quel voisin malveillant, qu’il est plus que temps que tous les Congolais, sans exclusive, se mettent débout, se mobilisent pour mettre fin à cet état des choses qui n’a que trop duré. Qui mieux que le Congolais lui-même pourra-t-il sauver son pays?, a lancé Honoré N’Gbanda avant de demander pardon au peule congolais pour tout ce que le régime Mobutu avait fait consciemment ou inconsciemment. « S’il était dans cette salle, tel que j’avais connu le Maréchal Mobutu, il vous aurait demandé pardon. C’est pourquoi en son nom aussi, je vous demande pardon. »
Par une motion lue par la délégation des BANA CONGO, désormais membre à part entière de l’Apareco, le célèbre groupe de pression venu de Bruxelles, le congrès a porté à la présidence de ce nouveau rassemblement des congolais, monsieur Honoré N’Gbanda Nzambo, ancien ministre de la défense et conseiller spécial du Maréchal Mobutu Sese Seko avant d’élire également monsieur Ngongo Luwowo, ancien ministre de la communication et de la presse du Zaïre en qualité de vice-président et porte- parole de cette nouvelle alliance des congolais. Monsieur Shungu Okitawongo a été désigné secrétaire général par les congressistes tandis que monsieur Alphonse Ebama , délégué de Belgique a été élu trésorier général de l’Apareco.
Concernant les conditions d’adhésion à cette plate-forme patriotique, sont les bienvenus, les partis politiques classiques et/ou leurs membres individuellement, les organisations de la société civile et/ou leurs membres individuellement, les parlementaires, les ministres, les professeurs, les enseignants, les cadres, les fonctionnaires, les journalistes, les médecins, les musiciens, les commerçants, les étudiants, les sans emploi, les indépendants, bref toutes les forces vives congolaises qui acceptent librement de faire partie de cette union qui fait la force pour que le Congo uni ne soit plus jamais ridiculisé ni vaincu . Sont également les bienvenus, les militaires de nationalité congolaise uniquement issus de toutes les composantes : gouvernement, ex-Faz, Mlc, Rcd-K-Ml, Rcd-G, Rcd N, ainsi que les résistants patriotes maï-maï –dont le message lu par leur représentant a été très applaudi, avant de recevoir un hommage mérité de toute l’assistance pour leur action de résistance héroïque contre l’agresseur rwando-burundais à l’Est du pays.
Comment soixante millions des Congolais, s’est exclamé un délégué du Kivu, en exil au Kenya, peuvent-ils accepter presque comme une fatalité, que le régime militaro-monoéthnique de Kigali, avec des complicités intérieures avérées, vienne régulièrement tuer, assassiner, violer, piller le seul patrimoine commun que Dieu nous a donné ?
Trop c’est trop il faut mettre fin à l’occupation du Congo et bouter dehors tous les complices intérieurs, a crié à plusieurs reprise la salle, unanime comme un seul homme. Le Congo dispose d’une redoutable force de soixante millions de soldats à exploiter. Désormais, chaque Congolais et chaque Congolaise devra se transformer en gardien, en soldat pour défendre le Congo. Il n’est plus question de nous lamenter, de pleurnicher, d’attendre uniquement des solutions de la communauté internationale, a lancé un délégué du haut de la tribune.
L’heure a sonné pour nous mobiliser en vue de réagir ensemble, grâce à toutes nos ressources humaines, matérielles et financières qu’il faut mobiliser et disponibiliser dès maintenant, a poursuivi un autre. Le Congolais doit cesser de répondre au code avilissant BMW, a exhorté le président de l’Apareco; car a dit Honoré N’Gbanda, Si Kigali se moque de nous, c’est parce que, non seulement il ne craint aucune réaction de la part des Congolais qualifiés de BMW ( Bear, Music, Women = Bière, musique, femme) distraits et désorganisés selon Kagame et ses hommes, mais l’arrogance du Rwanda vient également du fait qu’il est assuré des soutiens et des complicités tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, en brandissant comme toujours son fond de commerce inépuisable qu’est le génocide, les interahamwe et les ex-Far, alors que deux années durant, l’armée rwandaise, avec à sa tête James Kabarebe, à qui LD Kabila avait donné la nationalité congolaise, avait occupé notre pays d’octobre 1996 à août 1998 sans mettre fin à son prétexte sécuritaire des Interrahamwe et des ex-Far. Cette intervention rwandaise au Congo a coûté la vie à près de quatre millions des congolaises et des congolais, sans émouvoir du tout, la fameuse communauté internationale, ont dénoncé la plupart des congressistes.
L’Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo se veut une école de conscientisation des véritables patriotes congolais, habités par l’amour de la mère-patrie, décidés de résister et de se battre jusqu’au sacrifice suprême face à tous ceux qui attentent à l’intégrité physique de notre pays.
Debout Congolais, unis plus que jamais par le sort pour sauver notre patrie, ont enchaîné en cœur, les différents intervenants. Certains ont voulu pousser leur nouveau président Honoré N’Gbanda à annoncer sa candidature à la prochaine présidentielle. Le moment n’est pas là pour des positionnements individuels, il faut d’abord libérer le pays, a dit le concerné en guise de réponse. A propos des élections justement, une intervention très applaudie a été lue par le coordonnateur du collectif « Un Vote pour Tous » Thierry Kyalumba, qui a dénoncé l’hypocrisie de tous les partis politiques congolais dont les représentants sillonnent régulièrement les capitales occidentales, mobilisent les congolais pour les écouter, les applaudir, installent des représentations de leurs partis politiques mais se préparent actuellement à exclure ces mêmes congolais de l’étranger à participer aux prochains scrutins tant comme futurs électeurs ou futurs candidats, avec a-t-il fait remarquer des projets de loi en chantier qui excluraient tout congolais ayant vécu six mois en dehors de sa circonscription électorale de ne pas se porter candidat, alors que les exigences socioprofessionnelles retiennent la plupart des congolais de la diaspora loin de la mère-patrie.
Les deux anciens ministres de Mobutu, aujourd’hui à la tête de l’Apareco, ont par ailleurs renchéri n’être à la recherche d’aucun positionnement politique personnel, auquel cas, ils seraient déjà depuis longtemps rentrés au Congo qu’ils ont quitté depuis plus de huit ans et d’où ils n’ont cessé d’être contactés parfois pour y exercer des fonctions politiques importantes. Bien avant la mise en place de l’actuel gouvernement de transition, des invitations pour rejoindre les différentes rébellions leur avaient été adressées ou des projets de déclencher une rébellion armée leur avaient été présentés, mais ils les avaient déclinés. Mais c’est par sursaut patriotique qu’ils demandent aujourd’hui à tous les véritables congolais de s’unir, d’oublier leurs divergences politiques, de se pardonner mutuellement le mal qu’ils se seraient faits, de se lever comme un seul homme et de regarder ensemble vers une même et unique direction : celle de sauver et de libérer la Patrie en danger sur tous les plans.
François Tshimanga wa Mukendi
Afrik’Infos
